Bénévolat contre RSA : le choix honteux des mots

Ampoule électricité (Crédits serguei_30, licence Creative Commons)

Conditionner le RSA à un travail ? L’exemple de la fausse bonne idée.

Par le Parisien libéral.

Ampoule électricité (Crédits serguei_30, licence Creative Commons)
Ampoule électricité (Crédits serguei_30, licence Creative Commons)

Pour toucher le  revenu de solidarité active (RSA), les allocataires du Haut-Rhin devront faire du bénévolat.

Beaucoup de Français, y compris des libéraux ou des sympathisants de droite, ont applaudi l’idée ce weekend.

Pourtant, voilà typiquement l’exemple même de fausse bonne idée.

Le RSA, c’est quoi ? C’est 524,16  € versé à un célibataire par la Caisse d’Allocations Familiales. Qu’on soit pour ou contre les aides sociales (chez les libéraux, à la différence de la droite, on est contre), 524 euros, il faut avouer que ce n’est pas grand chose.

Rappel : en France, pour se loger, il faut payer chaque mois au grand minimum entre 200 euros pour un studio dans le Limousin ou 600 euros pour une chambre de bonne à Paris.

Le RSA, qui le paye ? Le Conseil général est chargé de financer le RSA socle, à destination des personnes sans emploi ou à très faible activité. Quant à l’État, il finance, par l’intermédiaire du Fonds national des solidarités actives (FNSA), le RSA activité, pour ceux qui travaillent ou qui sont en formation rémunérée ayant de faibles revenus.

Le FNSA est financé par un prélèvement de 1,1% sur l’ensemble des revenus financiers, à l’exception de l’épargne populaire (livret développement durable, livret A, LEP et livret jeune).

Vous essayez tant bien que mal d’épargner quelques euros sur un compte en banque pour pouvoir payer vos impôts, votre future retraite ou vos frais de santé ? Et vous versez cette épargne sur un compte alimenté par de l’argent déjà taxé puisque vous payez de l’impôt sur le revenu ? Vous payez pour le RSA. Les revenus du « capital » étant soumis à la CRDS et à la CSG, sans oublier la non moins poétique Contribution Additionnelle au Prélèvement Social de 0,3%, financent in fine le RSA.

Maintenant, qui touche le RSA ? Pas assez de monde, aurait-on envie de dire, de manière provocatrice. 35 % des bénéficiaires potentiels du RSA socle ne le demandent pas et ce taux monte à 68 % pour le « RSA activité ». Pourquoi ?

Certains bénéficiaires potentiels ne se manifestent pas car ils veulent se débrouiller sans. Mais pour une part plus importante encore, c’est tout simplement parce que c’est trop compliqué, ou qu’ils ne savent pas comment faire.

Oui, chercher à entrer dans la matrice n’est pas si simple. Il n’y a qu’à penser à ce paradoxe : comment toucher des chèques d’argent public quand on est SDF, sans adresse donc, ou sans compte en banque ? Pensons par exemple au cauchemar administratif vécu par cette ex chef d’entreprise, devenue SDF (lire Du dépôt de bilan à la rue : la descente aux enfers d’une jeune chef d’entreprise française).

Et bien que le nombre de bénéficiaires du RSA devrait être plus important que ce qu’il est actuellement, un certain nombre de départements français sont quand même déjà en faillite. Qu’est-ce que ce serait si tous les bénéficiaires potentiels faisaient et pouvaient faire valoir leur droit !

En résumé, le revenu de solidarité active est un dispositif étatique qui a échoué dans sa mission de sortir de la pauvreté ceux qui n’ont rien, tout en taxant ceux qui n’ont rien demandé.

Et comme beaucoup de dispositifs de solidarité étatisée, le RSA constitue un dévoiement de la notion de solidarité.

Quant au bénévolat, il n’a absolument rien à voir avec l’État ou les départements. Le bénévolat, c’est du temps libre fourni par un citoyen, qu’il soit lycéen, salarié, entrepreneur, retraité ou chômeur, pour une cause ou une association.

Pour faire du bénévolat, qu’il s’agisse d’aider des collégiens en difficulté, vêtir des migrants, aider des prisonniers à se réinsérer, collecter des dons alimentaires, s’occuper de personnes âgées, nettoyer un espace public ou organiser des maraudes pour aider des SDF, pas besoin d’État, ni de département. Il suffit qu’une personne ait la volonté d’agir, seule ou en groupe. Pour trouver des causes ou des associations, là encore, pas besoin d’État ou de département. Il suffit d’aller voir une des millions d’associations de France, ou encore d’aller sur Internet, sur les sites du type France Bénévolat ou Tous Bénévoles.

La théorie du bénévolat, c’est, parait-il, le libre choix et le libre-arbitre. C’est ce qui distingue le bénévolat du servage et de l’esclavage, qui ne sont ni volontaires ni rémunérés. Les bénévoles ne sont pas des serfs d’État, ce sont des personnes libres qui choisissent d’effectuer gratuitement une tâche.

Quant au critère du salaire, c’est  ce qui permet de distinguer l’emploi salarié, volontaire et payé, du bénévolat, volontaire mais pas payé. Vu que le bénévolat, c’est le libre choix, il est honteux d’oser le présenter comme une potentielle contrepartie au RSA. 

Le cumulard Éric Straumann, (Les Républicains) président du Conseil Départemental nous explique : « Sept heures par semaine, ce n’est pas énorme. Je suis sûr qu’on ne me manquera pas d’activités, il y a plein d’associations qui manquent de bras », et il ajoute qu’une plate-forme numérique sera créée pour mettre en relation les profils des allocataires avec les besoins des associations, maisons de retraite, collectivités locales ou autres établissements publics.

Autrement dit, le Haut-Rhin, une collectivité publique, veut faire le travail de recrutement de bénévoles que les associations effectuent déjà ? Avec quel argent va-t-il construire cette plateforme ? Avec l’indemnité forfaitaire de 6.412€ par mois que touche le député qui cumule avec la présidence du conseil départemental ?

Il semble que la proposition du conseil départemental du Haut-Rhin ne soit qu’une banale tentative de faire des économies. Ce geste aurait pu être louable, s’il ne s’était accompagné de la minable tentative de faire passer cette idée pour de l’humanitaire. 

Ce député cumulard, Éric Straumann, est élu à l’Assemblée Nationale depuis 2007. Pourquoi n’a-t-il jamais déposé de projet de loi pour supprimer le RSA et, insistons sur le et, pour supprimer la CSG sur les revenus financiers ?

La bonne idée, ce n’est pas de proposer des heures de bénévolat contre le RSA. La bonne idée c’est de supprimer tout ce système social français, en faillite puisque payé à crédit. Une autre idée est de dépolitiser complètement l’aide sociale, c’est l’idée du revenu universel défendu par Gaspard Koenig ou par d’autres acteurs.

Si le député Éric Straumann avait un peu de courage, c’est-à-dire s’il osait sortir du consensus social-démocrate, il ne proposerait pas d’échanger le RSA contre quelques heures de bénévolat. Il proposerait de cesser de verser le RSA, au lieu de chercher à retarder le jour de l’annonce officielle de la faillite de l’État.

Au passage, bravo au député Straumann de fournir une occasion à Marisol Touraine et à la gauche de se redorer le blason à bon compte, en faisant une fois de plus passer la droite pour des gens sans cœur.

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