Énergies renouvelables : faux scénarios et vrais mensonges

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Énergies renouvelables : faux scénarios et vrais mensonges

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 8 novembre 2015
- A +

Par Michel Gay

gil eza-barrage soulages 2 (CC BY-NC-ND 2.0)
gil eza-barrage soulages 2 (CC BY-NC-ND 2.0)

Il faut se méfier des vrais « faux scénarios » développés, par exemple, par l’organisation Greenpeace, parfois conjointement avec le lobby européen des énergies  renouvelables|1. « Révolution énergétique : vers un avenir énergétique propre et durable », d’octobre 2008.], et par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise des énergies (ADEME) qui semble s’en être inspirée1.

Ces scénarios tablent sur un miracle énergétique hasardeux.

En effet, la consommation mondiale d’énergie est d’environ 14 Gtep2 en 2014. Or, malgré les 3 milliards d’humains supplémentaires en 2050, et la tendance à un meilleur accès à l’énergie des populations défavorisées, ces organismes militants prévoient la baisse de la consommation à 11,4 Gtep, alors que d’autres experts prévoient plutôt entre 17 et 24 Gtep.

En fait, les scénarios établis par Greenpeace et l’ADEME ne sont pas véritablement prospectifs. Leur objectif est d’essayer de démontrer que le monde pourra résoudre ses problèmes énergétiques et climatiques en 2050 en se passant du nucléaire et grâce aux énergies renouvelables. L’exercice consiste donc à pronostiquer les paramètres de consommation mondiale de l’énergie à des niveaux compatibles avec la réalisation de ce schéma idéal, et peu importe la vraisemblance. Une faible consommation est au minimum nécessaire, mais pas suffisante, pour pouvoir accéder au nirvana énergétique grâce aux énergies renouvelables, sans avoir besoin de nucléaire ni d’énergies fossiles. L’invocation systématique des économies d’énergies brandies comme la panacée universelle n’est pas dénuée d’arrière-pensées. Instituer une faible demande maîtrisée comme le facteur principal de la solution permet de faire oublier les sources d’énergies à développer, dont le nucléaire, pour satisfaire les besoins.

Comment produire demain plus d’énergie qu’aujourd’hui en respectant les critères de développement durable, et en faisant face à l’épuisement des combustibles fossiles qui fournissent aujourd’hui encore 85% de l’énergie mondiale ?

Deux impératifs contradictoires émergent : produire plus d’énergie tout en freinant la consommation des énergies fossiles majoritaires aujourd’hui. Au regard des besoins mondiaux, l’énergie hydraulique a un faible potentiel de développement. Les autres énergies renouvelables ont un potentiel énergétique théorique considérable, souvent mis en avant, mais une infime partie seulement peut être exploitée. De plus, l’éolien et le solaire sont aléatoirement variables, voire intermittents, alors que les coûteux moyens de stockages nécessaires pour compenser les absences de production par les éventuels surplus n’existent pas.

L’énergie nucléaire s’impose donc comme le seul outil susceptible de résoudre en grande partie la contradiction. Le reste de la production pourra être complétée par des énergies renouvelables suivant les situations locales, et par des appoints d’énergies fossiles (notamment le gaz) pour stabiliser le réseau.

Le public est plus enclin à magnifier les promesses mirobolantes du vent, du soleil, de la houle océanique ou des courants marins, qu’à considérer objectivement les obstacles techniques, écologiques et économiques qui en minimisent la portée. Le foisonnement visuel des EnR peut aussi être perçu comme la garantie de solutions à portée de main. C’est encore une illusion. Cette multitude de mâts et de panneaux ne peut apporter qu’une contribution minime et coûteuse à la production d’énergie d’un pays. Leur gigantesque besoin de surface et, paradoxalement, leur nocivité environnementale à grande échelle empêchent leur émergence comme moyen principal de production.

Le combustible uranium sera disponible pendant plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d’années. En effet :

  1. les réserves disponibles d’uranium, identifiées plus celles dont des études ont montré l’existence, à moins de 100€ /kg sont de 250 ans au rythme actuel de consommation (440 réacteurs dans le monde et 65.000 tonnes par an),
  2. en montant le coût d’extraction à 200€ /kg, ces réserves augmentent encore notablement,
  3. ce dernier chiffre est à multiplier par deux si l’uranium est extrait des phosphates,
  4. on peut ajouter 30% au chiffre précédent si l’usage du combustible MOX valorisant le plutonium se généralise dans le monde,
  5. l’utilisation du thorium, trois à quatre fois plus abondant que l’uranium, prolongera d’autant la durée des combustibles disponibles,
  6. enfin, le développement des surgénérateurs (Génération IV à neutrons rapides) permettra de multiplier par… 100 le taux d’utilisation de l’uranium, et donc d’autant les réserves.

Ce sont donc plusieurs milliers d’années de réserve de combustible uranium et thorium disponibles pour le monde entier, quel que soit le taux de développement de l’énergie nucléaire. Issu des opérations d’enrichissement pour les réacteurs, l’uranium appauvri déjà entreposé et disponible dans le monde pourra fournir l’humanité en électricité pendant 1000 (mille) ans avec la consommation actuelle, lorsqu’il sera utilisé dans des surgénérateurs. L’énergie nucléaire de fission est bien une énergie durable (plusieurs milliers d’années) et, contrairement au pétrole, au gaz et au charbon, elle n’est pas prête de s’épuiser.

À échéance de la fin du siècle, l’énergie nucléaire pourra aussi provenir de la fusion de l’hydrogène (en fait de deux de ses isotopes, le deutérium, non radioactif, et le tritium, radioactif).

À l’échelle humaine, le nucléaire, qu’il soit de fission ou de fusion, ne manquera jamais de combustible. Cette énergie sera capable de répondre aux besoins en électricité des générations futures qui seront confrontées à la disparition des énergies fossiles.

La composition actuelle du parc mondial (majoritairement au charbon) de production d’électricité émet en moyenne 800 g de CO2 par kWh. Les réacteurs nucléaires en service dans le monde évitent donc l’émission de près de 2,5 milliards de tonnes de CO2 par an, soit 10% des émissions mondiales dues à l’électricité. Ces chiffres incluent toutes les émissions produites sur l’analyse du cycle de vie (ACV) depuis la mine jusqu’à la gestion des déchets. L’objectif global annuel du protocole de Kyoto (fixé en 1997) était une réduction d’environ 700 millions de tonnes de CO2 par an entre 1990 (date de référence) et 2012. La réduction permise par le nucléaire représente trois fois cet objectif…

Les déchets nucléaires sont la contrepartie de pollutions évitées. En France, les 7 milliards de tonnes de CO2 évitées depuis le début du programme ont une valeur économique qui relativise à la baisse l’impact économique de la gestion des déchets radioactifs. En faisant l’hypothèse d’un prix du CO2 à 10 € la tonne, c’est un coût évité de 70 milliards d’euros… à déduire, par exemple, du coût de la gestion des déchets radioactifs.

Une centrale à charbon de 1000 mégawatts rejette plusieurs tonnes d’uranium et de thorium contenus dans le charbon, chaque année. Elle expose la population à trois fois plus de radioactivité qu’un réacteur nucléaire pour une même production électrique, même si cette dose reste inoffensive. La radioactivité ambiante, naturelle ou due à l’activité humaine, ne doit pas être seulement associée à l’énergie nucléaire.

Puisque l’antinucléarisme est le dogme fondateur de l’écologie politique, les mouvements antinucléaires sont tétanisés à l’idée de reconnaître un quelconque avantage écologique à l’énergie nucléaire dont ils instruisent systématiquement le procès. Les militants antinucléaires cherchent par tous les moyens à nier les mérites du nucléaire dans la lutte contre le réchauffement climatique et dans l’approvisionnement énergétique mondial. Ils estiment que le nucléaire est une énergie marginale au niveau mondial alors que son bilan quantitatif est à peu près égal à l’hydraulique et bien supérieur aux autres énergies renouvelables productrices d’électricité, pourtant divinisées.

Certes, le nucléaire à des inconvénients, mais ne pas y recourir entraînerait des inconvénients encore plus élevés. Le nucléaire permettra de bâtir plus facilement un futur avec moins de CO2 et un approvisionnement énergétique mieux sécurisé.

  1.  « Un mix électrique 100% renouvelable en 2050 ? », publié en octobre 2015
  2.  Gtep = Giga tonnes équivalent pétrole = énergie contenue dans un milliard de tonnes d’équivalent pétrole.
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  • « L’exercice consiste donc à pronostiquer les paramètres de consommation mondiale de l’énergie à des niveaux compatibles avec la réalisation de ce schéma idéal, et peu importe la vraisemblance. »

    Oui peu importe la vraisemblance.

    Que Greenpeace brasse du vent ou soit une association utile de veille écologique ne me gêne pas.

    Mais pour l’ADEME !
    C’est quoi ce machin ? Ils se présentent comme un « opérateur d’état », mais ils n’ont pas un site en « .gouv ». Ils font de grandes études mais la vraisemblance n’est manifestement pas leur fort. Ils donnent des conseils, mais en ont-ils la compétence ? En bref ils ont l’air d »avoir une mission de propagande financée avec nos impôts, sans être officiellement une composante du gouvernement et de l’administration.

  • La fission est le moindre des maux en attendant la fusion. C’est tout!

  • L’ADEME n’est plus qu’un jouet aux mains de quelques débiles.
    Quand ces demeurés annoncent qu’n 2050 on se passera totalement de pétrole ; de Gaz , et de nucléaire pour produire l’électricité dont la France aura besoin, on est dans le délire et la fumisterie totale.
    Examinons deux ou trois points qui démontrent mon propos.
    En 2050 ils font l’hypothèse que l’on consommera environ 15 % d’électricité de moins qu’aujourd’hui. Si en 2050, seulement la moitié des bagnoles sont électriques, nous aurons besoin d’infiniment plus d’électricité qu’aujourd’hui ! Les escrocs de l ADEME et d’EELV, se brancheront les prises ou, pour recharger leurs batteries ?
    Selon les charlots en 2050 : 63% de l’électricité serait éolienne, une éolienne produit ¼ du temps en moyenne. Il faut une puissance installée de quatre fois la consommation !!! Je vous laisse le temps d’imaginer….
    Tout ça pour un prix du KW équivalent ou presque ! L’électricité ne se stockant, (Pb de l’éolien et du solaire), en très grande quantité que sous forme de barrages, ils ont manifestement oubliés le coup de construction de ces gigantesques réservoirs, les pompes et canalisations pour les remplir etc….
    Inutile d’en dire plus, on à faire a des c…. très dangereux …

    • Allez lire l’étude !

      L’ADEME a parfaitement identifié la nécessité de stocker l’électricité d’origine éolienne et photovoltaïque
      Et a pris le coût de ce stockage en compte.

      La solution s’appelle « Power-to-Gaz » L’énergie électrique est transformée en énergie thermique puis en énergie chimique pour former du méthane par la réaction découverte en 1912 par le français Paul Sabatier. Ce gaz peut ensuite être facilement conservé pour produire de l’électricité quand on en a besoin.

      Bien sûr il n’existe aucun exemple de telle installation et une utilisation commerciale du procédé n’est pas espérée avant plusieurs années..

      Mais l’ADEME est suffisamment compétente pour donner à 1% près le coût en 2050 du fonctionnement des installations « Power-to-Gaz » nécessaires pour produire et stocker le méthane permettant de produire l’équivalent de 15 jours de consommation d’électricité ….

      Cependant, le procédé est déjà assez abouti pour que les chercheurs lancent un appel afin de trouver des partenaires industriels et financiers, dans l’espoir de pouvoir mener le projet à une plus grande échelle. Une utilisation commerciale n’est toutefois pas espérée avant plusieurs années.

      • C’est bien ce que je dis dans la tète des ADEMIENS y a une usine a gaz….
        Eperons que ces gigantesque fabrication de Méthane, si elles son réalisable ??? n’auront pas de fuites, ca le méthane est aussi un gaz a effet de serres !
        Stocker de l’eau en altitude avec de l’électrisé nucléaire est beaucoup plus écume en co2….et on le fait déjà.
        https://fr.wikipedia.org/wiki/Barrage_de_Grand%27Maison
        Quand a la conso prévue en 2050 avec des voitures électriques… c’est tellement dément ! ?

      • Si vous savez faire du power to gaz économique, ce sera encore plus rentable de le faire avec des centrales nucléaires (question d’échelle et de continuité des processus) loin de tout site habité …

      • @Didier Huneau
        L’ADEME n’a pas de compétences particulières en ce qui concerne le power-to-gas, et pas d’expérience industrielle en général. Elle a confié un travail de modélisation à une officine spécialisée dans la modélisation, à partir de données non validées industriellement. Vous devriez lire l’étude ci-dessous.
        http://www.sauvonsleclimat.org/pertes-%C3%A9nerg%C3%A9tiques-du-sch%C3%A9ma-%C2%AB-power-to-gas-gas-to-power-%C2%BB/35-fparticles/1817-pertes-%C3%A9nerg%C3%A9tiques-du-sch%C3%A9ma-%C2%AB-power-to-gas-gas-to-power-%C2%BB.html
        En fait tout cela est l’oeuvre de personnes style Négawatt, qui fabriquent des rapports à habillage scientifique, puis les font valider par les médias à grand renfort d’évènements médiatiques. Les médias deviennent donc les seuls juges de la qualité scientifique de leur contenu.
        Que l’ADEME joue, et depuis fort longtemps, ce jeu là pose me semble-t-il un grave problème de déontologie.
        Quant à prétendre qu’on peut déterminer à 1 % le prix d’une source d’électricité en 2050, faut-il que vous soyez naïf et loin des réalités pour gober çà !
        Une question en passant: l’éolien et le solaire ont-ils un quelconque intérêt pour diminuer les émissions de CO2 dans notre pays?

  • tout cela n’a aucune importance vis à vis de ‘la cause’ . la ‘grande cause’ mondiale est de faire payer le prix fort pour l’énergie..et oui , ils se sont aperçu qu’on était loin d’arriver a une pénurie , du pétrole et du gaz , il y en a partout et les progrès techniques faisant , on en use de moins en moins..imaginez ce qu’il arriverait si la fusion contrôlée débarquait ainsi que l’accu miraculeux a 10kw /kg et quelques euros /dollars ?

  • Avec les réacteurs à sels fondus, on pourrait brûler les déchets des autres filières. Plus de déchets à longue durée vie, rien que du « bio » « écologique ».

    • C’est vrai. Il s’agit du Thorium. Mais le lobby a condamné cette solution en 1960 au profit de l’uranium, pour la bombe atomique!. Il serait urgent de développer cette énergie bon marché.

  • Collectif NENY Contre éoliennes offshore près du littoral francais
    9 novembre 2015 at 9 h 29 min

    Exemples d’inconvénients très concrets à venir:
    la côte atlantique française, depuis Le Tréport en passant par les merveilleux sites de Saint-Brieuc, Guérande, Noirmoutier et Yeu devraient être sacrifiés d’ici quelques années au lobbying éolien offshore: paysages du littoral défigurés, fonds marins saccagés, destruction de la faune marine, pêche côtière durablement impactée, …tout cela pour une énergie intermittente qui nécessite le support de centrales thermiques.
    Venez vous rendre compte des dégâts à venir sur notre page Facebook, les photomontages sont parlants!
    https://www.facebook.com/NonAuxEoliennesentreNoirmoutiere

  • Huet ne raconte pas que des bêtises, c’est même excellent. A lire absolument
    http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2015/11/ademe-un-mix-%C3%A9lectrique-100-enr.html

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