Poulet « sans antibiotique » : innovation ou respect de la loi ?

poules-olivier duval-(CC BY 2.0)

Du poulet « sans antibiotique », ce n’est pas qu’un slogan.

Par Peter Van Doren
Un article du Cato Institute

poules-olivier duval-(CC BY 2.0)
poules-olivier duval-(CC BY 2.0)

Dans le but de se distinguer de ses concurrents, le producteur de volailles Perdue a récemment lancé une campagne publicitaire annonçant des produits issus de poulets « sans aucun antibiotique ». Ce n’est pas juste une nouvelle campagne publicitaire d’une entreprise ; l’histoire va plus loin que ça, ainsi que l’a relaté le New York Times il y a peu de temps. Le propos est de définir ce qu’est une volaille sans antibiotique.

Les entreprises de volailles comme Perdue et ses principaux concurrents Tyson et Foster Farms ont longtemps utilisé d’importants antibiotiques à usage humain dans l’élevage de leurs volailles. De nombreux scientifiques ont prôné l’interdiction de l’usage des antibiotiques de routine (en l’absence de maladie) dans l’élevage des animaux destinés à l’alimentation humaine en raison de conséquences potentielles d’un tel usage sur l’évolution de bactéries antibio-résistantes. En 2012, la Food and Drug Administration a publié un code de bonnes pratiques concernant cet usage d’antibiotiques pour le bétail.

D’autres sociétés que Perdue continuent à utiliser des antibiotiques à usage strictement vétérinaire. Même si les préconisations de la FDA pour une réglementation obligatoire étaient appliquées, de tels antibiotiques ne seraient pas interdits puisque non critiques pour l’usage humain, d’où l’expression marketing « sans aucun antibiotique » utilisée par Perdue.

farm-simon blackley (CC BY-ND 2.0)
farm-simon blackley (CC BY-ND 2.0)

Le débat sur les antibiotiques vétérinaires est récurrent dans la défense de ce qui constitue l’alimentation biologique. La perception qu’ont les gens du mot « bio » diffère souvent de la définition spécifique de ce terme par l’État. Selon Henry Miller de l’Institut Hoover de l’Université de Stanford, c’est « tant qu’un agriculteur bio respecte dans son système de production un plan qu’un agent de certification bio doit approuver avant de donner l’agrément du statut bio à l’éleveur, garantissant la présence non intentionnelle d’OGM ou pour ce cas précis de pesticides synthétiques interdits dans une proportion qui ne doit pas affecter le statut bio des produits de l’agriculteur ou de sa ferme ». Seulement 5% des zones d’agriculture bio sont en réalité testés chaque année.

Chaque fois que l’État définit les caractéristiques de conformité d’une production, en matière de sécurité, d’appellation biologique ou d’allégation sans antibiotique, il y a un peu moins de concurrence sur le marché. Seuls ceux qui comprennent tout à fait ce que cette définition implique peuvent fabriquer des produits conformes tout en s’adaptant à l’esprit de la loi. Les antibiotiques vétérinaires représentent une de ces concessions. Ils maintiennent les poulets en bonne santé, réduisent les coûts et obéissent techniquement aux lois sur l’usage des antibiotiques humains dans la production de volailles.

Plus de régulation dans la loi et plus de contrôle est anticoncurrentiel. À la marge, cela entrave l’innovation qui pourrait avoir lieu dans un libre marché. La bataille entre Perdue, Tyson et Foster Farms est un excellent cas d’école où l’on voit que c’est la concurrence plutôt que la réglementation qui peut servir les intérêts du consommateur et de la santé publique.

Sur le web. Traduction : Phoebe Ann Moses pour Contrepoints.