L’avenir pas si sombre de la France d’Outre-mer

Éolien offshore (Crédits Statkraft, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

La France d’Outre-mer est en crise : peut-elle s’en sortir grâce à son potentiel énergétique ?

Par Jean Caupin.

Éolien offshore (Crédits Statkraft, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.
Éolien offshore (Crédits Statkraft, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

La France d’Outre-mer est en crise à tous points de vue : économie, immobilier, social… nos DOM-TOM sont devenus un véritable poids pour l’État et ses finances… avant de peut-être devenir un poids lourd mondial dans le domaine des énergies renouvelables… Depuis la seconde moitié du 20ème siècle, nos territoires ultramarins sont structurellement déficitaires. Déficit que l’État parvient tant bien que mal à combler grâce à ses aides et des dispositifs de défiscalisation incitant les contribuables métropolitains à investir dans l’Outre-mer. Pourtant à l’aune de l’épuisement programmé des richesses fossiles conventionnelles, les DOM-TOM avec la zone économique exclusive qui y est associée, peuvent transformer la France en un géant énergétique mondial…

La situation catastrophique de l’Outre-mer

C’est un triste constat qu’amène une analyse de la situation ultramarine de la France : économie atone, tourisme en berne, chômage, corruption endémique, crise immobilière, exil des jeunes vers la Métropole, etc… Il est au premier abord très difficile de trouver des raisons d’être satisfaits de nos DOM-TOM, où presque tous les voyants sont au rouge… cramoisi. Ainsi une croissance nulle et un chômage structurellement élevé (dépassant les 20%) creusent de manière abyssale les comptes publics de nos territoires ultramarins où l’administration constitue, de loin, la première source d’emplois… Il est d’ailleurs impossible de trouver des chiffres officiels récents sur la situation économique en Outre-mer : à croire que l’État veut nous cacher cette triste réalité. Pour vous donner une idée voici quelques indices :

• 80% de la population de La Réunion est éligible aux logements sociaux
• À Mayotte 31% des logements sont constitués de tôles. De plus avec un PIB par habitant de 7900€ (chiffres 2011), l’île est au niveau de la Bulgarie.
• En Polynésie française, 6000 demandes de logements sociaux sont insatisfaites à cause de l’incompétence des autorités locales (au total 100.000 logements sociaux sur 10 ans seront nécessaires dans tous les DOM-TOM)
• En Guadeloupe les 2 derniers Directeurs Généraux de l’organisme semi-public en charge de la construction des logements sociaux ont été mis en examen car ils s’étaient attribué un salaire de1,5 million d’euros annuels
• La Martinique est, avec la région Champagne-Ardenne, la seule région française à perdre des habitants
• Saint-Martin dans les Antilles connaît un taux de chômage de 30% et une activité marginale alors que sa voisine néerlandaise, avec qui elle partage l’île de Saint-Martin, est un véritable hub touristique mondial avec son port en eaux profondes accueillant des touristes du monde entier venus profiter de ses nombreux casinos et boîtes de nuit

Bref la France d’Outre-mer, à l’instar de la Métropole se porte mal, voire très mal…

Des DOM-TOM portés à bout de bras par l’État

Sans l’aide de l’État et les aides publiques, nombreuses de nos îles ultramarines connaîtraient une situation économique bien éloignée des standards européens. Ainsi l’État est dans les DOM-TOM le premier employeur : plus de 40% en moyenne des emplois sont publics ! De plus, les fonctionnaires ultramarins bénéficient d’une sur-rémunération : de 40 % en Guadeloupe, en Martinique et en Guyane et de 53% à La Réunion. En Nouvelle-Calédonie, Polynésie et à Wallis et Futuna, un « complément spécial » majore la rémunération de base de 65% jusqu’à 108% en plus d’une « indemnité d’éloignement ». Cette sur-rémunération serait censée compenser un surcoût de la vie, pourtant actuellement estimé entre 10 et 25%. L’effet pervers de cette politique de rétribution des fonctionnaires est que les secteurs privés sont obligés de suivre pour attirer des salariés.

De même la commande publique reste le premier moteur de croissance dans l’industrie et les services. En comptant également les prestations sociales et les aides publiques ainsi que les aides européennes, les transferts monétaires depuis le continent vers l’Outre-mer atteignent des dizaines de milliards d’euros…

Enfin il y a la défiscalisation : loi Girardin industriel, loi Girardin logement social, loi Pinel Outre-mer, FIP DOM. L’administration fiscale autorise des réductions d’impôts pouvant atteindre un plafond spécifique (18.000 euros au lieu de 10.000 euros pour les dispositifs de défiscalisation classiques) aux contribuables investissant dans l’Outre-mer.

Investir dans l’Outre-mer = investir dans l’avenir ?

Pourtant ces investissements ne sont pas fatalement à perte. En effet la France, grâce à ses DOM-TOM est la deuxième zone économique exclusive au monde derrière les États-Unis : cela signifie qu’elle possède un droit d’exploitation exclusif sur 11 millions de km² de mer ! La France a récemment augmenté son plateau continental de près de 600.000 km² en plus de sa ZEE, extension de zone où elle a un droit quasi-exclusif sur l’exploitation du sol et du sous-sol.

Non seulement la France possède un droit d’exploitation exclusif sur la pêche mais aussi et surtout l’exploitation de toute autre ressource marine, des fonds marins et sous-sols sur plus de 11 millions de km²… Ainsi avec la modernisation des techniques d’extraction, le pétrole et le gaz off-shore (extraits en haute-mer) deviennent de plus en plus attractifs. Apparaissent également de nouvelles techniques énergétiques issues de l’exploitation des forces marines et éoliennes :

• éolien off-shore (exploitation du vent)
• énergie hydrolienne (les courants marins)
• énergie houlomotrice (les vagues)
• énergie marémotrice (les marées)

Enfin, les océans, zones quasi-inexplorées excepté leur surface, regorgent de ressources énergétiques pour l’instant encore difficilement qualifiables et quantifiables. Citons-en quelques-unes : les algues ; les nodules polymétalliques et sulfures polymétalliques hydrothermaux qui produisent manganèse, fer, silicium, bauxite, nickel, cuivre ou cobalt ; les microplastiques ; les vers marins ; l’eau de mer potabilisée…

Pour l’instant les autorités françaises n’ont pas encore réellement pris conscience de ces richesses ultramarines, la France accusant un retard conséquent sur d’autres pays comme l’Écosse qui vont chercher vers leurs côtes et la mer leur autosuffisance énergétique.

Mais la France, grâce à ses Outre-mer, reste assise sur un véritable trésor resté intact. Il suffit d’en prendre conscience et de développer intelligemment des projets en ce sens, la France deviendra alors un nouveau géant énergétique…

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