Ubérisation : à qui le tour ?

Tout secteur qui peut être transformé en place de marché le deviendra. Alors, à qui le tour ? À celui des professions réglementées !

Internet est le royaume des places de marché, qui mettent en contact l’offre et la demande sans intermédiaire et en temps réel. Des pans entiers de l’économie sont déjà devenus des places de marché, et ce n’est que le début : tout secteur qui peut être transformé en place de marché le deviendra. Alors, à qui le tour ? À celui des professions réglementées !

Par Emmanuel Arnaud.

By: Núcleo Editorial - CC BY 2.0
By: Núcleo EditorialCC BY 2.0

Internet est le royaume des places de marché

Une place de marché sur internet est un site (ou une application) où l’offre rencontre la demande. Lorsque vous vous connectez sur un site, si  la première chose que vous faites est une recherche, alors vous êtes “la demande”, si c’est de remplir une fiche décrivant quelque chose, alors vous êtes “l’offre”. Uber, airbnb, youtube,  tinder, tripadvisor, expedia, hotels.com, amazon, ebay… et chez les Français : lafourchette, meetic, evaneos, doctolib, younited credit, seloger, blablacar, leboncoin, guesttoguest… sont des places de marché.

Tout secteur qui peut devenir une place de marché le deviendra

La place de marché est la meilleure manière de mettre en contact l’offre et la demande, qui n’ont pas d’autre objectif que de pouvoir se rencontrer. C’est pour cela que ce modèle s’imposera partout où c’est possible.

Le premier avantage des places de marché est l’expérience offerte au client. Pour s’en convaincre il suffit de comparer d’une part l’expérience sur Uber, où le particulier peut en un clic être mis en contact avec la voiture la plus proche dans un cadre de transaction sécurisé, et d’autre part la recherche d’un taxi à pied avec les risques de ne pas en trouver, de tomber sur un mauvais conducteur, et de ne pas pouvoir payer en Carte Bleue, etc. Les taxis n’ont tout simplement aucune chance : la place de marché offre une expérience irrésistible qui ringardise complètement leur offre.

Le deuxième avantage est la désintermédiation. À ce titre, l’exemple d’Evaneos est particulièrement pertinent. Les agences de voyage sont des intermédiaires entre les clients du Nord et les “réceptifs” du Sud, qui vont concrètement organiser le voyage. Evaneos remplace via une place de marché les agences de voyage, en permettant au client d’être en contact direct avec le réceptif et choisir celui-ci en fonction de son offre, et des notations des précédents clients. Ainsi, Evaneos génère des économies, qui sont réparties entre le client qui paye moins, le réceptif qui gagne plus et Evaneos.

Bien sûr, dans de nombreux cas, des niches subsisteront en dehors des places de marché  par exemple pour les segments “premium” ou pour les clients avec des besoins non standard…mais ce seront là des miettes : lorsqu’un secteur est mûr pour devenir une place de marché, un mouvement commence de manière plus ou moins brutale mais inéluctable, et qui aboutit à ce que la très grande majorité des transactions du secteur ait lieu sur des places de marché.

Du coup, la question évidente devient : à qui le tour ?

Les secteurs réglementés : les prochains sur la liste

Les secteurs réglementés sont très nombreux en France comme ailleurs –  bon d’accord, peut-être un peu plus qu’ailleurs. On pense par exemple aux professions médicales (médecins, infirmiers, pharmaciens, kinés, médecine douce, etc…), juridiques (notaires, avocats, huissiers…), financières (banque, assurance, courtage…) mais aussi : architectes, restaurants, agents immobilier, et bien sûr… taxis.

Ces secteurs ont en commun d’avoir une offre limitée par des contraintes réglementaires qui ont l’avantage de protéger le consommateur, mais l’inconvénient de limiter la concurrence, et donc les incitations à améliorer leur service. Il y a donc une situation paradoxale :

  • D’une part, ces acteurs sont ceux qui se sentent les moins menacés, car ils sont protégés par la loi.
  • D’autre part, ce sont les secteurs où les start-ups ont le plus intérêt à se lancer, car ce sont ceux où les réservoirs pour améliorer l’expérience client – et faire baisser les prix – sont les plus grands.

Et si la place de marché arrive à ses fins, ces acteurs vont avoir beaucoup de mal à se défendre, car ils sont peu préparés à affronter la concurrence.

Alors, si vous travaillez dans une profession réglementée, soyez certains que votre offre sera bientôt ringardisée comme celle des taxis l’a été par Uber. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’elle est aussi ringarde que celle des taxis ! Mais comme les consommateurs n’ont pas le choix, ils tolèrent que leur banquier ne leur prête que quand ils ont de l’argent, leur notaire semble habiter le XVIe siècle, leur assurance ne couvre jamais aucun sinistre, leur avocat leur facture chaque seconde de chaque coup de fil et que leur médecin ait toujours une demi-heure de retard et ne prenne ni la carte vitale, ni la carte bleue.

Bref, si vous travaillez dans une profession réglementée, préparez-vous : c’est bientôt votre tour !

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