Belgique : le gouvernement Michel se moque de vous

Rencontre MRLB Charles Michel credits Christian de Wolf via Flickr ( (CC BY-NC-ND 2.0)

Libéral, le MR de Charles Michel ? Certainement pas !

Par Emmanuel Perclus, depuis la Belgique.

 Rencontre MRLB Charles Michel credits Christian de Wolf via Flickr ( (CC BY-NC-ND 2.0)
Rencontre MRLB Charles Michel credits Christian de Wolf via Flickr ( (CC BY-NC-ND 2.0)

 

Ce mois de « vacances » que je m’étais accordé fut long. Non pas que je me suis embêté, mais à chaque fois que je me connectais à Internet pour me tenir plus ou moins informé de l’actualité, j’avais envie de mettre une paire de claques à Michel 1er. La situation est encore plus difficile à supporter quand il faut lire et écouter ici et là les habituels idiot-savants, que ça soit dans les rédactions de presse, dans les commentaires en ligne et dans les universités, nous asséner que le MR est libéral ou que cette politique représente « le plan des libéraux ».

Vous connaissez tous le jeu « où est Charlie ? » Eh bien on pourrait jouer à « où est le libéralisme ? » dans la politique du MR. La différence, c’est que le premier jeu est fini quand on voit Charlie et que le deuxième se termine quand on comprend qu’il n’y a pas de libéralisme à trouver dans les différentes gesticulations du gouvernement actuel. Si le MR était un parti composé de gens honnêtes ou ayant lu autre chose que « Oui-Oui apprend les chiffres » et le dernier Guillaume Musso, il aurait dû depuis longtemps supprimer toute référence au libéralisme dans ses statuts et son histoire. Je ne sais même pas depuis quand remonte la dernière action libérale du MR. Peut-être à Jean Gol (et encore…  vu son passif « progressiste »).

Ce que ce gouvernement fait, et il le fait très bien, c’est un programme très classique de social-démocratie de droite (Hayek dirait « de socialisme de droite » mais par respect pour mes nombreux amis gauchistes, je vais faire la distinction avec la social-démocratie). Le Mouvement Réformateur n’a rien réformé du tout, il a tripatouillé à la marge des détails de la grande machine administrative et kleptocrate qu’est l’État Belge et que se refilent à tour de rôle les catholiques flamands et les socialistes wallons (de gauche… ou de droite).

J’avais dit dans le tout premier article, très énervé, de ce site qu’il n’y aurait pas de tax shift digne de ce nom et que tout ce cirque finirait en davantage de taxes pour les citoyens, et quelques aides pour les patrons (et uniquement eux, c’est là qu’est l’os hélas). J’avais raison. Je n’ai aucun don de voyance en particulier, j’ai simplement compris il y a de cela des années (après avoir déchiré à 20 ans ma carte de membre du MR, je reconnais mon engagement passé avec une certaine honte) que tous les partis, tous sans exception, sont composés de gens qui n’ont en tête que leur propre reproduction ainsi que la satisfaction de leurs besoins personnels et ceux de leurs amis. Partant de là, les idéologies promues par les uns ou par les autres (c’est donc valable pour le socialisme du PS) ne sont que de pauvres cache-misères de déserts intellectuels immenses qui peinent de plus en plus à occulter une volonté commune de pouvoir et de contrôle qui semble devenir sans limites. De l’extrême gauche à l’extrême droite, tous ne parlent que d’augmenter les pouvoirs de l’État et donc in fine, diminuer ceux du citoyen. Avec cette grille d’analyse, il m’était impossible de penser que le tax shift ferait autre chose qu’augmenter la pression fiscale et les pouvoirs de l’État. Et en voici la preuve.

Tous les Belges le savent déjà, la TVA sur l’électricité va remonter à 21%, là où depuis la dernière législature elle était descendue à 6% (pour une fois que le PS faisait un truc bien !). Pour mon appartement, cette augmentation de 16% représente presque 100€ à l’année. Ce n’est pas énorme mais pour une famille avec des enfants et une maison, ce chiffre peut, j’imagine, doubler ou tripler.

Taxes à tous les étages

Le gouvernement fait aussi passer le précompte mobilier de 25% à 27%. Le précompte mobilier, pour ceux qui se demanderaient de quoi il s’agit, c’est surtout le revenu des actions. De plus, il a également été décidé de taxer plus fortement les plus-values dépassant quelques millions d’euros. Hamid Faljaoui l’a très bien compris : haro sur la classe moyenne et quant à la gestion en « bon père de famille », aux oubliettes !  Augmenter les taxes sur le capital et ses revenus, les socialistes en rêvaient. Avec ça et la menace de retirer le droit de vote aux fraudeurs fiscaux, nul doute que Michel essaye de draguer à gauche (la sienne et celle du PS).

Les taxes sur les produits comme l’alcool et la cigarette viennent également d’augmenter. C’est évidement parfaitement logique, selon les idées social-démocrates, pour trois raisons. D’abord le contrôle normatif et hygiéniste de nos vies : l’alcool et les clopes, c’est mal, il faut donc les taxer pour en décourager l’usage ; ensuite, avec un système de Sécurité sociale branlant et non individualisé, les gens malades de ces consommations coûtent cher à la communauté, il faut donc augmenter le prix de ces produits pour renflouer partiellement le système social d’État ; enfin, troisième raison, cela reste un moyen pratique de faire rentrer de l’argent, d’autant plus que la hausse du prix du tabac n’a qu’un effet limité sur sa consommation. Tout bonus pour les finances de l’État !

La solution libérale est totalement différente : en s’inspirant de Spooner, la plupart d’entre eux admettraient comme lui que « les vices ne sont pas des crimes » et que, oui, le tabac c’est dégueulasse, mais ce n’est pas notre problème, et que les fumeurs, ici rendus responsables de leurs actes, s’organisent pour leur santé avec leur mutualité ou leur assurance privée…

Enfin, la réduction des droits au chômage, à la pension, etc., et taper sur les chômeurs plutôt que sur le chômage est un symbole classique de la droite, et non d’un gouvernement libéral – tandis que le classique de la gauche est de taper sur les entreprises pour alimenter (dans tous les sens du terme) le chômage – est une solution inique partant d’une idée totalement idiote qui consiste à faire de tous les chômeurs des fainéants. Et donc, sucrer un peu leurs avantages, revient à les pousser à trouver du travail. Évidemment, des fainéants officiels et des passagers clandestins, cela existe, mais quel pourcentage représentent-ils réellement ?

La logique libérale est toute autre. Primo, dans une société libérale, il n’y a pas de chômage « d’État », les individus s’organisent soit individuellement via une assurance, soit collectivement via une mutualité. Secundo, dans une société libérale, les entreprises étant beaucoup moins taxées et le Code du travail s’inspirant plutôt du modèle suisse que du français, le monde du travail est plus flexible (gros mot pour les étatistes) et le chômage y est par conséquent beaucoup moins élevé. Tout ce que fait Michel, c’est tenter de sauver le modèle socialiste du chômage en diminuant les dépenses à la marge ; il ne réforme en rien le système, et surtout pas dans une direction libérale.

Mais ce n’est pas tout. Il y aussi dans ce tax shift la diminution des « charges patronales », spécialement ce qu’on appelle en Belgique les « cotisations sociales » de 33 à 25%. Étant donné que la Belgique est le pays le plus taxé de l’OCDE si on en croit l’Institut Molinari qui a fait parler de lui ces derniers jours, cela semble être une bonne idée. Le syndicat des patrons applaudit et donc, comme à chaque fois qu’un syndicat adoube un geste politique, il faut s’en méfier.

Le mythe du salaire brut

Pour les libéraux, le terme « charges patronales » ne signifie rien, il s’agit en fait du « salaire complet » du travailleur. Le salaire brut n’est rien d’autre qu’une fiction. Michel aboutit donc techniquement à diminuer le salaire des employés. Dans une société où la santé et la Sécurité sociale sont fondées sur un fonctionnement socialiste (caisse commune gérée par l’État), diminuer les cotisations sociales c’est donc d’abord diminuer les salaires et les rentrées d’argent dans la caisse commune qui sert de protection contre les aléas de la vie. Pas étonnant que les syndicats patronaux approuvent : les entreprises ont moins à payer, les salariés n’y gagnent rien, bien au contraire.

Une société libérale est bien entendu moins taxée mais il y a une différence de taille : les assurances privées sont beaucoup moins chères que les systèmes administratifs et dirigistes, tout en assurant mieux les bénéficiaires. C’est ce que nous enseignent l’histoire des « libérés de la sécu » en France, les articles de H16 ou des libertariens. Parce que les travailleurs reçoivent leur salaire complet, un faible taux d’imposition des sociétés favorise réellement les entreprises sans impacter leurs salaires, leur permettant ainsi de s’assurer librement, en toute responsabilité, sans qu’ils soient contraints de mettre plus ou moins au pot commun de la caisse collectiviste. L’ajustement à la marge par la diminution des coûts du système social est bien un ajustement de droite socialiste, pas une réforme libérale. La différence entre les deux conceptions est absolument abyssale !

Le gouvernement tombe dans le piège des entrepreneurs qui ont l’attention du Prince en s’imaginant, comme le clame Daoust que « les entreprises vont pouvoir engager ». Pour ce faire, les carnets de commandes doivent être remplis. On ne va pas engager pour le simple plaisir d’avoir de nouvelles têtes. J’ajouterai par ailleurs que cette conception politique ne fait pas cas de l’état lamentable du système scolaire dont le nivellement par le bas, ces dernières années, pousse sur le marché de l’emploi des jeunes inadaptés et inutiles au monde du travail. Combien de métiers sont en pénurie de main d’œuvre qualifiée et volontaire ?

Bien sûr, une telle diminution de la charge fiscale des entreprises n’est pas que négative. Le marché du travail belge crève littéralement sous une avalanche de taxes et de régulations. Pour 100€ de salaire net, l’employeur débourse près de 250€ en brut. À ce taux, il n’est pas étonnant que les personnes mal ou peu formées, justement, rencontrent des difficultés à trouver un emploi : le jeu n’en vaut pas la chandelle pour les patrons. Un peu moins de taxes n’est donc pas un « mal », mais ne constitue en rien un pas de plus vers le libéralisme ; ce n’est qu’une réponse conjoncturelle, qui viendra en soutien d’un faible pourcentage de la population, à un problème nécessitant une réponse d’ordre structurel.

Il est évident, au moins pour ceux qui maîtrisent a minima quelques notions de philosophie politique que le gouvernement Michel n’a pas produit une seule idée libérale. La social-démocratie belge continue son petit bonhomme de chemin, des sociaux-démocrates de gauche aux sociaux-démocrates de droite. Chacun tente de sauver l’État social à sa manière, mais aucun des deux ne le remet en cause. Cette social-démocratie n’est satisfaisante ni pour les socialistes purs et durs, ni pour les libéraux, comme je viens de le démontrer. Face aux problèmes de financement de l’État et de la définition de ses fonctions, et alors que la réponse libérale consiste à en restreindre les pouvoirs, la réponse du MR est d’augmenter les impôts des classes moyennes. Au même moment, le principal intéressé ose venir clamer dans les médias qu’il a, je cite, « changé le moteur économique du pays ». Avec deux ou trois mesurettes à la marge, on croit rêver… Avis à tous ceux qui croient encore au libéralisme du côté des bleus…


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