Crise de l’euro : en sortirons-nous un jour ?

L’euro est-il à blâmer dans la crise qui nous touche ?

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Crise de l’euro : en sortirons-nous un jour ?

Publié le 28 janvier 2016
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Par Thierry Godefridi.

Alex Guibord Euro Sign(CC BY-ND 2.0)
Alex Guibord Euro Sign(CC BY-ND 2.0)

Est-ce que ça durera longtemps ? eût ajouté Flaubert que le titre paraphrase. Dans une mise à jour de ses sarcasmes, publiée par le New York Times en juillet, Paul Krugman, l’économiste américain prix Nobel en 2008, promut l’euro de « l’une des plus grandes catastrophes de l’histoire de l’économie » à « une erreur aux proportions épiques » et il se targua de ce qu’il n’avait pas entendu le moindre argument qui contredisait son opinion. Dans une tribune du mois dernier, cette conscience des prétendus progressistes avançait sur base du simple graphique ci-contre que la Finlande – bien que victime d’un choc qu’il qualifiait d’« idiosyncratique » affectant ses exportations plutôt que de l’arrêt brutal de l’afflux de capitaux – se trouvait en aussi mauvaise position (sur le plan du PIB par habitant) que la plupart des pays de l’Europe du Sud. « Voici un rappel, concluait-il, que l’euro suscite d’énormes problèmes partout et qu’il ne s’agit pas de cas isolés. »Change in real GDP per capitaBref, les prémisses de la Finlande n’ont rien à voir avec celles de la Grèce ou de l’Espagne, mais la conclusion reste la même, c’est la faute à l’euro ! Suggérons à cet éminent éditorialiste et à la cohorte des Cassandre de l’euro de lire Europe’s Orphan, The Future of the Euro and the Politics of Debts, l’analyse éclairée de la crise de l’euro dans laquelle Martin Sandbu, économiste attaché au Financial Times, rappelle, à contre-courant de l’opinion moutonnière, que si une économie prospère ou stagne, ce n’est qu’en partie déterminé par la monnaie. (Le livre publié par Princeton University Press, la maison d’édition académique de l’université du même nom, fit l’objet d’un article précédent : Plaidoyer pour l’euro, l’orphelin de l’Europe.)

« Marché unique, monnaie unique ». Cette assertion qui correspond à la logique économique devait aussi contenir une puissante aspiration économique en ce qu’elle incitait les membres de la zone euro à améliorer la productivité de leurs économies, c’est-à-dire la capacité de ces dernières pour chaque heure de travail et chaque unité de capital. Si tous s’endettèrent finalement aux taux de l’Allemagne, ce fut plus rapidement que ne croissaient leurs économies, soit parce que des acteurs privés espéraient faire fortune vite et à bon compte (spéculations immobilière et financière), soit parce que les pouvoirs publics s’ingéniaient à financer des États-providence aux compétences de plus en plus étendues et aux prestations de plus en plus coûteuses. Les partenaires de l’Allemagne ont galvaudé une fenêtre d’opportunité historique de mettre leurs comptes en ordre et de booster leur productivité.

Les déficits de comptes courants et les crises de balances des paiements ne sont pas propres à la seule zone euro. Que la balance des transactions courantes d’un État soit déficitaire ne constitue pas un problème en soi. Ce qui compte, c’est la façon dont les fonds empruntés sont investis. À la fin des années 1970, le déficit courant de la Norvège atteignit 14% du PIB, mais les capitaux qu’elle attira lui permirent de construire son industrie pétrolière, l’une des plus grandes au monde. En Espagne et en Irlande, l’argent servit à construire des habitations dont le coût était supérieur à leur valeur marchande ; en Grèce, à Chypre et au Portugal, l’argent fut dépensé à des fins sans utilité durable.

« Si l’Europe représente aujourd’hui à peine plus de 7% de la population mondiale, environ 25% du produit mondial brut et 50% des dépenses mondiales en matière de Sécurité sociale, alors il est clair qu’elle devra travailler très dur pour maintenir sa prospérité et son mode de vie », avait déclaré Mme Merkel avec ce sens aigu des subtilités économiques qui caractérise les dirigeants allemands. Son prédécesseur Gerhard Schröder, appartenant pourtant au parti social-démocrate concurrent, ne tira-t-il pas l’Allemagne du marasme économique dans lequel elle se trouvait au début des années 2000, suite à la réunification et à l’envolée du chômage, en mettant en œuvre une réforme du marché du travail qui visait à en assurer une plus grande flexibilité et une plus grande mobilité ?

Qu’ont accompli en guise de réforme du marché du travail les pays de la zone euro en proie à la crise, voire la France et la Belgique ? Rien, ou le contraire de ce qu’il eût fallu faire ; que l’on se remémore l’uniformisation des statuts ouvriers et employés en Belgique… Faut-il s’étonner que les PIB de ces pays stagnent en raison de leur panne de productivité et que leurs niveaux d’endettement par rapport au PIB aient augmenté ? Est-ce l’euro qui est à blâmer ?

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  • L’analyse de l’auteur est pertinente car elle pose carrément le problème de la légitimité de l’existence de l’Euro.
    Il semble évident que la suprématie de l’Euro est une construction de la technocratie européenne menée avec l’assentiment de nos Énarques…
    Il s’est révélé que la France, en voie de sous développement industriel, se trouve piégée par le ralentissement progressif de son activité économique et par son impossibilité de maitriser les dépenses de fonctionnement d’un secteur public hypertrophié.
    La crise de l’Euro s’explique par le fait que nos technocrates français au pouvoir – qu’ils soient de droite ou de gauche – n’ont pas pris la mesure des engagements qu’ils ont pris au nom de tous les français auprès des instances européennes. Le résultat est que notre devenir économique, qui impacte notre quotidien, dépend de plus en plus de décisions prises au niveau des instances de la CEE…

  • Des Lions menés par des Ânes – Charles Gave – Bourrin éditeur – 2003.

    Le pourquoi du comment du désastre (alors) à venir de l’€uro y est expliqué, avec une conclusion prophétique:
    ‘L’€uro ce sera trop d’usines en Allemagne, trop de maisons en Espagne, et trop de fonctionnaires en France ».
    Difficile de faire plus juste…

    • Exactement,

      Il y a même un dossier sur leur site : http://institutdeslibertes.org/reports/leuro-raisons-et-consequences-dune-sortie/

      Cela m’a toujours interloqué que des gens n’acceptent pas le fait que l’€ ait détruit les économies du Club Med … surtout sur un site qui se prétend libéral et défend le marché. Les taux d’emprunts sont normalement un arbitrage de marché, si l’Allemagne pouvait emprunter plus bas que les autres, c’est parce qu’elle avait une inflation structurellement plus basse, un commerce extérieur plus performant et une épargne plus imposant.

      Fixer le même taux d’emprunt à la Grèce et à l’Allemagne, c’est comme fixer le même salaire aux joueurs du Bayern de Munich que ceux de l’Olympiakos, du communisme tout simplement …

      • Charles Gave ne critique pas l’euro pour l’euro lui-même, mais le fait qu’on a fait une monnaie unique sur des zones hétérogènes, par ailleurs sans barriere à l’etrée et reopvastes. Ses conclusions n’en sont pas moins pertinentes, mais n’enlèvent rien au fond de l’article : en France, c’est moins l’euro qui est à blâmer que l’État.

  • Oui et non.

    Ce que vous dite est incontestable mais c’est un peu une construction technocratique comme l’€ :
    En effet tout est vrai à un detail près: un grec n’est pas un allemand qui n’est pas un francais qui n’est pas un espagnol … à ca on ajoute une louche de théorie des choix public et un verre d’alea moral et ca nous donne la situation actuelle.

  • L’introduction de l’euro a fait que miraculeusement, toutes les monnaies, le franc, la lire, la drachme, sont devenues le mark , avec les taux d’intérêts qui allaient avec. Du coup, de la Grèce a la France, la partie la plus malhonnête de la population, les politiciens, a eu les moyens de ses promesses, sans la sanction du cout. L’électeur a évidemment beaucoup aimé, et voila. Et tout va très bien tant que tout va très bien.

  • Cette tendance lénifiante à l’unification en tous domaines de vie décrétée par l’U.E. (y compris sur nos législations du travail… en dépit des disparités structurelles d’économies nationales… et assortie d’une monnaie unifiée… a introduit une dimension paradoxale de RIGIDITES aux échanges que nul des propagandistes €€€€€€€€€ n’avait anticipé !
    En oubliant de surcroît que le commerce intra-communautaire ne représentait que 40% de l’activité U.E., le reste devant d’abord concerner ses exportations !

    La suffisance idéologique d’un Paul Krugman le conduit à se tromper quant à l’effondrement finlandais.
    Ainsi, si on introduit le triple phénomène d’évolution 2000-2015 de ce qui faisait la belle dynamique de ce pays nordique, observons :
    a) l’effondrement du leadership de NOKIA (lié à un renversement technologique ?),
    b) l’incidence négative des politiques environnementales européennes sur leurs industries du bois et de la chimie ?,
    et c) une modification des échanges historiques avec la Russie ?
    Je peux me tromper de peu (les chiffres ne sont guère disponibles), mais surajoutés aux fluctuations inattendues du taux $ – € , le phénomène d’affaiblissement national finlandais peut y trouver quelques autres explications.

  • Comme l’a si bien dit Philippe Seguin en1996,

    « Jacques Rueff écrivit que l’Europe se fera par la monnaie ou ne se fera pas. Ajoutons que cette monnaie sera politique ou ne sera pas. »

    Ne nous étonnons pas que tout ait foiré.

  • Les commentaires sont fermés.

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