Biotech : les bactériophages, alternative aux antibiotiques ?

Baisser le prix des médicaments By: nym - CC BY 2.0

L’augmentation du nombre de bactéries résistantes aux antibiotiques renforce la détermination du législateur et des consommateurs à lutter contre l’utilisation d’antibiotiques partagés, ceux utilisés par la médecine humaine et animale.

Par Farid Gueham.
Un article de Trop Libre

Biotech : les bactériophages, alternative aux antibiotiques ?
Baisser le prix des médicaments By: nymCC BY 2.0

Proposer une alternative aux antibiotiques traditionnels : c’est le pari d’Epibiome, une startup basée dans le sud de San Francisco, qui vient de lever un million de dollars pour soutenir son ambitieux projet. Bruno Marchon est le « chief technical officer » de l’entreprise, après 25 ans passés dans l’industrie des disques durs, toujours dans la Silicon Valley. Responsable de la recherche et développement, il voit un véritable potentiel dans la commercialisation des bactériophages à des fins médicales. « Les antibiotiques ont été découverts peu de temps avant la seconde guerre mondiale. Ils fonctionnaient très bien, ils étaient bon marché et facile à produire. Le problème majeur est que peu à peu, les bactéries se sont habituées aux antibiotiques en développant leur résistance. D’ici 20 ou 30 ans, il est probable que plus de gens mourront du fait de bactéries résistantes aux antibiotiques que du cancer » affirme Bruno Marchon.

L’industrie porte sa part de responsabilité dans cette résistante croissante

L’utilisation des antibiotiques sur les populations animales et dans les industries laitières a eu des effets néfastes. Dans ce sombre décor, Epibiome essaye de trouver des alternatives biologiques aux antibiotiques, à travers une technologie qui n’est pourtant pas si récente que cela : la recherche redécouvre une biotechnologie développée dans les années 1910 par un canadien d’origine française, Félix d’Hérelle, dont les travaux déterminants montraient que, pour chaque bactérie existe un virus associé capable de tuer cette dernière.

Ce virus bactériophage, aussi appelé « phage », était la pierre angulaire d’une approche tombée en désuétude avec l’arrivée des antibiotiques, moins coûteux et beaucoup plus faciles à produire massivement. « Mais nous pensons qu’il est temps de retrouver ces technologies, de se pencher à nouveau sur la question avec des outils modernes comme le séquençage de l’ADN de nouvelle génération. Nous travaillons également avec des automates qui permettent des manipulations plus rapides. Avec ces avancées, nous pouvons multiplier la découverte de ces bactériophages, en avançant 100 ou 1000 fois plus rapidement que par le passé», ajoute Bruno Marchon.

Epibiome met en place une plateforme transversale

Il s’agit d’une plateforme dédiée à la recherche sur les maladies infectieuses, chez l’homme, l’animal et le végétal. Elle a permis à la startup de découvrir ses propres bactériophages, de les isoler, de les caractériser, de les amplifier et les fabriquer en plus grande quantité. Une expérience récente a permis de démontrer l’efficacité des bactériophages contre la bactérie Escherichia coli sur la souris. Prochaine étape, des essais sur les vaches et à terme, sur l’homme. Dans quelques années, des produits Epibiome seront disponibles en pharmacie.

La technologie des bactériophages existe déjà dans les produits de grande distribution, dans l’industrie alimentaire. Les agents agissent comme des conservateurs, puisqu’ils détruisent les pathogènes. Les bactériophages, ou « phages », sont des virus spécifiques aux bactéries. Les phages travaillent en se liant à des récepteurs spécifiques à la surface des bactéries. Une fois liés, ils injectent leur ADN, détournant les machines cellulaires de la bactérie et l’utilisant pour faire plus de copies d’eux-mêmes. Des dizaines ou des centaines de ces copies éclatent hors de la bactérie, la tuant dans le processus, et continuent à infecter de nouvelles bactéries.

L’augmentation du nombre de bactéries résistantes aux antibiotiques renforce la détermination du législateur et des consommateurs à lutter contre l’utilisation d’antibiotiques partagés, c’est-à-dire ceux utilisés par la médecine humaine et animale. Les géants de l’industrie américaine comme l’entreprise Cargill, ont annoncé des réductions substantielles dans l’utilisation de ces antibiotiques. Mais pour l’heure, les solutions alternatives approuvées par la FDA Food and Drug Administration et les éleveurs se heurtent à une série de contradictions éthiques et commerciales, entre responsabilité, santé publique et rendement.

Outre Atlantique, les producteurs ne sont pas vraiment fans de l’utilisation d’antibiotiques. Car les antibiotiques administrés à un animal altèrent le lait, comme la viande. Les producteurs et les éleveurs sont donc tenus de respecter un délai légal et risquent des pénalités en cas de non respect du délai ou encore en cas de résidu détecté dans les produits.

Des délais de quarantaine donnent lieu à plusieurs millions de litres de lait perdus par jour, et pour les producteurs de bœuf, de porc, de volaille ou d’aquaculture, des coûts supplémentaires pour l’alimentation, le stockage et le déplacement des produits. Des avancées comme celle d’Epibiome permettraient de cibler les agents pathogènes bactériens, sans l’utilisation d’antibiotique. Une opportunité substantielle qui permettrait un gain de temps précieux pour les producteurs, tout en étant compatible avec les nouvelles pratiques de production biologique.

Pour aller plus loin :

– « Epibiome : phage-based technologies », Epibiome, products and services.
– « Les phages, des virus guérisseurs », Le Monde.
– « Les phages des virus naturels pour remplacer les antibiotiques », Nouvel Obs.
– « La phagothérapie chez les russes mais pas chez nous », Alternative santé.

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