Sondage : qui incarne le renouveau à droite ?

Alain Juppé - Crédit photo UMP via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

Un sondage Ifop fait d’Alain Juppé le candidat de droite incarnant le mieux le renouveau.

Alain Juppé - Crédit photo UMP via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)
Alain Juppé – Crédit photo UMP via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

Alors que la course à la primaire est lancée à droite, un sondage Ifop pour iTELE1 confirme la prédominance d’Alain Juppé dans l’opinion. L’ancien Premier ministre de Jacques Chirac arrive en tête de presque toutes les propositions testées.

Un Juppé crédible mais des Républicains encore séduits par Sarkozy

On se souvient tous d’Alain Juppé « droit dans ses bottes » dans les années 1990. S’il joue parfois avec cette image qui ne lui a pas toujours été favorable, il semble qu’elle lui apporte aujourd’hui une certaine crédibilité puisque 48% des personnes interrogées pensent qu’il est le plus capable de tenir ses promesses, 46% qu’il est le plus capable de réformer le pays et 48% qu’il a les propositions les plus crédibles. Ses concurrents, Bruno Le Maire, Nicolas Sarkozy et François Fillon se tiennent en dessous ou proche de 20% sur ces trois questions, avec un léger avantage pour Bruno Le Maire.

En tant que ministre des Affaires Étrangères sous Nicolas Sarkozy, Alain Juppé est apparu dans une dimension internationale qui l’a tenu à l’écart des mauvais résultats du quinquennat de son président. C’est peut-être pour cela que 52% des sondés lui donnent le crédit d’avoir le plus l’étoffe d’un président de la République. Ancien Premier ministre ayant su se ménager une image internationale, il rappelle les années Chirac avec un président distant, parfois presque absent. Si son bilan, lié à celui de Jacques Chirac, est contestable au final, les Français ne semblent pas lui en tenir rigueur.

sondage droite 1

Ces résultats sont assez largement tempérés lorsque l’on n’interroge que les sympathisants Les Républicains. En effet, ils placent le plus souvent Nicolas Sarkozy presque à égalité avec Alain Juppé, essentiellement au détriment de ce dernier, mais aussi de François Fillon, bien peu populaire à droite.

sondage droite 2

L’influence de l’ancien président est donc encore forte à droite. Si Alain Juppé semble avoir trouvé un certain soutien auprès des Français, les sympathisants Les Républicains apparaissent moins convaincus. Cela promet de prochains mois intéressants durant lesquels on verra probablement un Alain Juppé plaidant pour une primaire aussi large que possible, à l’opposé d’un Nicolas Sarkozy qui n’y aurait pas vraiment intérêt…

Renouvellement du personnel politique : bienvenue dans la quatrième dimension !

Bien plus étonnant, sur l’ensemble des Français, Alain Juppé arrive en tête (38%) juste devant Bruno Le Maire (35%) pour la personnalité la plus capable d’incarner le renouvellement du personnel politique. Si l’on comprend que Nicolas Sarkozy (14%) et François Fillon (13%) soient en retrait sur cette question et que Bruno Le Maire soit bien placé, lui qui ne s’est fait connaître largement qu’il y a peu, l’on peut se demander par quel mécanisme Alain Juppé avec sa très ancienne carrière en politique (presque 40 ans) se retrouve propulsé en première place sur cette question.

En revanche, la rupture de style dans la politique engagée sous Sarkozy n’appartient pas encore au passé. Pourtant, chez les sympathisants Les Républicains, on place Alain Juppé, certes toujours en tête (35%), devant Bruno Le Maire (30%), mais aussi devant un surprenant Nicolas Sarkozy (28%) qui terrasse François Fillon (7%). Sur trois candidats obtenant un bon score, il y a donc un ancien président et un ancien Premier ministre.

Que comprendre ?

Pour évoquer les personnalités sur lesquelles ont porté les questions, nous avons du revenir sur les années Sarkozy et les années Chirac. Difficile d’y voir un renouveau quelconque. En définitive, la situation n’a peut-être pas vraiment évolué depuis 2012. À cette époque, les Français ne voulaient plus vraiment de Nicolas Sarkozy, mais la droite oui, comme aujourd’hui. Ils s’étaient alors convaincus que l’apparente bonhomie corrézienne de François Hollande refermerait cette parenthèse agitée et les renverrait au calme plat du style chiraquien. Il n’en a rien été et François Hollande, mal élu, n’a jamais suscité d’enthousiasme.

Aujourd’hui, peu de gens souhaitent revivre l’affrontement de 2012 en 2017. Si la droite soutient toujours plus Nicolas Sarkozy que le reste des Français, les autres n’en veulent toujours pas, mais cette fois, pas plus que de François Hollande. Le pays semble donc être à nouveau tenté par cette chiraquie que son souvenir a sûrement embelli parce qu’elle a existé avant la crise et avant la peopolisation des politiques. Ce ne serait donc pas de renouveau dont rêvent les Français, mais de retour en arrière, au chaud, à l’époque où cette dette n’était pas encore un vrai sujet, à l’époque où ils espéraient encore que le pays pourrait prospérer sans passer par de longues années de rigueur. D’ailleurs, l’ensemble des candidats bénéficie d’une prime à l’étatisme très claire et inversement, on notera la symptomatique absence des radars d’Hervé Mariton, qui reprenait par exemple récemment à son compte une ancienne revendication libérale

  1. L’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 1 096 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont été réalisées par questionnaire auto-administré en ligne du 11 au 14 mars 2016.