Orlando – Paris : le port d’armes ou la tyrannie

Les Pères Fondateurs américains ont érigé le port d’armes au rang de droit constitutionnel, arguant qu’une population désarmée était à la merci des malfrats et de la tyrannie. Aujourd’hui, face à la menace terroriste, nous avons le choix entre le port d’armes et la tyrannie.

Par Baptiste Créteur.

Pistolet By: Lee CravenCC BY 2.0

Les armes sont dangereuses. C’est fait pour. Alors évidemment, dans un monde idéal, nous n’en aurions pas besoin. Pourtant, le droit au port d’arme est un droit inaliénable pour les rédacteurs de la Constitution Américaine et de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen – inscrit dans la Bill of Rights américaine et trop évident (!) pour nécessiter d’être écrit dans la DDHC.

Ils ne vivaient pas dans un monde meilleur que le nôtre, où il ne serait venu à l’idée de personne d’utiliser une arme pour commettre un crime. Mais ils considéraient qu’une population armée était le garant de l’harmonie sociale :

« Aucun pays n’est plus paisible et n’offre une meilleure police que ceux où la nation est armée. »
— Comité de Rédaction de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, 18 août 1789

Ils considéraient aussi qu’une population désarmée pose 2 risques : elle est à la merci des malfrats et de la tyrannie.

« Les lois qui interdisent le port d’armes sont de cette nature. Elles ne désarment que ceux qui ne sont ni enclins ni déterminés à commettre un crime… De telles lois affaiblissent les victimes et renforcent leurs assaillants ; elles encouragent au lieu de dissuader les meurtres, car on s’en prend avec plus d’assurance à un homme désarmé qu’à un homme armé» – Thomas Jefferson

« Avant qu’un pays puisse être gouverné par son armée régulière, le peuple doit être désarmé, comme dans presque tous les pays d’Europe. Le pouvoir en Amérique ne peut instaurer de lois injustes par la force ; car l’ensemble du peuple est armé, et constitue une force supérieure à n’importe quelle armée régulière. » – Noah Webster

Force est de constater que leur première crainte est justifiée. En France, les armes sont interdites, mais font quand même des victimes – souvent désarmées. Meurtres, braquages et règlements de compte à main armée font souvent les gros titres. Plus récemment, des attentats sanglants ont montré la vulnérabilité d’une population désarmée face au terrorisme.

Le terrorisme frappe aussi les États-Unis, où les armes sont plus abondantes. Il y a quelques jours, cinquante personnes ont perdu la vie dans la tuerie d’Orlando. Certains y voient une tragédie de plus causée par les armes, qu’il faudrait donc interdire ; les autres arguent que la tuerie a eu lieu dans une zone officiellement sans armes, et que c’est justement parce que les victimes n’avaient pas d’armes qu’elles ont été aussi nombreuses.

Il est en réalité très difficile d’établir une corrélation (positive ou négative) entre port d’armes et criminalité. Ce ne sont pas les armes qui tuent, mais certains s’en servent pour le faire. Faut-il laisser les autres à leur merci ou leur laisser les moyens de se défendre, au risque de rendre les armes plus accessibles pour les méchants aussi ?

Une population armée n’est peut-être pas nécessairement à l’abri des malfrats, mais elle est certainement moins susceptible au despotisme. L’évidence du droit au port d’armes pour nos révolutionnaires tient en grande partie à l’interdiction des armes qui prévalait avant eux pour tous ceux qui ne comptaient pas parmi les gens de qualité, dont les privilèges se trouvaient d’autant mieux protégés. Historiquement, désarmer la population est une priorité de tout dictateur.

Force est de constater également que les politiciens qui refusent sans hésiter le droit au port d’armes aux citoyens n’imagineraient pas une seule seconde de désarmer la police, et encore moins leur garde rapprochée. À la suite des attentats, des députés demandaient même le droit au port d’armes pour assurer leur sécurité ; les parlementaires européens se mettaient à recruter des chauffeurs attitrés pour réduire le risque qu’un terroriste se glisse parmi leurs prestataires. Aux États-Unis, croissance de l’État fédéral rime avec militarisation de la police, financée en grande partie par une guerre contre la drogue de plus en plus controversée.

Cela revient à dire que les élus considèrent que notre vie est moins précieuse que la leur, au point de nous interdire de la protéger. Car pour être en sécurité face à un terrorisme qui peut frapper n’importe qui, n’importe où, n’importe quand, il n’y a que 2 réponses possibles pour le secrétaire général d’Interpol :

  • Le droit au port d’armes,
  • Une sécurité drastique autour de tous les lieux où des gens sont susceptibles de se rassembler.

Il est évidemment impossible de protéger tout le monde, tout le temps. Ce qui est possible en revanche, c’est de surveiller tout le monde, et c’est d’ailleurs ce que font nos gouvernements. Ils s’en donnent à cœur joie, à tel point que les services de renseignement débordés n’ont pas le temps de tout analyser, encore moins d’empêcher des attaques. Ils connaissent les auteurs des attentats, savent à peu près tout sur eux – comme ils savent à peu près tout sur nous – mais sont incapables de les empêcher.

Nous avons donc bien le choix entre le port d’armes et la tyrannie. Nous avons le choix entre tenter de nous protéger, mais vivre dans une société où les armes sont plus abondantes ; et renoncer à nos libertés individuelles, se savoir en permanence potentiellement surveillés comme dans les plus sombres dystopies, sans pour autant se savoir en sécurité.

Le terrorisme nous impose d’ouvrir à nouveau le débat sur le port d’armes, sous peine de passer nos vies en liberté surveillée. Et ne laissons pas la surveillance généralisée devenir la norme et nous placer à la merci de la tyrannie – bien que, sans armes, nous avons à peu près autant de chances que les victimes désarmées du plus grand massacre de l’histoire des États-Unis.