5 idées reçues sur le Luxembourg

Il y a des stéréotypes qui circulent à propos du Grand-Duché du Luxembourg, mal connu même de ses voisins la France et la Belgique. Voici la réalité.

Par Bill Wirtz.

Luxembourg
Luxemburg By: Manolo GómezCC BY 2.0

Pour les Français, et même pour les Belges, le Grand-Duché de Luxembourg (non, pas la Province du Luxembourg… c’est autre chose !) est le petit voisin un peu étrange. Si vous n’êtes pas de la région frontalière, il est fort probable que vous et vos amis puissiez avoir quelques stéréotypes. On est là pour vous aider.

« Le Luxembourg, c’est un paradis fiscal »

Chaque fois qu’on me parle de ce paradis fiscal luxembourgeois, je me demande si je me trouve au même Luxembourg. Cela me donne même hâte de rentrer chez moi quand on me caricature ce pays merveilleux où personne ne paye des impôts.

Mais qu’est-ce qu’on paye vraiment ?

  • Impôt sur le revenu

Concernant l’impôt sur le revenu des personnes physiques, le gouvernement luxembourgeois vient de réaliser une réforme fiscale, qui a bouleversé le système précédent. L’ancien système prévoyait 19 tranches d’imposition, dont le maximum était de 40%. La classe moyenne représente bien plus que 50% de la population au Luxembourg, ce qui fait que plus que la moitié du pays paye 39% de ses revenus en impôts.

Ceux qui pensent que cette classe moyenne est bien riche et devrait bien payer beaucoup d’impôts, n’ont que rarement vécu au Luxembourg, où la moyenne de prix d’une location d’un appartement est de 1 359€.

La réforme fiscale augmente même les seuils de la dernière tranche d’imposition sur 41% et 42%, dans « l’esprit de solidarité ».

  • Impôt sur les personnes morales

L’impôt sur les personnes morales lui aussi change avec la réforme fiscale, réduisant d’une part à 18% le taux d’impôt sur le revenu des collectivités (15% pour des « jeunes entreprises innovantes ») ou en augmentant l’impôt sur la fortune minimum.

  • Impôts fonciers et taxes

À cela s’ajoutent les impôts commerciaux des communes, qui sont de 6,7% dans la Ville de Luxembourg, de 8,25% à Esch-sur-Alzette et de 9% à Troivierges.

On reparlera des tax-rulings un peu plus tard.

La TVA est au taux général de 17%, taux super-réduit (exceptions comme : vêtements d’enfants, transports de personnes, distribution d’eau etc.) à 3%. La France, avec un taux de 20%, reste encore en-dessous de la moyenne des autres pays de l’Union européenne.

S’y ajoutent tous les autres impôts et taxes, dont les accises, l’impôt retenu à la source (qui a augmenté de 20% avec la réforme fiscale), l’impôt foncier, l’impôt sur la fortune ou encore toutes les charges sociales dont le Fonds pour l’emploi (ce qui n’est rien d’autre que des impôts).

Est-ce que le Luxembourg est donc un paradis fiscal ? Loin de là. Est-ce que le Luxembourg est plus avantageux que la France en matière d’imposition ? Bien évidemment. Ceux qui critiquent le Grand-Duché pour sa poursuite d’une « imposition non-excessive », ont-ils aussi traité de tricheurs tous les élèves et étudiants plus performants qu’eux lors de leur scolarité ?

Si nous supposons que le standard de qualification des échelons fiscaux est fixé par la France, n’est-il pas possible qu’au lieu de tous être des paradis fiscaux, les 27 autres pays de l’Union européenne, où le jour de la libération fiscale1 est plus tôt qu’en France, traduisent le message que la République française est un enfer fiscal ?

« Mais les LuxLeaks, c’était des escroqueries ! »

Depuis l’affaire Vodafone il y a quelques années, il vaut mieux éviter de croire les journalistes en ce qui concerne les sujets de fiscalité. Les rulings pratiqués au Luxembourg ne sont pas une question de « si » l’impôt est payé, mais « quand » il est payé : l’argent détenu moins taxé au Luxembourg est versé à un certain moment aux détenteurs d’actions (comme dividende ou comme augmentation de la valeur en actions), qui eux sont taxés en fonction de la valeur ajoutée au capital.

Ainsi, tous ceux qui ont ce sentiment « effrayant » que le succès n’est pas puni par le législateur n’ont rien à craindre, l’argent sera juste payé plus tard.

Je pourrais continuer en vous faisant un discours sur la légalité de cette pratique, ou en vous expliquant que la France fait largement plus de rulings que le Grand-Duché, mais le sujet n’est pas là. La question importante que les Français devraient se poser c’est : « Commet est-ce possible que des pays qui favorisent une imposition réduite des entreprises continuent à générer assez de recettes ? » Parce que la réponse est simple : les entreprises ne paient pas d’impôts !

Un rapport du Adam Smith Institute a montré que 57% des impôts sur les entreprises sont payés par les salariés (en fonction de leur salaire). Le reste est (évidemment) versé soit par une augmentation des prix pour les consommateurs soit par les actionnaires.

L’entreprise elle-même n’est pas une entité qui peut payer des impôts : diminuer les impôts sur les entreprises diminue les charges fiscales des ménages. C’est aussi cette conclusion qui nous montre pourquoi la stratégie du Luxembourg de se contenter du secteur financier n’est pas nécessairement une bonne solution : l’important n’est pas d’attirer le capital, mais la valeur créée par ces entreprises.

« Le Luxembourg est un pays ultralibéral ! »

Ce terme ne veut toujours strictement rien dire (la gauche luxembourgeoise préfère le préfixe «néo»… mais c’est la même chose).

L’installation commerciale n’est pas plus simple au Grand-Duché qu’elle ne l’est à l’étranger. Nous avons les mêmes permis, les mêmes actes, les mêmes autorisations, les mêmes régulations écologiques, les mêmes bureaucrates lents que tous les autres pays.

Sont publiques : la majorité des écoles, la seule université, toutes les routes, la caisse de maladie, la caisse de retraite, la caisse d’épargne, la poste, le stade national de football, tous les musées, la distribution des eaux, le système ferroviaire, les bus communaux, l’aéroport et la compagnie qui le gère, la compagnie aérienne nationale LuxAir (avec le transporteur CargoLux), 28% du plus grand fournisseur d’énergie, 34% de la banque BGL BNP Paribas, etc.

Si l’«ultra-libéralisme» a vraiment envahi le Grand-Duché, il fait tout pour se cacher.

« Pour se débrouiller au Luxembourg, il faut parler le luxembourgeois ou l’allemand »

Beaucoup de nationalistes luxembourgeois vont bien s’énerver à cause de ma réponse… mais on prend toujours des risques en écrivant des articles, n’est-ce pas ?

Non, vous n’avez pas besoin du luxembourgeois ou de l’allemand. Toute l’administration, les panneaux de routes et les lois, sont bien en français. 54% de population est totalement trilingue (luxembourgeois, allemand, français), 15% est trilingue mais a des difficultés avec le français, 14% est monolingue en français et parle un peu de luxembourgeois et d’allemand, 9% ne parle que le français, et seulement 8% de la population aurait peu ou aucune compréhension du français.

50% des frontaliers au Luxembourg viennent de la région française Grand-Est. Parmi les 170 000 frontaliers, 42 000 sont des Allemands (dont beaucoup maîtrisent quand même les bases du français, surtout les ressortissants de la Sarre). Le secteur financier est largement dominé par le français et l’anglais. Le service gastronomique et de transport est dominé par le français.

« Il n’y a rien à voir au Luxembourg »

De toutes les prétendues insultes, c’est celle-ci qui me touche le plus. La capitale du Luxembourg a été créée au 10e siècle par Sigefroid de Luxembourg, qui n’avait pas choisi cet endroit par hasard. Déjà l’Empire romain avait fortifié cette ville, qui deviendra au cours des siècles, la plus immense des forteresses européennes.

La ville en elle-même est un musée ouvert. Vous vous sentirez connectés historiquement aux batailles et aux occupations de tous les pays européens, vous pouvez entrer dans les casemates de la ville, ces tunnels secrets construits par Vauban, visiter les châteaux dans les forêts du nord du pays ou goûter le vin de la Moselle.

Vous rencontrerez des Luxembourgeois, pragmatiques dans leur vie et leur vue sur le monde, souvent inconscients de la chance qu’ils ont d’avoir vécu dans un pays si varié et riche en opportunités. Et des monarchistes… mais bon les monarchistes vous savez…

  1. En 2016, le jour de libération fiscale au Luxembourg était le 4 juin, celui en France était le 29 juillet.