Un autre islam en vue, Orlando oblige !

Islam By: Guilhem Vellut - CC BY 2.0

Le chaos peut-il augurer d'un autre islam ? Tolérant et nullement homophobe, soufi pour l'essentiel. C'est ce qu'on observe en Tunisie.

Le chaos peut-il augurer d’un autre islam ? Tolérant et nullement homophobe, soufi pour l’essentiel, comme du temps de Bourguiba en Tunisie.

Par Farhat Othman.

Un autre islam en vue, Orlando oblige !
Islam By: Guilhem VellutCC BY 2.0

Ne nous y trompons pas ! Le chaos actuel dans le monde est, malgré tout, de bon augure ; car il a toujours été à l’origine de tout nouveau monde. N’est-ce pas ainsi que commence l’univers selon la Bible ? Un tel tohu-bohu ne précède-t-il pas l’origine des dieux dans la mythologie ?

Un coup de grâce à l’antéislam salafiste

On est bien au début d’une ère nouvelle, pour le monde, mais aussi et surtout pour le monde musulman qui se dessine en Tunisie. Car un autre islam y est possible, renouant avec la foi des Lumières qu’il fut et reniant l’horreur actuelle, ses turpitudes et ses crimes.

Une telle noirceur est d’abord dans les mentalités ; et c’est sur celles-ci que l’action est à faire en premier et en urgence. Le meilleur levier en l’objet est la loi.

En Tunisie, on estime que la loi civile doit refléter la loi éthique. Ainsi, en matière d’homophobie, cause du drame atroce d’Orlando, la loi qui a permis le crime doit être abrogée afin d’abolir ses effets, le crime lui-même est ses auteurs.

Car les criminels ne se recrutent pas seulement parmi les délinquants et les désaxés ; ils se retrouvent dans les rangs des élites, notamment politiques, religieuses, juridiques, philosophiques, culturelles et médiatiques.

Ainsi, au nom d’une foi frelatée, ils inventent une licence pour tuer et donnent bonne conscience aux tueurs dont on contrôle ainsi le cerveau puis les actes par un discours de haine et d’exclusion supposé d’origine divine. Et l’Occident a longtemps fermé les yeux sur de telles turpitudes.

Pourra-t-il désormais continuer ainsi alors que le ver est désormais dans son propre fruit ? Le ratio avantages-inconvénients ne lui étant plus favorable, doit-il continuer à charger l’islam des turpitudes des siens quand il est moins coupable sinon totalement innocent de ce que font ses adeptes, partenaires privilégiés et alliés de choix de l’Occident ?

Est-il sain et payant de fermer encore les yeux sur les lois homophobes en terre d’islam, toutes ou pratiquement d’origine coloniale et donc occidentale ?

Surtout, doit-on continuer à assurer sécurité et pérennité de régimes supposés régis par l’islam dont ils font une lecture manifestement fausse, comme en matière d’homophobie ainsi que le démontrent nombres de recherches récentes crédibles ?

Après le terrible drame de la ville de Floride, les choses ne seront assurément plus comme avant. Une réplique juridique du 11 septembre semble fatalement lancée et arrivera assurément assez vite à terme au moins en Tunisie où la société civile est très active, où la question occupe régulièrement l’actualité la plus brûlante.

Le coup de grâce à porter à l’islam salafiste prétendument triomphant, cet antéislam, viendrait donc d’Orlando comme une passe magique digne de Walt Disney, implanté d’ailleurs chez les Orlandais.

L’autre islam soufi

Il existe même déjà en Tunisie un projet de loi ayant des chances d’aboutir, étant consensuel et ne déplaisant pas trop au chef du parti islamiste.

Celui-ci est d’ailleurs entré dans une dynamique qu’il ne contrôle plus depuis son dernier congrès. Quand il croit pouvoir continuer à louvoyer et à tenir son habituel double langage, il se retrouve piégé par ses propres engagements bidon transformés en impératifs catégoriques par les tragiques événements.

Cela semble devoir être le cas déjà avec l’égalité successorale entre les sexes, un projet de loi étant en discussion au parlement ; ce sera probablement aussi le cas pour l’homophobie avec le projet précité.

Si la terre d’islam est donc aujourd’hui tohu-bohu, et la ténèbre à la surface de l’abîme, il est bien un feu sous la cendre, celui qui fut jadis lumière, participant même des Lumières d’Occident. Il s’agit de cette lecture soufie de la foi islamique. Or, le soufisme n’a jamais été homophobe et nombre de ses saints sont considérés des mariés de Dieu comme le saint marocain Ibn Hamdouche.

Cet islam irrigue les veines populaires de l’islam au Maghreb, faisant sa nature à la fois libertaire et hédoniste. Plus que jamais, ces deux traits sont incarnés par la figure du différent absolu qu’est l’homosexuel. Un être sensuel qui condense d’ailleurs la sensualité populaire maghrébine à fleur de peau, cette érosensualité qui fait peur à l’islam institutionnel et aux autorités instituées qui ont toujours eu la hantise de perdre le contrôle d’une société déjà assez turbulente.

Ce sera probablement une telle effervescence anomique des rues tunisiennes qui plantera la banderille mortelle devant venir achever la honte homophobe sur ses terres, ouvrant la voie de l’émancipation pour le Maroc et le reste de ce monde d’islam chaotique où il n’est plus de vie.

Car un souffle de liberté, à peine perceptible certes mais avéré, souffle aujourd’hui sur la terre maghrébine ; les soufis diront qu’il a même forci grâce au renfort des âmes innocentes d’Orlando, venues à l’appel des soufis du Maghreb en lutte contre l’avancée salafie, l’antéislam venu d’Orient.

En effet, la Tunisie, en pilotage providentiel depuis quelque temps, croit de plus en plus que Dieu y est appelé à revitaliser sa foi, la ressortir de son désert, sa confusion axiologique, son néant actuel, disant que la lumière soufie y soit. Et elle sera !

Trop de vies se sont sacrifiées, entend-on dans les cercles soufis, pour que Dieu ne leur donne pas justice en abolissant la cause et l’effet de l’oblation de leur âme à la cause, cette lecture erronée d’un islam défiguré et rendu homophobe quand il ne l’a jamais été.

C’est une telle révolution qui est en cours en terre d’islam, à partir de la Tunisie appelée à être alors bel et bien l’exception qu’on veut y voir. Car un autre islam est non seulement possible, mais en marche en Tunisie, Orlando oblige.