Principes de précaution : les néonicotinoïdes nouvelles victimes

Des insecticides d’un type nouveau ont été interdits au nom de la préservation des abeilles. Alors même que rien ne prouve qu’ils sont à l’origine de leur destruction.

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Ruche abeilles (Crédits Printemps Eté, licence Creative Commons)

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Principes de précaution : les néonicotinoïdes nouvelles victimes

Publié le 19 juin 2015
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Le principe de précaution poursuit inexorablement sa route : c’est le cas avec les néonicotinoïdes, ces insecticides d’un type nouveau qui ont été interdits au nom de la préservation des abeilles. Alors même que rien ne prouve qu’ils sont à l’origine de leur destruction.

Par Cécile Philippe.
Un article de l’Institut économique Molinari

Ruche abeilles (Crédits Printemps Eté, licence Creative Commons)
Ruche abeilles (Crédits Printemps Eté, licence Creative Commons)

 

Aujourd’hui, le principe de précaution est omniprésent. Il est devenu une sorte de « passe-partout » universel pour les politiques souhaitant interdire n’importe quel produit. Après l’interdiction des OGM, puis celle du BPA, la France veut maintenant interdire l’ensemble des insecticides de la famille des néonicotinoïdes.

Ainsi, l’Assemblée nationale a voté, en début d’année et dans le cadre du projet de loi sur la biodiversité, l’interdiction à compter de janvier 2016 des produits phytosanitaires de cette famille d’insecticides, accusés de nuire aux abeilles. Le projet de loi va maintenant être examiné au Sénat fin juin.

Effets indésirables ?

Le discours militant entourant cette question se focalise sur les éventuels effets indésirables de ces produits sans chercher à savoir s’ils se révèlent plus efficaces et moins nocifs que leurs prédécesseurs. L’opinion publique, quant à elle, travaillée par cet activisme anti-progrès technologique et son attachement aux abeilles, a plutôt tendance à soutenir cette interdiction. Au mieux, elle ne voit pas pourquoi il faudrait la combattre activement.

Un stress biotique…

À notre époque, le citadin moyen n’a plus la moindre notion de ce qu’est le stress biotique et abiotique. Le premier résulte de l’exposition du champ à divers ravageurs : animaux nuisibles (insectes, acariens, nématodes, rongeurs, limaces et escargots, oiseaux…), organismes phytopathogènes (virus, bactéries, champignons, chromistes…) et plantes dites adventices (plus connues sous le nom de « mauvaises herbes », végétaux indésirables ponctionnant les ressources vitales des cultivars). Le second type de stress est lié aux sécheresses, inondations et gelées, au manque de certains nutriments ou encore à la toxicité des sols ou de l’air.

… qui provoque de lourdes pertes agricoles

Un rapport de 2009 estimait à près de 131 Md$ les pertes agricoles mondiales dues au stress biotique, dont 95 Md$ pour les seules mauvaises herbes, et 70 % dans les pays en développement. Les sources de stress abiotique expliquaient, pour leur part, entre 6 % et 20 % des pertes agricoles.

C’est pourquoi, de tout temps, les agriculteurs se sont efforcés de protéger la récolte au moyen de diverses pratiques et techniques innovantes relevant de la chimie (engrais et pesticides), de la biotechnologie (sélection, croisements d’amélioration) ou de la gestion (rotation des cultures, gestion intégrée des parasites, calendrier et logistique agricoles).

Évidemment, aucune innovation scientifique ne peut prétendre à la perfection. De fait, la question devrait seulement être de savoir si elle engendre effectivement une situation moins problématique que celle qui l’a précédée. C’est à ce genre de question qu’il faudrait pouvoir répondre au sujet des néonicotinoïdes.

L’interdiction, une solution naïve apportée à un problème complexe

Car ne nous y trompons pas, leur interdiction ne créera pas un monde meilleur, tout simplement parce qu’elle applique une solution naïve à un problème complexe. Elle ne fera effectivement pas disparaître le stress que subissent les récoltes, ni le besoin des individus de se nourrir. Par conséquent, elle ne fera pas non plus disparaître la nécessité de recourir à des agents protecteurs des récoltes.

En bout de ligne, l’interdiction de ces insecticides – principalement accusés de nuire aux abeilles (dont le problème de mortalité semble pourtant être multi-variable) – va conduire les agriculteurs à les remplacer par des produits a priori moins performants puisqu’ils les avaient justement remplacés. Or justement, il semblerait bien que ces néonicotinoïdes – aussi peu attrayants qu’ils apparaissent – présentent bien des avantages.

Des produits plus sûrs pour les humains

Tout d’abord, comme l’explique le chercheur Henry I. Miller, ces produits sont beaucoup plus sûrs pour les humains et les autres vertébrés que les générations de pesticides qui les précèdent, tels que les carbamates ou les organophosphorés.

Ensuite, ils seraient plus sélectifs dans leur mode d’action que leurs prédécesseurs. « Utilisé comme moyen de traiter les semences ou appliqué au niveau des racines, le pesticide est assimilé par la plante et devient plus dilué au fur et à mesure que la plante grandit, de sorte que les concentrations sont plus faibles dans les fleurs et les fruits des plantes. De loin, on trouve les plus fortes concentrations de néonicotinoïdes dans les tiges et dans les feuilles – là où les insectes nuisibles pour les plantes se nourrissent le plus souvent – et non pas dans les fleurs que les pollinisateurs butinent.

L’idée que la perfection est de ce monde

Du coup, surtout au moment où les jeunes plants sont les plus vulnérables, les néonicotinoïdes leur permettent de contrôler uniquement les insectes qui s’en nourrissent. C’est un progrès notable par rapport à d’autres pesticides qui tuent les insectes de façon indiscriminée. »

Enfin, un seul traitement des semences suffirait, avec parfois une pulvérisation supplémentaire pour toute la saison, là où avec d’autres produits, il faut multiplier les pulvérisations tout au long de la saison.

Ces améliorations peuvent peut-être sembler négligeables mais c’est pourtant comme cela que les choses progressent, par un processus d’essais et d’erreurs auquel l’application du principe de précaution met un coup d’arrêt brutal.

Fondé sur le risque zéro (autrement dit, l’idée que la perfection est de ce monde) et n’ayant que l’apparence du bon sens, il interdit de facto l’émergence de modes d’action meilleurs ou moins nocifs, en particulier l’application de la chimie et de la biotechnologie aux systèmes agricoles.

Il est important que l’opinion publique comprenne que ces interdictions ne sont pas la solution aux problèmes que nous devons résoudre au quotidien. De cette façon, les politiques auront sans doute une incitation puissante à en faire usage avec modération et à en comprendre les effets pervers.

Sur le web. Texte d’opinion publié le 15 juin 2015 dans La Tribune.

rien
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  • Le désastreux principe de précaution a fait perdre complètement la notion de risque/bénéfice.

    • Le principe de précaution devrait conduire toutes les femmes à avorter et à rester enfermées… mais pas trop en fait…

      • Le PP devrait conduire à interdire l’avortement.

        Et la grossesse.

        Et le sexe.

        Et le fait de manger.

        Et de respirer. On n’est JAMAIS trop prudent.

  •  »
    Alors même que rien ne prouve qu’ils sont à l’origine de leur destruction.
     »
    la :
    http://www.sciencemag.org/content/336/6079/348.abstract
    ou encore la :
    http://www.fasebj.org/content/early/2015/01/28/fj.14-267179.abstract?sid=1deae670-3711-44dc-930a-2f786dfd417f

    A noter que pour le CCD , de nombreuses causes ont été relevées, et le plus probable étant l’effet cocktail de ces différentes causes.

     »
    Le discours militant entourant cette question se focalise sur les éventuels effets indésirables de ces produits sans chercher à savoir s’ils se révèlent plus efficaces et moins nocifs que leurs prédécesseurs
     »
    ça c’est clair.

    • La toxicité n’est pas prouvée définitivement par ces études, la cause multifactorielle est probable, le déclin de colonies d’abeilles date d’avant ces insecticides, etc.
      L’utilté de ces insecticides est prouvée quand à elle.
      C’est ce que dénonce cet article.

      • Les pratiques des apiculteurs, notamment celle qui consiste à utiliser du sirop de sucre en rattrapage quand le miel laissé aux abeilles s’avère insuffisant, ont aussi un impact probable sur la (sur)vie des colonies.

        Maintenant, le minimum quand on jette une telle introduction à la face du lecteur, c’est de donner des références qui soit discréditent les sources des « anti’ soit accréditent la thèse de l’inocuité. Les néonicotinoides ont bien été mis sur le marché, le principe de précaution consisterait à les retirer sur la base de résultat préliminaires, non conclusifs. Il faut donc montrer en quoi les étude qui supportent le retrait (il y en a bien, même mal foutues) sont insignifiantes.

    • de toutes façons faut voir le bon coté des choses à savoir, voir ce qui va se passer après les néonicotinoides, ce que je me demande c’est que si leur responsabilité est écartée ou simplement minimisée les firmes les fabriquant ne seront pas en droit d’exiger un dédommagement.

  • Les politiques ne comprennent pas plus l’économie que l’agriculture. Aucun d’eux n’a jamais dirigé une entreprise ni conduit un tracteur à travers champs. Tout ça c’est bon pour les besogneux qui paient l’impôt. Là haut on consulte des rapports et des sondages de popularité. La réalité ? Mais on s’en fiche de la réalité !

  • Pour info, j’ai lu que F. Fillon compte, s’il est élu, supprimer le principe de précaution au profit d’un principe de responsabilité.

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