Le Grand Paris peut-il rivaliser avec le Grand Londres ?

Paris la nuit - tour eiffel (Crédits : Gustavo Fernando Durán, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

La gouvernance peu lisible du grand Paris risque de freiner ses ambitions.

Par Nicolas Beyls.

Paris la nuit - tour eiffel (Crédits : Gustavo Fernando Durán, licence Creative Commons)
Paris la nuit – tour eiffel (Crédits : Gustavo Fernando Durán, licence Creative Commons)

Le 1er janvier prochain sera créée la Métropole du Grand Paris (MGP) en vertu de la loi NOTRe, votée en juillet 2015. Mais la gouvernance peu lisible de ce nouvel échelon territorial francilien risque de freiner ses ambitions.

Cet établissement public de coopération intercommunale (EPCI) englobera Paris, les 123 communes des départements de petite couronne (Hauts-de-Seine, Val-de-Marne, Seine-Saint-Denis) et quelques villes de grande couronne comme Argenteuil. Il jette les bases d’une gouvernance métropolitaine plus intégrée. L’action publique sera en effet moins bridée par les frontières artificielles du périphérique et des départements de petite couronne.

Il est de bon ton de comparer l’attractivité de Paris et de Londres. Une structure métropolitaine intégrée, la Greater London Authority, existe outre-Manche depuis 2000. Sa gouvernance est bien plus simple que celle de la Métropole du Grand Paris. En effet, cette dernière peinera à traiter efficacement les problématiques d’une ville-monde pour cinq raisons :

1) Une profusion d’élus du Grand Paris

La MGP comporte une instance de décision, le conseil de la Métropole, qui comptera 209 membres (contre 348 prévus initialement !). Chaque commune sera représentée par au moins un conseiller métropolitain, sans doute son maire. Au contraire l’Assemblée de Londres est réduite : 25 membres, tous élus au suffrage universel direct.

2) L’absence de leadership au sommet

Le Président de la MGP sera élu par les conseillers métropolitains. Suite aux élections municipales de 2014, il sera vraisemblablement de droite. Ce poste pourrait être occupé par un technicien peu connu, par exemple le député-maire Gilles Carrez. Au contraire, le chef exécutif du Grand Londres (Mayor of London) est élu au suffrage universel direct et dispose d’une forte légitimité. Ce poste a été occupé par deux hommes politiques d’envergure, le travailliste Ken Livingston et le conservateur Boris Johnson.

3) Un échelon intermédiaire en trop

La loi NOTRe remplace les intercommunalités de petite couronne par les Établissements Publics de Territoire (EPT) qui devront comporter au moins 300.000 habitants. Cet échelon intermédiaire pourrait assurer des services publics de proximité, comme le font les boroughs, les subdivisions du Grand Londres. Il faudrait dans ce cas supprimer les conseils départementaux de petite couronne. Mais la suppression de cette redondance n’est pas à l’ordre du jour !

4) Une répartition des compétences conflictuelle en matière d’aménagement

La MGP sera chargée de l’aménagement de l’espace métropolitain, notamment en élaborant le SCOT (schéma de cohérence territorial). Mais elle devra prendre en compte le schéma directeur de la région Ile-de-France (SDRIF). Les projets urbains locaux seront harmonisés non pas par la métropole mais par les conseils de territoire, via des PLUI (plan local d’urbanisme intercommunal). Tout est plus clair à Londres. Le Mayor of London produit un London Plan que les boroughs sont tenus de respecter. Il peut passer outre les décisions d’urbanisme de ceux-ci si elles vont à l’encontre de l’intérêt des Londoniens.

5) Le transport, grand oublié de la Métropole du Grand Paris

La Région Ile-de-France dispose d’une compétence extrêmement structurante, les transports. Elle est par exemple associée au projet du Grand Paris Express, piloté par une structure dédiée, la Société du Grand Paris. La Métropole n’a pas son mot à dire, bien qu’elle soit compétente en matière d’aménagement et de logement. Au contraire, le Maire du Grand Londres contrôle l’autorité organisatrice des transports londoniens, Transport for London.

Sur le web