Attentats de l’EI : l’État doit se concentrer sur ses fondamentaux

Justice (domaine public)

À l’effondrement du modèle social s’ajoute l’urgence de refonder le domaine régalien de notre État.

Par Aurélien Véron.

Justice (domaine public)
Justice (domaine public)

 

La France s’est réveillée samedi en état de choc. Dans un premier temps, le pays a compté ses victimes et entendu les témoignages poignants des survivants. Le Président de la république a tenu un discours digne et sobre. Les rues se sont vidées, le temps s’est arrêté, journées de deuil national. Qui ne pouvait saluer le courage des forces de sécurité, le dévouement des pompiers, médecins et personnels de santé mobilisés jour et nuit pour accueillir les centaines de blessés ou des passants qui sont intervenus parfois au péril de leur vie pour protéger des inconnus dans la rue, les restaurants ou la salle de concert ? Assez rapidement, la vie a repris. C’est l’indispensable réponse à ceux qui veulent nous terroriser au nom de leur idolâtrie. Nous ne devons en rien céder à la peur, nous devons renvoyer l’image d’une France debout malgré la rudesse du coup. Il y en aura d’autres, nous devons rester forts et sûrs de nous. Ces attentats nous amènent néanmoins à poser des questions éludées jusqu’ici.

La France découvre brutalement qu’elle est en guerre, que notre action extérieure inconsidérée peut amener des représailles. La guerre 2.0 ne connaît ni front, ni frontière. Personne ne sait très bien pourquoi nous nous sommes engagés en Syrie en août 2012 avec nos livraisons d’armes à l’opposition syrienne, par les mêmes qui refusaient l’entrée en guerre contre Saddam Hussein une décennie plus tôt. Il est dorénavant trop tard pour se retirer de ce bourbier qui nous promet des années bien sombres. Cette réplique sanglante nous oblige à aller au bout de la logique de guerre initiée il y a quatre ans. Nous avons mis le doigt dans un engrenage dont nous ne sommes pas près de sortir. Pour parvenir à nos fins et terrasser Daech, nous avons absolument besoin de fédérer l’Union européenne et de l’avoir à nos côtés. Ce sera un test supplémentaire de la cohésion européenne après la crise grecque et celle des réfugiés. Si le Royaume Uni semble proche de nos vues, l’Allemagne reste étonnamment silencieuse sur ce point.

À l’intérieur de nos frontières, le gouvernement apparaît aussi surpris que démuni. Des magistrats anti-terroristes ont pourtant tiré la sonnette d’alarme depuis de nombreux mois. Les signaux inquiétants se sont multipliés, en particulier les tentatives d’attentats déjouées. Nous payons le prix de décennies de coupes budgétaires dans la défense, un budget de la justice trop faible, longtemps inférieur à celui de la culture, une police nationale qui a déserté des quartiers entiers, devenus zones de non-droit, au profit de missions plus faciles, réprimer le Français moyen sur ses petits écarts de conduite, et rentables pour les finances publiques. L’État s’est transformé en monstre clientéliste au détriment de ses missions premières. La propagande du pouvoir a pris le pas sur la protection de nos droits, de nos biens… et de nos vies. Rien ne sert de charger le gouvernement actuel, droite et gauche sont responsables de cet abandon progressif de l’État régalien.

La terrible loi renseignement vient de prouver son incapacité à nous prémunir de tels attentats, au prix d’un lourd recul de nos libertés. L’esprit de combat n’est pas celui du reniement. Nous devons absolument rester fermes sur nos valeurs et montrer au monde qu’aucun acte de terrorisme n’ébranlera les valeurs de liberté et d’égalité qui ont façonné la France. Nous ne pouvons accepter les mesures d’exception qui renforcent les pouvoirs d’intrusion et de sanction d’administrations qui n’en ont ni les compétences, ni la légitimité. En revanche, l’hypothèse d’une nouvelle intervention au sol, lourde cette fois, si nous choisissons cette option dangereuse, va nécessiter une stratégie de la Défense dans la durée. Les priorités du ministère de l’Intérieur vont aussi devoir être révisées en profondeur. Enfin, le temps d’une hausse significative du budget de la justice est venu. Très marginal dans le poids de l’État, il ne menace en rien l’équilibre budgétaire pourvu que les coupes dans les domaines non régaliens, infiniment plus lourds, aient lieu, ce qui ne semble toujours pas se produire. Bref, à l’effondrement du modèle social s’ajoute l’urgence de refonder le domaine régalien de notre État.


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