Amazon Prime Now : pour Anne Hidalgo, le progrès, c’est déloyal

Anne Hidalgo veut empêcher Amazon d’apporter un service efficace à ses clients.

Un article du Parti Libéral Démocrate.

Amazon Prime by Andrew Hitchcock (CC BY 2.0)
Amazon Prime by Andrew Hitchcock (CC BY 2.0)

 

Vent debout contre l’ouverture des commerces en soirée et le dimanche, Anne Hidalgo s’en prend désormais à la dernière innovation issue du net. Le nouveau service d’Amazon, Prime Now, constitue selon elle « une concurrence déloyale à l’égard des commerçants et des artisans ».

La promesse d’être intransigeante contre Amazon

Anne Hidalgo est toujours en retard de deux guerres. Vent debout contre l’ouverture des commerces en soirée et le dimanche, elle s’en prend aujourd’hui à la dernière innovation issue du net. Le nouveau service d’Amazon, Prime Now, constitue selon elle « une concurrence déloyale à l’égard des commerçants et des artisans ». Rien que ça. L’idée que les Parisiens puissent souhaiter se faire livrer des produits – en particulier alimentaires – en une heure, maximum deux, lui est juste insupportable. Et les commerçants de proximité qui n’ont pas encore l’équivalent de Deliveroo ?

Nous la voyons brandir l’arme de la répression avec l’érection de « garde-fous » – lesquels ? – et la promesse d’être « intransigeante » avec Amazon. Si elle l’est autant qu’avec les services de la Ville de Paris – pensons au ramassage des poubelles et à la propreté -, les dirigeants d’Amazon peuvent dormir sur leurs deux oreilles. Et les Parisiens impatients de bénéficier de ce service ultra réactif aussi.

Elle a déjà haussé le ton à l’égard d’AirBnB, concurrent (forcément) déloyal à l’égard des hôtels. Le durcissement des conditions de location d’appartements s’est accompagné d’un recours implicite – sans l’avouer – à la délation des « voisins vigilants » pour punir les propriétaires – et donc leurs clients – qui ne respecteraient pas strictement l’empilement croissant de restrictions et d’interdictions.

Tout cela n’est qu’un début. Tant d’autres nouveautés en préparation ou en cours de lancement sont en passe de bousculer les acteurs économiques actuels qu’Anne Hidalgo ne va bientôt plus savoir où donner de la tête. Elle devra embaucher et former pléthore de nouveaux fonctionnaires chargés de surveiller toutes ces nouvelles pratiques et de réprimer ces barbares du net alors que les comptes de la ville sont largement déficitaires. Est-ce bien raisonnable ?

Oui aux start-up, non à leur offre ?

La Maire de Paris adore pourtant inaugurer les incubateurs de startups : Numa et, récemment, la Digital Foundry dans la Silicon Sentier, le Cargo ou la Halle Freyssinet où s’installeront 1 000 startups aux cotés de la fameuse école 42 co-fondée par Xavier Niel, Marc Simoncini et Jacques-Antoine Granjon. Avoir plein de startups, c’est branché. Les laisser développer leur offre auprès des consommateurs, c’est une autre affaire. Comme tant d’autres responsables politiques, Anne Hidalgo découvre que ces jeunes pousses deviennent vite des mauvaises herbes pour l’économie planifiée et soutenue à coup d’autorisations, d’aides et de privilèges. Internet ne connaît ni les frontières, ni les vieilles règles. Elle va devoir admettre qu’aucune muraille ne résiste à ces avancées.

Elle n’est pas seule à rester hermétique au changement, l’ancien président de la République vient seulement d’apprendre l’existence du site leboncoin.fr. L’arrivée des plateformes numériques a déclenché une révolution tant sur le plan de nos habitudes et de l’usage de nos biens que sur celui du travail. Le Big Data, les Smart Cities, la voiture autonome, le Blockchain et d’autres ruptures technologiques en cours vont bouleverser les liens sociaux, l’économie et le rapport des citoyens à l’État.

Myriam El Khomri et Philippe Martinez s’étripent en tête-à-tête sur quelques ajustements marginaux du Code du travail alors que la première n’a jamais travaillé dans une entreprise et que le second les terrorise. Ils n’ont pas compris que le Code du travail tomberait bientôt dans l’oubli avec la concurrence déloyale du progrès. Celui-ci fait émerger de nouvelles formes d’activité, condamnant sans doute à terme le salariat traditionnel. Nous travaillerons de plus en plus pour plusieurs donneurs d’ordre au lieu d’un employeur unique.

La pluri-activité exigera de l’agilité et de l’autonomie, tout le contraire du salariat engoncé dans ses 3 500 pages de réglementations trop complexes et rigides.

Paris, ville-musée

L’ambition d’Anne Hidalgo, c’est de faire de Paris une ville provinciale à l’échelle de l’Europe. Sacré pari compte tenu des nombreux atouts de la capitale. Elle n’est pas loin d’y parvenir. Malmenée par une planification ratée des transports et de multiples restrictions, Paris devient une ville-musée ; un musée qui se vide avec la baisse annoncée par le Louvre de 1,7 million de visiteurs en 4 ans. Pour elle comme pour l’ensemble de la classe politique, les nouvelles technologies sont bonnes pour l’image, la déco, tant qu’elles n’altèrent pas nos modes de vie. Leur ode à la lenteur se voit néanmoins régulièrement percutée par les innovations que les dirigeants politiques n’ont pas vues venir. Des entrepreneurs, des ingénieurs et des inventeurs géniaux sont en train de dessiner nos sociétés de demain tandis que les politiques ne s’intéressent qu’au prochain scrutin. Ces derniers doivent se préparer à de nombreuses nuits blanches.

La révolution numérique rend aux citoyens de nombreuses libertés, liberté d’expression, d’action et de consommation. L’État voit ses assujettis le contourner sans scrupule, lui et ses réglementations à l’ancienne. La société est en train de se reconstruire sur de nouveaux fondements qu’aucun dirigeant ne parvient à comprendre ou à contrôler. Décidément, la rupture numérique est vraiment une concurrence déloyale pour le pouvoir.