Baisser les dépenses de l’État : un tabou impossible à lever

TightenYourBelt By: Alfy - CC BY 2.0

S’attaquer vraiment aux dépenses de l’État nécessite de briser un tabou majeur. Techniquement, baisser ces dépenses revient à déclencher sciemment une « récession ».

Par Pierre Tarissi.

récession
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S’attaquer vraiment aux dépenses de l’État – et non plus à des sujets périphériques comme les « niches fiscales » – nécessite de briser un tabou majeur. Techniquement, baisser ces dépenses revient à déclencher sciemment une « récession ». Tout le contraire de ce que font nos gouvernants depuis 40 ans : ils courent tous après une « croissance » mythique, censée financer par magie les dépenses de l’État sans cesse croissantes et son déficit chronique. Mais ils ne se donnent aucun moyen d’en créer les conditions.

Le PIB contient toutes les dépenses de l’État, même inutiles

De façon peu évidente, toute dépense – même totalement inutile – de l’État rentre dans le PIB. Citons en vrac :

  • les dépenses dirigées vers des investissements sans intérêt : travaux publics inutiles (beaucoup de ronds-points sur les routes, nous en sommes les champions du monde) ;
  • les dépenses rémunérant des travaux sans valeur ajoutée, par exemple dans le millefeuille « commune-communauté de communes-canton-arrondissement-département-région-État » de la fonction publique territoriale, dans l’Éducation Nationale, dans les « agences de l’État », dans les subventions à des associations sans réelle « utilité publique » ;
  • les dépenses de « solidarité » mal placées ou sans contreparties (RSA, CMU…) qui rapportent plus à ceux qui les gèrent qu’à ceux qui en ont besoin : les SDF voient rarement la couleur du RSA + CMU + « DALO => APL » ;
  • et enfin, les dépenses de réparation, après un incendie, une émeute ou un tremblement de terre, qui rentrent aussi dans le PIB ; donc on attend avec espoir les grandes catastrophes nationales qui… augmenteront le sacro-saint PIB.

Dans ces conditions, il est tentant pour des politiciens à la recherche de voix d’augmenter la dépense publique sans limites : cela augmente le PIB, et tant pis pour les impôts et la dette. Le gouvernement suivant y pourvoira ! On notera que ces effets sur le PIB sont conservés très concrètement même si le gouvernement embauche ostensiblement des gens pour faire des trous et d’autres pour les combler.

Diminuer les dépenses de l’État revient donc à créer une « fausse récession »

Donc, par le miracle de la « valeur travail » (tout employé de l’État est réputé produire une part du PIB égale à sa rémunération), ou de l’« investissement » (tout rond-point inutile rentre dans le PIB), supprimer ce qui ne sert à RIEN provoque mécaniquement une récession. Cet effet de récession est immédiat (suppression d’un poste de fonctionnaire ou d’une commande publique = PIB en moins) et agit aussi directement et immédiatement sur le nombre d’inactifs (suppression d’un poste de fonctionnaire = 1 retraité ou 1 chômeur de plus).

Éliminer du faux PIB…

Plus grave, cela réduit aussi du « vrai » PIB, mais « en carton » puisqu’il correspond aux biens et services consommés pour réaliser les travaux inutiles. Par exemple, la location des bureaux occupés par les personnes employées à ne rien faire, les restaurants qui les y nourrissent, les transports qui les y conduisent, leurs fournitures, photocopieurs, téléphones, etc.

Évidemment, personne ne connaît quelle part du PIB est dans ce cas : aucun politique quel que soit son bord n’étant soucieux de s’en vanter.

… est un passage obligé pour en créer du vrai

Concrètement, réduire ces dépenses et déclencher une « fausse récession » n’a aucune importance si on réoriente en même temps les ressources ainsi libérées vers la création de VRAIES richesses.

Loin de tout concept idéologique fumeux, une « vraie richesse » est un produit ou un service qu’une clientèle solvable achète de son plein gré au prix qui lui convient. Cela se mesure (à peu près) à l’aide du PIB marchand, que l’INSEE ne publie plus et dont personne ne parle actuellement. Il diminue depuis des décennies en pourcentage du PIB global, en même temps que la dépense publique augmente.

Quand davantage de clients achètent, l’effet est immédiat sur le PIB, mais agit nettement plus lentement sur le nombre d’actifs (les embauches viennent plus tard…). Encore faut-il réunir les conditions de l’augmentation de la production de richesses.

Cette fausse récession sera compensée plus tard et au-delà en créant plus de richesses

Pour passer ainsi de la « dépense inutile » à la « dépense utile », on a besoin de plus de chercheurs, de chefs d’entreprise, de vendeurs de talent, d’ingénieurs, de techniciens, d’artisans et il y en a pour plusieurs années d’efforts pour les former et leur donner les moyens et l’envie d’y travailler.

Entre le moment où la réduction des dépenses publiques commence réellement et le redémarrage du PIB marchand, il y aura un « creux » du PIB non marchand, et donc du PIB global. Cela est difficile à supporter par ceux qui doivent passer d’activités improductives à des activités productives.

Mais c’est du travail

Charge à l’État de trouver les voies et moyens conjoncturels pour accélérer le redémarrage du « PIB marchand » – en clair augmenter l’efficacité de la lutte à court terme contre le chômage de masse actuel. Les moyens en sont connus (baisse du coût du travail, libéralisation des licenciements…) et appliqués très timidement par les gouvernants de 2015-2016.

D’autres moyens sont beaucoup plus difficiles à mettre en œuvre. Par exemple, que l’État redéploie des effectifs occupés à de la gestion inefficace (en doublon ou inutile) vers des activités qui rendent de vrais services. Et au passage, s’interroge sur la validité des « services publics » qu’il prétend rendre. Mais cela nécessite de l’imagination, la capacité à mettre en œuvre de nouveaux services, et une gestion dynamique des ressources humaines peu compatibles avec le fonctionnement (au moins actuel) de l’État.

Et il faut satisfaire à quelques prérequis fondamentaux

Pour réussir cette évolution fondamentale, et au-delà des notions philosophiques de « libéralisme » ou de « socialisme », il faut reconnaître explicitement quelques points simples mais « incorrects » et que l’on entend peu dans le discours politique :


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