Gaz de schiste : les 6 mythes qui trompent Ségolène Royal

Ségolène Royal veut interdire l’importation de gaz de schiste en France : sa position repose sur au moins 6 mythes qu’il s’agit de reconsidérer sérieusement [Replay]

Par Kevan Saab.

By: jyc1CC BY 2.0

Mythe nº1 : « Les explorations et études géologiques sont décevantes »

Contrairement à l’adage, la France n’est pas un pays plein d’idées mais dépourvu d’hydrocarbure ; à vrai dire, au vu du marasme intellectuel actuel, c’est plutôt l’inverse qui est vrai. En effet, comme en attestent les études internationales sur le sujet, la France semble posséder des réserves potentielles de gaz parmi les plus importantes de l’Europe occidentale.

Mythe nº2 : « L’exploitation du gaz de schiste n’est pas rentable »

Il est certes très touchant de voir des écologistes et politiciens de tout bord se soucier à ce point des marges de profit des grandes compagnies pétrolières, cependant il est important de rappeler ici que d’une part les risques liés aux investissements font partie intégrante du système capitaliste et que d’autre part le marché du gaz en France est diamétralement opposé à ce que l’on peut voir aux États-Unis.

Aux États-Unis, on assiste en ce moment à un processus de consolidation du marché, phénomène naturel qui vient purger les surinvestissements ayant eu lieu lors du boom initial. Si on assiste quelquefois à des faillites d’entreprises n’ayant pas su se montrer aussi judicieuses que leurs concurrentes, on assiste le plus souvent à des rachats et des fusions ayant pour but de trouver des synergies et de réaliser de meilleures économies d’échelle. Rien de surprenant à cela quand on sait que le marché du gaz naturel aux États-Unis est devenu ultra compétitif avec un prix du gaz chutant de $12 par BTU en 2008 à environ $4 par BTU aujourd’hui, le tout pour le plus grand bonheur des consommateurs américains bien sûr :

gaz de schiste prix

À l’inverse, les prix du gaz sur le marché européen sont encore trois fois plus élevés et continuent à augmenter, alimentant de fait ce que les sociologues appellent désormais la « précarité énergétique ».

Bref, d’un côté nous avons des consommateurs – particuliers et industriels – pris à la gorge par des prix du gaz toujours plus élevés et de l’autre des compagnies pétrolières auxquelles on répète à tue-tête qu’il n’y a pas de rentabilité à attendre de l’exploitation de nos ressources naturelles. Ridicule n’est-ce-pas ?

Mythe nº3 : « La fracturation hydraulique cause des tremblements de terre »

Contrairement à un mythe très répandu, la fracturation hydraulique ne représente pas un risque sismique. En effet, en termes de magnitude mesurée, toutes les études s’accordent pour dire que l’impact réel de cette technique d’extraction se mesure entre 0 et 3 sur l’échelle de Richter (voir rapport de la Royal Academy of Engineering au Royaume-Uni). D’ailleurs, comme le rappelle très justement le United States Geological Survey, ces mini-secousses sont généralement classées dans la catégorie I sur l’échelle de Mercalli dont les sismologues se servent pour mesurer l’intensité d’un séisme. Pour les secousses de cette catégorie, aucun mouvement n’est observé, et l’activité sismique n’est généralement perçue que par les instruments de mesure et par quelques personnes dans des conditions particulières.

Mythe nº4 : « L’exploitation du gaz de schiste pollue les nappes phréatiques »

Avec près de 500 000 puits en activité, et dont beaucoup sont exploités en utilisant la méthode de la fracturation hydraulique, les États-Unis sont parmi les leaders mondiaux de l’exploitation gazière. À ce jour, malgré les multiples enquêtes lancées par l’Environmental Protection Agency (EPA), aucune aquifère n’a montré de trace de pollution par des fluides issus d’un processus de fracturation hydraulique. Bien sûr, ceci n’étonnera aucunement ceux qui sont familiers avec l’industrie gazière : en effet, les forages où ont lieu les fracturations hydrauliques se situent à plus de 2000 m de profondeur, une profondeur à laquelle aucune interférence physique n’est possible avec les nappes phréatiques, situées quant à elles en très grande majorité entre 0 et 500 m de profondeur.

Signalons au passage que la vidéo, qui a fait sensation, montrant une habitante du Colorado transformant son robinet en chalumeau avec une simple allumette, n’a tout bonnement rien à voir avec l’exploitation du gaz en général. De fait, une enquête diligentée par le Colorado Department of Natural Resources a conclu à une banale contamination géologique naturelle du fait que l’aquifère locale traverse une série de couches de charbon en profondeur.

Mythe nº5 : « Le liquide de fracturation est un cocktail de produits dangereux »

Comme son nom l’indique la fracturation hydraulique est une technique visant à créer un réseau de fissures dans la roche afin de permettre au méthane qu’elle contient, enfermé dans ses différentes couches, d’en sortir avant d’y être ramené en surface (explication plus détaillée à lire ici pour ceux que ça intéresse). Pour ce faire, le principe est simple : il s’agit de fracturer la roche en utilisant un liquide pressurisé composé à 90% d’eau auquel on ajoute du sable – à hauteur de 9,5% environ – pour empêcher les fissures ainsi créées de se refermer sur elles-mêmes, et enfin 0,5% d’additifs chimiques, dont essentiellement des substances bactéricides pour empêcher la contamination du réservoir par des bactéries provenant de la surface, et des composés viscosifiants servant à maintenir le sable en suspension dans l’eau puis à le maintenir dans les fissures (composés dits tensioactifs). Bref, on est loin du cocktail de produits chimiques dangereux habituellement évoqué dans les médias ; d’ailleurs, nombre d’entre vous connaissent ou utilisent régulièrement la petite dizaine de produits chimiques employés lors d’une fracturation hydraulique tant ces produits sont courants, pratiques et relativement sans danger à faibles concentrations.

Mythe nº6 : « L’exploitation des gaz de schiste est pire que l’exploitation du charbon »

Alors que l’exploitation du gaz naturel commence à supplanter petit à petit l’usage du charbon aux États-Unis, on entend de plus en plus souvent la théorie selon laquelle le gaz naturel extrait par fracturation hydraulique provoquant des fuites de méthane importante dans l’atmosphère serait en réalité plus néfaste que l’exploitation traditionnelle du charbon.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, rappelons rapidement que même en laissant de côté la question de l’effet de serre, le gaz naturel est sur tous les plans plus propre que le charbon dont la combustion relâche une quantité phénoménale de polluants nocifs pour la santé qui font de son exploitation un pis-aller énergétique et non une option durable.

Revenons maintenant aux accusations formulées contre l’exploitation du gaz naturel, et en particulier du gaz de schiste, aux États-Unis. D’après le rapport 2011 de l’EPA, les émissions de méthane liées à des fuites lors de la production de gaz naturel étaient de 2,5 millions de tonnes par an en 2011. Chiffre qu’il faut mettre en rapprochement avec la production annuelle de gaz naturel qui s’élevait à 28,48 millions de tonnes en 2011. Pour faire simple, les fuites de méthane dans l’atmosphère représentent moins de 10% du volume produit annuellement. Enfin, dans une étude comparative du Worldwatch Institute, l’organisme conclut que le gaz naturel à travers tout son cycle de vie – hors fuite lors de la production – est 47% moins émetteur de gaz à effet de serre que le charbon pour une même quantité d’énergie produite. Ainsi, avec ou sans les 10% de fuites non comptabilisées à la production, il est absolument indéniable que l’exploitation du gaz naturel n’a en aucun cas les mêmes impacts que le charbon en termes d’effet de serre.

Par ailleurs, signalons au passage que l’industrie gazière commence à adopter des équipements anti-émissions qui s’avèrent très prometteurs : en effet, plusieurs études sur la question relèvent des baisses quasi-totales dans les fuites mesurées (99% de baisse d’après l’une d’elles).