Mines de métaux précieux et de diamants : état des lieux

Macroscopic Solutions(CC BY-NC 2.0)

L’offre est inférieure à la demande, et cette tendance va s’accentuer dans les années à venir.

Par Charles Sannat

Macroscopic Solutions(CC BY-NC 2.0)
Macroscopic Solutions(CC BY-NC 2.0)

Dans son dernier rapport, le World Gold Council montrait l’impact majeur des mines sur l’économie mondiale. C’est le cas pour les mines d’or et d’argent. C’est aussi le cas pour l’ensemble des activités d’extraction qui concernent les métaux précieux ou les diamants. Mais comme toutes ressources, elles tendent à se raréfier… et l’exploitation devient de plus en plus difficile et donc de plus en plus coûteuse. L’offre est déjà inférieure à la demande, et cette tendance va s’affirmer de plus en plus dans les années à venir.

Mines d’or et d’argent

Exploitation de l'argent et perspectives
Source : http://www.loretlargent.info/wp-content/uploads/Exploitation-de-largent-et-perspectives.png, demonocracy.info. En image, une estimation des tonnes d’argent non encore extraites, contre celles qui l’ont déjà été : les réserves naturelles d’argent risquent bien de s’épuiser d’ici une quinzaine d’années.

En juin 2015, le World Gold Council faisait le bilan de l’impact social et économique des mines. Ce qu’il en ressortait, c’est l’importance de la contribution du secteur minier à l’économie mondiale. Le secteur aurait ainsi généré 83,1 milliards de dollars en 2013. Le chiffre monte à 171,6 milliards de dollars US en prenant en compte les répercussions économiques indirectes. En termes d’emploi sur la même année, cela représente un million de travailleurs, et trois millions supplémentaires dont les emplois sont directement liés à l’exploitation des métaux précieux. Et dans les mines, 90 % des employés sont des travailleurs locaux. Mais les mines de métaux précieux font face à une évolution nécessaire. L’extraction a longtemps été source de pollution – le Colorado en a encore fait l’amère expérience il y a quelques semaines alors que des eaux polluées par le cyanure se sont déversées dans ses rivières. Le Canada et certains pays d’Afrique sont montrés du doigt, et l’orpaillage illégal est dénoncé. Si bien que de plus en plus de labels cherchent à se tourner vers des métaux dont l’extraction est respectueuse des hommes et de l’environnement.

C’est le cas de la Vera Valor et de la Clean Extraction pour l’or. Cette évolution arrive à un moment où l’extraction demande des moyens de plus en plus importants. En clair, il faut creuser plus profond… tout en respectant mieux l’environnement. Les coûts en sont d’autant plus importants. L’un des exemples les plus frappants est celui de l’argent. Le métal argent se raréfie, et d’autant plus qu’il ne se recycle pas : or, il s’agit d’un métal qui est recherché aussi bien par les investisseurs que dans les technologies de pointe. L’extraire est de plus en plus coûteux et invasif, et surtout les « réserves » encore contenues dans les entrailles de la terre sont bientôt épuisées. Résultat ? Un métal précieux qui va le devenir de plus en plus dans les années à venir.

Les mines de diamants

Hollande Diamants René Le HonzecComme l’or et l’argent, le diamant se révèle un produit intéressant pour les investisseurs. Mais son extraction fait face aux mêmes défis que celle des métaux précieux. Finies les trouvailles sous une fine couche de terre… désormais, pour extraire les diamants de la terre, il faut des procédés coûteux, invasifs, et qui soient respectueux de l’environnement. L’extraction de diamants est déjà moins polluante pour l’environnement que d’autres extractions minières. Certains sites prévoient d’ailleurs des remises en état après leur fermeture, minimisant ainsi leur impact sur les alentours. Du fait même de leur activité, les exploitations cherchent à remuer le moins possible la terre, pour en tirer le maximum de diamants. Et si des machines lourdes sont nécessaires, les matières chimiques le sont moins. Le processus mis en place peut varier selon la région et la topographie. Certaines mines sont de véritables gouffres à ciel ouvert, comme la mine Mir en Sibérie ou la mine d’Etaki au Canada. Il peut également s’agir de mines souterraines, ou de gisements marins.

  • Quels processus d’extraction ?

Les diamants sont issus de cheminées volcaniques, les kimberlites. Pour ces gisements naturels, il existe deux types d’extraction, à ciel ouvert ou souterrain. Pour les mines à ciel ouvert, comme la mine Mir en Sibérie, la mine d’Etaki au Canada… ou la mine emblématique de Kimberley (Afrique du Sud), appelée Big Hole il s’agit d’une extraction par terrassement, dont les résultats sont impressionnants, avec un minerai qui est peu à peu extrait de la cheminée ; les mines souterraines, qui peuvent atteindre près d’un kilomètre sous la surface de la terre. Et ce n’est encore rien comparé à la profondeur de 200 km, à laquelle se sont formés les diamants !

  •  Quelles sociétés diamantifères ?

Plusieurs sociétés parmi les plus importantes se partagent 75 % du marché du diamant : Alrosa, De Beers et Rio Tinto. Et les deux acteurs majeurs, De Beers et Alrosa, représentent 70 % de la production annuelle de diamants bruts… Ces sociétés exploitent des mines en Angola, en Namibie et dans d’autres pays d’Afrique, en Australie ou au Canada.

  • Zoom : la mine d’Ekati (Canada)

C’est l’une des grandes mines du Canada, un pays qui était pourtant loin d’être un acteur majeur du marché du diamant. Depuis plusieurs années pourtant, le Canada est devenu le troisième producteur de diamants au monde. Dans les Territoires du Nord-Ouest du Canada, la mine d’Ekati est exploitée depuis 1998, sur le premier gisement important de diamants découvert dans le pays, juste au nord-est de Yellowknife. La découverte de ce gisement en 1985 par deux géologues a entraîné une des plus grandes ruées de l’histoire de l’exploitation minière. Avec 121 cheminées de kimberlite sur le site, en 2009 elle a produit 40 millions de carats depuis six sites à ciel ouvert. Pour autant, si les diamants se révèlent un excellent produit d’investissement, ce n’est pas le cas des mines.

Là où le diamant est un produit stable, dont la valeur est assurée, la mine présente les mêmes risques spéculatifs que tout autre placement boursier. Les mêmes risques, finalement, qu’un investissement spéculatif lié aux mines d’or et d’argent, dont l’activité et les résultats vont être de plus en plus liés à la difficulté d’extraire les métaux précieux. L’or et l’argent déjà extraits, en revanche, vont être amenés à prendre de plus en plus de valeur… à mesure que l’offre va continuer à baisser face à la demande.

Sur le web