Le salaire minimum, drame pour les plus pauvres

Feuille de paie (Crédits Matt, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

Loin des idées préconçues, le SMIC n’aide pas les pauvres. Au contraire, il les pénalise gravement.

Par Marius-Joseph Marchetti.

Feuille de paie (Crédits Matt, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.
Feuille de paie (Crédits Matt, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

Loin des idées préconçues, le SMIC n’aide pas les pauvres. Ou plus exactement, seulement ceux dont la productivité est à peine inférieure à la productivité nécessaire pour percevoir l’équivalent du SMIC sur un marché libre, c’est à dire un nombre ridiculement faible de personnes comparé au soi-disant effet social sortant massivement les pauvres de la précarité. Il existe cependant une question qui met en général mal à l’aise les défenseurs du salaire minimum : si un salaire minimum de 1 200 euros se justifie, pourquoi ne pas justifier un salaire minimum de 3 000, 5 000 voire 10 000 euros ? En général, l’étatiste vous répondra … qu’un salaire minimum aussi élevé va créer chômage, hausse des prix et détérioration de la qualité des produits dans les secteurs employant les nouveaux smicards. Bingo ! Mais si un SMIC de 10 000 euros par mois avait ces effets, pourquoi un SMIC de 1 200 euros n’aurait pas des effets similaires avec un impact cependant moins fort ? Mystère.

Mais pourquoi le salaire minimum créerait-il du chômage ? Pour deux raisons : la première, que nous appelons courbe de demande et la seconde, que nous appelons courbe d’offre. Lorsque vous imposez un salaire minimum, il se doit logiquement d’être au-dessus du prix du marché (c’est à dire au dessus de l’intersection entre la courbe d’offre et de demande) sinon par définition, il ne sert à rien car les individus sont déjà naturellement payés davantage. Sur l’axe des abscisses, nous avons les quantités de travail et sur l’axe des ordonnées, le niveau de salaire. Que se passe-t-il lorsque le salaire minimum est imposé au-dessus de l’équilibre ? Pour ce niveau de salaire, les quantités de travail demandé sont bien plus faibles. À savoir donc qu’il en résulte du chômage.

Prenons un exemple récent : Seattle s’est récemment « dotée » d’un salaire minimum horaire de 15 dollars. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que pour le moment, la situation de la ville de Seattle empire. Des propriétaires de restaurant ont été interrogés et ils sont très pessimistes. Ainsi certains témoignent en expliquant qu’ils seront obligés de réduire les heures de travail, voire licencier et travailler eux-mêmes sans se rémunérer, augmenter leurs prix ou acheter des marchandises de moindre qualité : propriétaire, employé et consommateur sont donc les 3 perdants de cette mesure.

« Nous allons nous ajuster en utilisant tous les outils à notre disposition ; avec les prix, en réduisant l’offre de menus, en contrôlant les heures de fonctionnement, en réduisant le travail là où nous pouvons, et certainement pas ouvrir une autre entreprise dans notre bien-aimée Seattle » (Jeremy Hardy, propriétaire de deux restaurants à Seattle).

À Seattle, la pilule passe mal, surtout pour les employés. Leur nouveau salaire minimum ne sera malheureusement pas de 15 dollars/l’heure mais 0 dollar de l’heure, puisque la plupart d’entre eux seront remerciés. Avec un salaire minimum aussi élevé et une productivité peut-être plus ou moins faible, ils auront bien du mal à retrouver un emploi. L’effet immédiat est le développement d’un marché noir du travail (car la prohibition ne marche pas et n’a jamais marché, que ce soit de l’alcool auparavant, ou du travail moins cher aujourd’hui), avec certainement plus de violence sur le marché parallèle. Les employeurs demanderont plus de qualifications et d’expérience et le moins que l’on puisse dire est que les jeunes travailleurs auront du mal à satisfaire à ces conditions. Par exemple, aux États-Unis, l’augmentation du salaire minimum fédéral (que tous les États se doivent de faire respecter) a entraîné une hausse du chômage des jeunes actifs.

« Je n’ai jamais oublié que l’objectif inavoué du socialisme, municipal ou national, était d’accroître la dépendance. La pauvreté n’était pas seulement le sol nourricier du socialisme : elle en était l’effet délibérément recherché. » (Margaret Thatcher)

Et si le salaire minimum ne peut pas protéger les pauvres, pourquoi tant de politiciens le défendent-ils ? La réponse dans son histoire : au début du XIXème, le salaire minimum a commencé à être défendu à une époque où la productivité, les salaires et la production progressaient de plus en plus vite ; et certains en prédirent la survie des plus compétents comme de ceux qu’ils considéraient comme des parasites. En somme les effets néfastes du salaire minimum étaient envisagés avant même sa mise en application ! Il était parallèlement un moyen de laisser dans la pauvreté, d’exclure et d’éradiquer les « parasites » pour éviter que la société ne régresse. Par parasite, on parle des moins productifs, et des étrangers qui étaient à l’époque moins compétents que les Français.

Ces étrangers, issus d’une mauvaise souche génétique, étant habitués à des salaires plus faibles que les natifs, risquaient de « voler » les emplois des natifs. Et pour les eugénistes, il n’y avait pas de meilleure barrière que le salaire minimum pour les empêcher d’accéder à un emploi. Ainsi le salaire minimum protégeait les travailleurs « les plus compétents » de la concurrence des travailleurs de « souche génétique inférieures ». Il avait également pour but de décourager l’accès récent du marché du travail aux femmes afin de les maintenir à leurs fonctions ménagères et reproductives. Ainsi les fondateurs et premiers défenseurs du salaire minimum étaient des racistes et des réactionnaires … L’ironie est palpable.

Le salaire minimum est donc un cocktail étrange : défendu par la nouvelle génération pour protéger les plus pauvres, leurs ancêtres le défendait dans le but d’anéantir les parasites (à savoir les plus pauvres) par un cocktail de chômage sans issue, de hausse des prix et de moindre qualité pour le consommateur. Milton Friedman, comme souvent, l’a bien résumé, et on ne saurait mieux dire :

« Une des plus grandes erreurs est de juger les politiques et les programmes sur des intentions plutôt que sur leurs résultats. »