Les 3 manières de créer de l’argent

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Les centaines de milliards d’euros de la BCE vont-ils générer de l’inflation ?

Par Fabrice Houzé

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D’où vient l’argent ?

Depuis la crise de 2008 et l’essor des politiques monétaires dites « non conventionnelles », on peut lire un peu tout et n’importe quoi sur la planche à billets, l’endettement des États et la création monétaire. Voici une brève synthèse des trois manières de créer de l’argent dans notre système monétaire que sont l’argent-dette, les obligations d’État et le QE.

  • La création d’argent-dette par les banques

Les banques privées disposent du privilège (exorbitant ?) de créer de l’argent en échange d’une reconnaissance de dette. Autrement dit, quand vous allez voir votre banque et qu’elle vous accorde un prêt à la consommation de 3 000 euros, elle crédite instantanément votre compte de 3 000 euros. L’actif de la banque augmente de 3 000 euros (votre reconnaissance de dette) et son passif de 3 000 euros (votre dépôt fraîchement crédité ex nihilo). Contrairement à ce qui est encore enseigné dans certaines facultés d’économie sous le nom de « multiplicateur monétaire », ce mécanisme de création est tout à fait illimité. La Réserve Fédérale américaine explique en détails pourquoi ici et la Banque d’Angleterre .

Cet argent créé est parfois qualifié d’argent-dette. En effet, pour chaque euro créé, une dette de même montant est créée. C’est du véritable argent : vous pouvez le retirer de la banque et acheter ce que vous voulez. Mais vous devrez rembourser, cet argent est donc éphémère. Lorsque vous remboursez la banque, votre dette s’éteint et simultanément l’argent créé disparaît. Ainsi, la création d’argent-dette dépend des volontés conjuguées de l’emprunteur et de la banque. En ce moment, elles sont faibles.

  • La planche à bons des États

L’État dispose d’un privilège également : la confiance des citoyens (jusqu’à un certain point, dépassé en Grèce) dans la capacité de remboursement de l’État. Si l’État veut dépenser plus que ne le permettent ses recettes fiscales, c’est-à-dire s’il est en déficit budgétaire, il peut imprimer – électroniquement – des bons du Trésor, ou obligations d’État. Les épargnants qui souhaitent rémunérer leur argent les achètent : ils échangent leur argent contre les bons. Il s’agit bien de création monétaire car, dans un État comme la France, les épargnants considèrent les bons du Trésor presque comme de l’argent, même s’ils ne peuvent pas le dépenser directement.

Puisque les bons sont à la fois sûrs et liquides (ce qui signifie qu’ils peuvent être revendus très facilement), les bons sont ainsi de la quasi-monnaie. Les États peuvent en théorie allègrement utiliser la « planche à bons » pour dépenser. Cette utilisation est d’ailleurs confortée par des avantages fiscaux et réglementaires pour les détenteurs de bons. Toutefois l’Europe interdit un déficit budgétaire supérieur à 3 % par an. La création de quasi-monnaie est donc limitée par la vigilance allemande.

  • Le QE de la Banque centrale

Le Quantitative Easing (plus de détails ici) est le nom donné aux rachats des obligations d’État par la Banque centrale européenne. L’individu qui détient une obligation d’État, lui rapportant un intérêt de 2 % par exemple, se retrouve donc avec un billet de banque, ne lui rapportant rien. Le Quantitative Easing n’est donc pas vraiment de la création monétaire, il s’agit seulement de la transformation d’une quasi-monnaie en monnaie, un échange de papier contre un autre, ou encore une baisse des taux (tout à fait conventionnelle). De fait, le rachat d’obligations par cette monnaie créée ex nihilo en centaines de milliards d’euros n’engendre aucune inflation des prix à la consommation. En revanche, cela nourrit l’envolée des prix des actifs financiers. En effet, puisque la Banque centrale européenne rachète des actifs (les obligations), ils deviennent ainsi de plus en plus rares, et ce qui est rare est cher.

Et la planche à billets ?

Elle a été démembrée et ne fonctionne plus que très faiblement ! En effet, la planche à billets résulte de la combinaison de l’impression de bons du Trésor par l’État (planche à bons) avec leur rachat par les billets de banque que la Banque centrale imprime (Quantitative Easing). Avec la limitation du déficit budgétaire des États, la planche à billets est donc tout autant limitée. C’est pourtant un moyen particulièrement simple de créer l’inflation recherchée en temps de crise déflationniste. Mais tous les pays de la zone Euro ne partagent pas les mêmes objectifs…

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