Un agneau génétiquement modifié commercialisé ?

Le véritable danger est dans le déchaînement médiatique.

Par Anton Suwalki

moutonDepuis un article paru dans Le Parisien mardi 23 juin, les médias s’enflamment à propos de ce qui devrait être considéré comme un non-événement. À cause, semble-t-il, d’une vengeance de deux employés de l’INRA, une agnelle, née d’une brebis génétiquement modifiée utilisée dans le cadre d’un programme de recherche médicale, a été remise à un abattoir avant d’être vendue à un particulier. La génitrice de l’agnelle, qui servait à un programme de recherche sur les greffes de cellules cardiaques, exprimait une protéine GFP.

GFP pour green fluorescent protein, c’est-à-dire une protéine fluorescente de la méduse Aequorea victoria. La protéine, qui sert de marqueur de cellules, est reconnue comme étant non toxique pour les animaux transgéniques. Elle est couramment utilisée dans la recherche médicale depuis son identification, qui a valu à ses découvreurs un prix Nobel de chimie. Ceux qui auraient mangé cette agnelle n’ont strictement rien à craindre, quoi qu’en dise François Veillerette : « J’imagine qu’il n’y a aucune garantie ni étude qui montre l’innocuité pour les consommateurs de cette viande d’agneau génétiquement modifiée ».

L’INRA a sorti un communiqué soulignant l’absence de toxicité de la protéine, et mieux encore, le fait que l’agnelle commercialisée n’exprimait pas cette protéine. En dépit de cela et des mesures totalement disproportionnées déjà prises (arrêt des expérimentations et destruction de tous les matériels génétiquement modifiés sur le site de l’unité concernée !), l’institut n’aura pas évité le déchaînement de l’obscurantisme. Sans craindre le ridicule, les moutons de Panurge crient au scandale, et agitent le spectre de la vache folle. Reprenant la métaphore manipulatrice de Greenpeace de la chimère « poisson-fraise », la presse en folie a titré sur l’« agneau-méduse ». N’oubliant pas de sortir son parapluie, le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a demandé à l’Inra de lui proposer un plan d’action d’ici au 30 juin, « pour éviter que cela ne se reproduise ». Histoire d’étouffer un peu plus la recherche, au nom du sacro-saint principe de précaution ? Rappelons que la seule chose dont l’INRA s’est rendue indirectement « coupable », c’est d’une infraction au Code de l’Environnement1.

Le vrai scandale serait que ce déchaînement aboutisse au retardement, voire à l’arrêt de recherches porteuses d’espoir pour ceux qui souffrent d’insuffisance cardiaque. Si les OGM ne tuent pas, la bêtise, elle, peut avoir des conséquences criminelles.


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  1. Indigeste pavé de 2425 pages.