CGT : la stratégie de la Terreur

Alors qu'un délégué CGT vient d'être licencié pour son implication dans l'agression d'un DRH d'Air France, rappelons que la CGT est une organisation syndicale prête à tout pour sa survie.

Par Nicolas Lecaussin et Emmanuel Martin.
Un article de l’Iref-Europe

CGT
CGT By: patrick janicekCC BY 2.0

La CGT bloquerait la France pour « l’intérêt général », en réaction contre une loi soi-disant dictée par les intérêts du capital. Est-ce la réalité ? N’y a-t-il pas une stratégie derrière ce radicalisme ? Pour comprendre sa stratégie de la terre brûlée, il convient de mettre en perspective la situation actuelle — la loi El Khomri n’étant qu’un prétexte — avec le lourd passé de ce syndicat. Organisation totalitaire, financement opaque et illégal, activités irrégulières… Désormais non représentative, la CGT ne devrait plus exister. Analyse sans concession d’une organisation syndicale prête à tout pour sa survie.

La version 2 de Loi El Khomri n’a pratiquement rien de pro-capital. Qu’on en juge. Les députés frondeurs ont pu par exemple insérer un amendement dans la Loi Travail (conservé par le gouvernement) pour le moins sérieusement anti-capital. Il vise un système qui marche plutôt très bien en France : les franchises. Le franchiseur d’un réseau de franchises comptant plus de 50 salariés devrait désormais mettre en place une instance de dialogue. Voilà qui va totalement à l’encontre de l’idée même de franchise, fondée sur la souplesse et l’indépendance des franchisés. Le franchiseur deviendrait presque employeur…

Autre exemple : en matière de licenciements le gouvernement a maintenu un amendement visant à « supprimer la limitation au seul territoire national », qui avait été introduite par le projet de loi initial, « du périmètre pris en compte pour apprécier les difficultés économiques d’une entreprise relevant d’un groupe ». Au passage, à l’heure où la France a un sérieux problème d’attractivité, comme l’a relevé la semaine dernière l’étude « attractivité » d’Ernst & Young, puisque la France est le seul pays européen étudié à connaître une baisse du nombre de projets internationaux (-2%, contre +14% en moyenne européenne !), il n’est pas certain que ces deux genres de mesures aillent exactement dans le bons sens…

Ensuite, la CGT est vent debout contre les accords d’entreprises qui effectivement primeront ceux de la branche. D’une part ces accords d’entreprise existent donc déjà, mais d’autre part ils devront désormais avoir l’approbation de représentants syndicaux ayant réuni non plus 30% mais 50% des suffrages aux dernières élections du CE…

Ici le gouvernement a pris le bâton pour se faire battre, comme si l’amateurisme était le signe fort de ce quinquennat. La première version de la loi a en effet été essentiellement le produit du rapport Combrexelle, le processus de sa rédaction ne respectant pas véritablement la loi de 2007 sur l’implication des partenaires sociaux en matière d’élaboration de changements du droit du travail. D’où le résultat de la « réécriture » avec la CFDT, la CGT boudant la réforme.

À vrai dire, la version 2 n’intéresse que très peu le patronat qui a rapidement demandé un retour à la version 1 ou une version 3. Peu étonnant puisque la CFDT aurait largement contribué à cette version 2… Mais c’est peut-être cela le problème pour la CGT ?

Un syndicat en perte de légitimité, prêt à toutes les extrémités

Il faut bien comprendre le contexte syndical : une CGT en perte de vitesse, notamment après les affaires et après un silence relatif depuis l’échec face à la « réforme » (paramétrique) des retraites de Sarkozy en 2010. La concurrence de la CFDT dans les entreprises se fait sentir, et la Loi Travail ne va pas faciliter les choses pour la CGT en insistant sur les accords d’entreprises. Et que la CFDT soit au centre de la version 2 est évidemment problématique pour la CGT. Ce qui se joue aujourd’hui est donc d’abord une guerre des syndicalismes.

Et pour la CGT, il faut sur-jouer. Après le Congrès de la centrale à Marseille en avril, Philippe Martinez se devait de fédérer ses troupes. Il profite d’un « alignement des planètes » exceptionnel.

D’abord la popularité du couple Valls-Hollande est au plus bas : les Français sont contre l’exécutif. Dans ces conditions, la loi Travail permet de cristalliser l’opposition au gouvernement, peu importe le contenu de la loi : la CGT récupère le mouvement de grogne et capitalise dessus.

Ensuite, l’exécutif a envoyé un mauvais signal en lâchant rapidement face aux routiers sur la rémunération des heures supplémentaires. La CGT s’engouffre dans la brèche : il aurait été idiot de ne pas saisir l’occasion pour demander encore davantage.

Enfin, la possibilité de saboter l’Euro 2016 (10 juin-10 juillet) accueilli en France constitue pour la CGT une opportunité en or de faire monter la pression.

La stratégie de blocages de la CGT n’a pas grand-chose à voir avec la lutte pour les intérêts des salariés contre une loi qui n’a en réalité presque rien de pro-capital.

Elle cherche à redorer son blason auprès de ses adhérents, des salariés mais aussi des Français, en fédérant une opposition acquise à sa cause, avec les Nuit debout, Mélenchon, et autres Filoche et en profitant d’une exaspération générale face à un Hollande qui martèle que « ça va mieux ».

Et en passant d’ailleurs par la censure des journaux qui n’acceptent pas de relayer son message. Une stratégie du pouvoir par la terreur en somme : les moustaches de Monsieur Martinez ne sont pas sans rappeler celle d’un autre camarade…

Les racines de la CGT liées au PCF, à l’URSS et basées sur la terreur et violence

La CGT a été fondée en 1895 et son passé est rempli de nombreux faits de violence et de luttes contre le système démocratique. D’abord réticente à un rapprochement trop visible avec les communistes, la CGT connaît même une scission suite à la création en 1922 de la CGTU (Confédération générale du travail unitaire) qui regroupe des anarchistes et des communistes désireux de faire partie de l’ISR (Internationale syndicale rouge) créée par Lénine en 1920.

La CGTU entre rapidement sous le contrôle du PCF et lance à partir du milieu des années 1920, des actions violentes avec les forces de l’ordre au nom de la « lutte des classes ». À l’occasion du Front Populaire, la CGTU se fond dans la CGT et joue un rôle essentiel dans les grèves qui ont bloqué la France en mai-juin 1936. Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, en 1946, les communistes s’emparent de la direction de la CGT et lancent, à partir de 1947 et jusqu’en 1953, une série de grèves extrêmement violentes assorties de nombreux sabotages provoquant même des dizaines de morts. A-t-on oublié que le 3 décembre 1947, le train express 347, qui relie Paris à Tourcoing, a déraillé suite à un sabotage organisé par la CGT ?

Un véritable attentat qui a fait 16 morts et 30 blessés. Blocage du pays, grèves dans les mines, le secteur textile et autres industries, la CGT, avec la participation active du PCF, met la France à feu et à sang durant plusieurs années. On sait maintenant, suite à l’ouverture des archives de l’ancienne URSS, que les syndicalistes et les activistes du PCF cherchaient à renverser le gouvernement démocratique français et à mettre en place une « démocratie populaire » comme à l’Est de l’Europe.

Les résultats de cette période de violences sont contraires à ce que souhaitait la CGT. La démocratie sort renforcée et l’économie capitaliste, avec l’aide du Plan Marshall, s’impose au détriment des utopies socialistes. De plus, la CGT commence déjà à voir ses effectifs baisser à partir des années 1950 et perd 3 millions d’adhérents sur 4 en 20 ans.

Du coup, elle s’implante pendant ces années-là surtout dans des entreprises publiques comme la SNCF, EDF, GDF, RATP, etc., au sein desquelles elle continue à faire la loi et à pouvoir bloquer le pays, jusqu’à aujourd’hui.

Le financement opaque de la CGT

On le sait, grâce au Rapport Perruchot et autres livres et études bien documentées, l’argent des syndicats provient surtout, directement et indirectement, de l’argent public.

Sur plus de 5 Mds d’euros de budget des syndicats, plus de 4 Mds proviennent de l’argent des contribuables. D’ailleurs, un seul syndicat, la CFDT, publie ses comptes. Grâce à leur présence dans les entreprises publiques (rappelons le fameux CCAS, le comité d’entreprise d’EDF qui, lui aussi, alimente la CGT), au sein des Conseils d’administration des Caisses de retraite ou bien dans la formation professionnelle, les syndicats ont à leur disposition des dizaines de milliers de fonctionnaires et autres agents publics qui sont en réalité payés par leur administration ou bien par leur entreprise alors qu’ils travaillent pour le syndicat en question. Le comble c’est que ce genre de financement opaque ne suffit pas car, depuis le 1er janvier 2015, une contribution patronale aux organisations syndicales a été mise en place au taux de 0,016%.

Elle apparaît sur la fiche de paye et se rajoute à la vingtaine d’autres charges patronales. Le gouvernement oblige donc les salariés du privé à financer des organisations syndicales qui non seulement ne les représentent pas mais, en plus, défendent les privilèges du secteur public et s’opposent systématiquement à la moindre tentative de réforme ! Ou bien, comme l’a révélé l’IREF, les syndicats bénéficient de centaines de locaux fournis gracieusement par les collectivités locales. Et il n’est pas question de les perdre : grâce à la loi El Khomri, ils seraient même dédommagés au cas où ils seraient obligés de quitter les locaux.

Concernant le financement des syndicats, on a oublié que la CGT a été financée par l’URSS grâce à la Banque Commerciale pour l’Europe du Nord (B.C.E.N), une banque soviétique dont la principale activité était le financement des partis communistes de l’Europe de l’Ouest.

Cette banque, qui aurait pu figurer en tête de liste des Panama Papers, déversait des sommes considérables pendant les années précédant la chute du mur au service de la cause marxiste. À travers des sociétés factices, le PCF en profitait pleinement et pouvait combler ses difficultés financières aggravées par la chute massive de son électorat.

Dans son célèbre ouvrage intitulé Les Finances du PCF (Albin Michel, 1977), Jean Montaldo publie les comptes de la CGT en 1969 (c’est d’ailleurs la dernière publication officielle de ses comptes) qui font apparaître plus de 85% des fonds déposés à la BCEN. Bien entendu, ces fonds bénéficient d’un traitement spécial car ils grossissent très rapidement avec l’aide de Moscou. Argent public, argent provenant d’un pays totalitaire, tout est bon pour continuer la « lutte »…

La CGT : une organisation totalitaire et non-représentative

Comme tous les syndicats qui ne représentent qu’environ 4% des salariés du privé (et 7% des salariés en tenant compte du secteur public), la CGT a vu, elle aussi, ses effectifs chuter de manière significative. Comme pour ce qui est de ses finances, on ne connaît pas le nombre exact de ses adhérents mais on estime qu’en 2013, ce nombre était inférieur à 500 000 en tenant compte des retraités.

Ce qui est intéressant c’est que les syndicats étrangers lui ressemblant du point de vue idéologique ont connu des chutes d’effectifs moins importantes. La CGIL (Confédération générale italienne du travail), par exemple, a connu un reflux d’effectifs deux fois moins important. Il faut dire que la CGIL s’est détachée très rapidement, dès 1990, de l’idéologie communiste et du Parti communiste italien. La CGT et le PCF refusent de tirer les enseignements de la chute du communisme dans le monde et font même une déclaration commune qui évoque « un cataclysme géopolitique de la fin du siècle » (sic). Aujourd’hui encore, il est préférable, pour accéder aux postes de responsabilité dans l’organisation, de détenir sa carte du Parti. Actuellement, le taux de syndicalisation en Italie est de 36% contre 7% en France.

Comme le PCF, la CGT a toujours eu une structure pyramidale avec un chef tout-puissant à sa tête. Elle a refusé les compromis et pratique le monologue social. Parmi ses faits d’armes en France, rappelons la transformation du port de Marseille en un port déserté par les bateaux à cause des grèves à répétition : en millions de tonnes, Marseille représente deux fois moins qu’Anvers et plus de 4,5 fois moins que Rotterdam.

La CGT est encore responsable du retard pris par la France dans le transport des marchandises du fait de son opposition à toute concurrence étrangère, ou encore le renchérissement des charges des entreprises comme Renault ou Aéroports de Paris et bien d’autres du fait des grèves… Les exemples ne manquent pas. La CGT a toujours saboté l’économie française. Elle s’oppose aussi à la création d’autres syndicats comme l’a montré l’IREF il y a quelques années en rendant public le cas de la tentative de création du syndicat « Libres » dans une entreprise de moins de 20 salariés. La CGT s’est fortement opposée à cette initiative en saisissant le Tribunal d’instance et en obtenant l’interdiction du nouveau syndicat.

Conclusion : que faire ? Mettre fin au financement public des syndicats

Entre 1980 et 1982, les conservateurs britanniques ont fait voter deux lois limitant le pouvoir de nuisance des syndicats lors des mouvements sociaux. D’abord en 1980, l’Employment Act a restreint le droit de grève en interdisant que le piquet de grève ait lieu à un autre endroit que là où la grève a éclaté.

Parallèlement, les grèves dites de solidarité, où des professions autres que celles premièrement concernées appellent à s’allier aux grévistes, furent interdites. En 1982, la loi du secrétaire d’État à l’Emploi, Norman Tebbit, a supprimé l’immunité syndicale en cas de grève illégale et introduit le vote à bulletins secrets avant le début d’un conflit social. À l’époque, les syndicats britanniques comptaient 10 millions de membres. Il n’empêche, Mme Thatcher tint bon et gagna la bataille. Par la suite, elle sera même réélue deux fois consécutives..  ; et les syndicats britanniques, avec un taux de 25% de syndiqués, se portent nettement mieux que les syndicats français.

Il faut donc empêcher une minorité de syndicalistes de faire grève et prendre en otage la France entière. C’est la première mesure qui devra être assortie par d’autres comme la suppression des aides publiques – directes ou indirectes – accordées aux syndicats. Les organisations syndicales sont représentatives ou elles ne le sont pas.

La France a besoin de syndicats fort et non-politisés. Il faudra redéfinir leur rôle en leur donnant la possibilité de proposer des services comme c’est le cas dans de nombreux pays. Dans une étude récente, l’IREF propose l’ouverture à la concurrence de l’assurance chômage. Il n‘y a aucune raison pour qu’un syndicat libre et non politisé ne soit pas habilité à rendre ce genre de service, dans un système concurrentiel, comme c’est le cas en Suède (67% de syndiqués), en Finlande (68% de syndiqués), au Danemark (67% de syndiqués) et dans d’autres pays… On ne peut pas réformer les syndicats français sans les éloigner de la sphère de l’État, de la manne publique. Transformons-les en prestataires de services ! Ubérisons le syndicalisme français pour le guérir de l’idéologie de la lutte des classes !


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