Oxfam sur les inégalités : 6 raisons d’être sceptique

Injustice (Crédits : Stéfan, licence BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

Les statistiques sur les inégalités d’Oxfam posent de gros problèmes de méthodologie.

Par Ryan Bourne.

Injustice (Crédits : Stéfan, licence BY-NC-SA 2.0), via Flickr.
Injustice (Crédits : Stéfan, licence BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

Cette organisation fait le même coup de pub chaque année.

Les statistiques annuelles « choquantes » d’Oxfam sur la répartition des richesses occupent actuellement les médias. Cette année « 62 personnes possèdent autant que la moitié la plus pauvre de la population mondiale ».

Mais tout n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît :

La méthodologie utilisée par Oxfam implique qu’il y aurait plus de pauvres en Amérique du Nord qu’en Chine.

Ça semble contre-intuitif, pas vrai ? L’étude d’Oxfam repose sur les estimations de patrimoine net du Crédit Suisse – qui somme les actifs individuels avant de soustraire les dettes. Ainsi, faudrait-il compter parmi les personnes les plus déshéritées au monde ces malheureux tout juste sortis d’Harvard avec un diplôme de droit en poche et de gros crédits à rembourser.

C’est peut-être vrai dans un sens purement statistique, où la pauvreté est mesurée matériellement par le patrimoine net – mais ce n’est certainement pas la compréhension que la plupart des gens normaux ont de la pauvreté. Le propre tableau d’Oxfam indique, par exemple, que plus de 10% des membres du dernier décile en termes de richesse mondiale vivent en Amérique du Nord.

Cette méthodologie génère presque par construction des statistiques d’ensemble effrayantes.

Ce point renvoie à une vérité plus large. Pas besoin d’être un matheux pour se rendre compte que l’addition d’une multitude de patrimoines comptés comme négatifs ou nuls (après tout pas mal d’entre nous, spécialement dans ma génération, possédons encore peu d’actifs) dans la partie basse de la distribution exagère toute comparaison avec ceux qui possèdent un patrimoine net positif élevé dans le haut de la distribution – d’où les statistiques alarmantes.

Oxfam apporte des corrections en calculant les ratios hors dettes, et affirme que cela ne change guère ses résultats. Mais demeure toujours le problème des gens comme moi, avec peu de capital mais vivant dans un pays riche, qui seront comptés parmi les plus pauvres au niveau mondial. Cela montre que ce qui importe vraiment pour notre compréhension de la pauvreté matérielle ce sont les revenus. Or il se trouve (ce qu’Oxfam mentionne rarement) que les inégalités mondiales de revenus ont chuté au cours des trente dernières années.

L’âge médian de la population mondiale se situe entre 35 et 39 ans.

Oxfam aime bien citer une autre statistique, qui est que le 1 pour cent le plus riche possède plus que toute la moitié inférieure de la distribution. Mais nous savons par le cycle de vie et de formation du patrimoine net que les les gens progressent d’abord très lentement sur le chemin de l’accumulation jusqu’à l’âge où ils sont bien établis dans leurs situations professionnelles. Nous savons aussi que les personnes âgées sont surreprésentées dans les pays les plus riches et qu’elles ont de très gros patrimoines. Dès lors, il n’est pas surprenant que la distribution de la richesse nette mondiale soit si distordue – à elle seule la démographie en est largement responsable.

Oxfam est incohérent dans l’utilisation de ces statistiques.

Au niveau mondial, Oxfam souligne le niveau d’inégalité des patrimoines. Chaque fois qu’il utilise les mêmes données du Crédit Suisse pour apprécier la situation au Royaume-Uni, il discute de la tendance, c’est à dire des changements de niveaux.

Pourquoi n’est-il pas cohérent et ne discute-t-il pas du niveau d’inégalité de la richesse nette au Royaume-Uni ? Serait-ce parce que les mêmes données montrent que la plupart des pays ont des inégalités de patrimoine plus élevées qu’au Royaume-Uni (relativement au coefficient de Gini, en considérant les premiers 1 % et 10 %) qui ne cadreraient pas avec le récit d’Oxfam au plan national ? Pourrait-il révéler le fait que certains des pays qui ont des États providence plus développés et une plus forte redistribution ont une plus grande inégalité de richesse, car les pauvres y ont moins d’incitations à épargner et à accumuler des actifs ?

Oxfam – une organisation caritative de développement – désormais obsédée par les riches plutôt que par les pauvres.

On pourrait penser qu’en tant qu’organisation caritative de lutte contre la pauvreté, Oxfam concentrerait son énergie sur la vaste littérature qui a fait connaître les conditions nécessaires à l’éradication de la pauvreté et au rôle que peuvent jouer en ce sens les marchés et les institutions capitalistes.

Au lieu de cela, Oxfam est obsédé par les grandes fortunes – ce qui laisse à penser que la richesse des riches est la cause de la pauvreté des pauvres. C’est possible dans certains cas – du fait du népotisme ou de la corruption politique. Mais il n’y a guère de preuves qu’il s’agisse d’une force significative de la distribution actuelle. Ce que laisse entendre Oxfam, tout en perpétuant le mythe de la richesse comme gâteau de taille fixe qu’il faudrait se partager, est consternant pour une organisation supposée vouée au développement.

Au plan national et international, Oxfam est comme un golfeur qui ne jouerait plus qu’avec un seul club : toujours plus d’État pour toute réponse.

Ce nouveau rapport préconise le salaire minimum vital, la baisse de rémunérations des cadres dirigeants et de nombreux autres outils de politiques «progressistes». Par le passé Oxfam a plaidé pour des taxes sur les transactions financières et sur le patrimoine. Tout cela est répété sans nuances susceptibles de présenter les défis économiques auxquels sont confrontés de par le monde les différents pays en voie de développement. Peut-être Oxfam pourrait-il consentir à nous dévoiler la liste de tous les pays qui ont avec ce genre de programme réussi à améliorer les conditions de vie réelles des pauvres ?

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Traduction Contrepoints

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