Loi Travail : qui sont ceux de la CGT à la manœuvre ?

Publié Par Éric Verhaeghe, le dans Non classé

Par Éric Verhaeghe.

La CGT mène une campagne active contre la loi Travail. Si les mouvements de blocage se développent sous la bénédiction de Philippe Martinez, la confédération apparaît relativement en retrait par rapport à certains syndicats locaux très actifs. En voici un rapide passage en revue.

Les transports, mi-figue mi-raisin

Après les appels de Philippe Martinez à la grève reconductible, la CGT Transports s’est assez rapidement sentie pousser des ailes. Certains syndicats locaux ont fait preuve d’un véritable activisme, comme le syndicat de Geodis, filiale de la SNCF. La fédération des Transports est toutefois très divisée et son secrétaire, Jérôme Vérité, qui a annoncé qu’il n’y aurait aucun blocage de routes, n’appartient pas à l’aile la plus dure de la confédération.

Proche de Thierry Lepaon, Jérôme Vérité s’est d’ailleurs empressé de dealer un arrangement avec le gouvernement, dont la valeur est très relative, mais qui justifie une sortie de crise. Sur ce point, Manuel Valls peut donc être rassuré.

La chimie, une fédération plus explosive

La fédération de la chimie apparaît comme beaucoup plus soudée et organisée pour faire face à la grève. C’est d’ailleurs elle qui a efficacement pris le relais pour bloquer les raffineries et les dépôts d’essence. Conduite par Carlos Moreira, la fédération compte quelques ténors comme le délégué central de Michelin, Hervé Bancel, qui déclarait au dernier congrès de la confédération :

Pour nous, le retrait du projet de loi El Khomri est le meilleur moyen de renouer avec la victoire et que tous ceux qui luttent pour ce retrait sans compromission soient les bienvenus. Arrêtons de tergiverser, mettons-nous en ordre de bataille, retrouvons nos fondamentaux de lutte de classes et de masse et faisons reculer ce gouvernement et le patronat par la même occasion, en bloquant les profits. Dans chaque entreprise, ainsi que dans la fonction publique, et partout en France, le seul mot d’ordre doit être LA GRÈVE.

Il existe donc un vrai risque pour que cette fédération participe à un durcissement effectif du mouvement.

L’Union de Seine-Maritime

Les militants de la chimie peuvent trouver, en Seine-Maritime, où la raffinerie du Havre est bloquée depuis le début, d’importants soutiens. L’Union Départementale 76 est en effet tenue par les activistes lambertistes et par la gauche prolétarienne. C’est largement sur eux que Philippe Martinez s’est appuyé au congrès d’avril pour lancer un appel à la grève générale reconductible.

RATP et SNCF en embuscade

Dans la foulée des mouvements organisés dans le secteur pétrolier, les fédérations historiques de transports de voyageurs (RATP et SNCF) devraient retrouver une certaine ardeur. L’ambiance n’y est pourtant pas à la fête. Ces fédérations sont en effet en perte de vitesse dans chacune des entreprises où elles occupent une place historique. Elles paient très largement une usure et des pratiques très critiquables.

La relance des grèves leur donne l’occasion de mettre en avant des revendications statutaires et salariales. Toutefois, il s’agit d’une sorte d’infanterie de ligne sans véritable capacité d’innovation dans les luttes.

La tentation PSA pour la CGT

Il faudra suivre avec intérêt les actions qui seront menées chez Peugeot jeudi, à l’initiative de Lutte Ouvrière et de la Gauche Prolétarienne, très implantées dans l’entreprise. Souvenons-nous de ce qui était dit en 2013 sur la grève « historique » qui avait paralysé l’entreprise :

Dès 2007, les ouvriers avaient testé leurs forces (« Grève de classe à PSA Aulnay » ), ils savaient qu’ils pouvaient compter sur 300-350 grévistes solides, des jeunes qui se connaissent, déterminés.
Et puis une équipe de militants radicaux de terrain, dans l’usine, ça donne une capacité d’organisation et de mobilisation, c’est évident, ça donne des actions quotidiennes, ça donne des assemblées, ça donne une grève organisée méthodiquement et rigoureusement (et donc la confiance aux grévistes).

Les fédérations incertaines

Certaines fédérations de la CGT pourraient par ailleurs basculer dans la grève du fait de leur affaiblissement ou de leurs tensions internes. C’est par exemple le cas du syndicat de la santé, où une majorité de militants a fait barrage à la réélection de l’ancienne secrétaire, accessoirement Mme Martinez à la ville. Et c’est peut-être le principal problème du gouvernement aujourd’hui. Il ne tient pas à un poids excessif de Philippe Martinez au sein de son organisation, mais plutôt à ses difficultés internes.

Rappelons que le rapport moral de Martinez a rassemblé moins de 60% des militants au dernier Congrès. Ce score extraordinairement bas traduit une crise forte de l’organisation dont la conséquence est assez rapide : le syndicat est désormais « tenu » par ses fractions les plus dures.

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Sur le web

  1. Héhé,nombre de lecteurs de Contrepoints incapables d’avoir une vision à long terme aiment rejeter les voitures électriques mais ce sont les possesseurs de ces voitures qui rigolent maintenant :p
    Vive l’électrique 😀

    1. Ou pas…beaucoup prennent leur voiture pour aller au travail dans la même ville…quid de ceux qui travaillent à 1h / 120km de chez eux sans possibilité de recharge sur leur lieu de travail…

    2. Gilgamesh: « Héhé,nombre de lecteurs de Contrepoints incapables d’avoir une vision à long terme aiment rejeter les voitures électriques »

      Dans le présent cette technologie n’est pas au point, quand ça le sera, les libéraux se jetteront dessus comme tout le monde et les constructeurs n’auront plus besoin de recourir au vol légal pour écouler leur production.

      Gilgamesh: « mais ce sont les possesseurs de ces voitures qui rigolent maintenant :p »

      Je ne rirais pas trop fort à votre place, dans une république bananière l’électricité n’est pas un approvisionnement plus sécurisé que le pétrole.

      1. Ilmryn: « Je ne rirais pas trop fort à votre place, dans une république bananière l’électricité n’est pas un approvisionnement plus sécurisé que le pétrole. »

        Et au moment ou j’écrivais ceci je n’étais même pas au courant que la stalinosphère cégétiste voulait s’en prendre aussi aux centrales nucléaire.

    3. Vous voulez dire l’électrique nucléaire. Alors d’accord.

  2. Ce matin dans une station service je constatais la colère inouie d’automobilistes qui pouvaient remplir leur réservoir après avoir perdu 1h 15 dans une file d’attente. Le public en a marre des méthodes mafieuses de la CGT et attend de Valls autre chose que des mots mais des actes. La direction de Total a menacé ce matin de désinvestir massivement en France car c’est insupportable d’y être l’otage de syndicalistes minoritaires.
    Il faut que soit décidé des importations massives de produits pétroliers raffinés depuis tous les pays de l’UE qui nous entourent , pour empêcher la CGT d’avoir un quelconque pouvoir de nuisance dans ce pays.

    1. Total a raison de menacer de vouloir arrêter les investissement en France…les grévistes du Cancer Généralisé qui pourri le Travail vont pouvoir découvrir ce qu’est une grève Randienne 😀

  3. Des frustrés qui veulent prendre une revanche sur la vie qu’ils rendent responsable de leur médiocrité, des nostalgiques de la lutte des c(l)asses, du communisme de papa et de mai 68 et, au dessus de ceux-ci, il y a ceux à qui profite le crime et qui se foutent pas mal de ces derniers, des adhérents, des syndiqués, des salariés et de tous les français . Leur devise est « ma gueule first » !

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