Le salaire minimum à 15 dollars de l’heure à Seattle

Le 1er janvier de cette année, le salaire minimum à Seattle est passé à 15 dollars. Il y a quelques raisons de penser que cela ne va pas arranger la situation économique des travailleurs.

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Le salaire minimum à 15 dollars de l’heure à Seattle

Publié le 2 juillet 2017
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Par Guillaume Nicoulaud.

En général, la (fonction de densité de la) distribution des salaires ressemble à quelque chose comme ça :

C’est-à-dire que relativement peu de gens touchent des salaires très bas (à gauche de la distribution), la plupart perçoivent un salaire proche du salaire médian (au milieu) et, plus on monte dans l’échelle des rémunérations (vers la droite), plus ça devient rare. Sur un graphique de ce type, le PDG d’une société du CAC 40 ou un joueur international de football se promènent à quelques dizaines de centimètres à droite de votre écran mais ces cas sont si exceptionnels que le trait bleu est invisible à l’œil nu.

Place du salaire minimum

Le point MinW indique le niveau du salaire minimum légal. À gauche de ce point, en rouge, vous trouvez toutes les personnes dont le travail vaut moins que le salaire minimum. Typiquement, ce sont des gens peu qualifiés, peu expérimentés et même souvent les deux. C’est-à-dire qu’étant donné le niveau du salaire minimum, ces personnes-là sont tout simplement inemployables. C’est une des raisons pour lesquelles le taux de chômage des jeunes et des moins diplômés est considérablement plus élevé que la moyenne.

Une étude récente menée au Danemark illustre très bien cette idée en s’intéressant au taux d’emploi des jeunes autour de 18 ans. La raison en est qu’avant 18 ans, les différents accords de branche en vigueur au Danemark imposent un salaire minimum de 73 couronnes (DKK) en moyenne mais que, sitôt passé 18 ans, ce chiffre passe à 119 couronnes.

Un graphique résume parfaitement le résultat : à gauche, le salaire horaire moyen (en couronnes) des salariés de 16 à 20 ans en fonction de leur âge exact ; à droite le taux d’emploi correspondant. Très clairement : à 18 ans, le salaire moyen augmente de 40 % — presqu’exclusivement à cause de la mise en œuvre des salaires minimum — et le taux d’emploi s’effondre de 33 %.

Partant, vous comprenez sans difficulté qu’il y a deux façons de traiter le problème.

Hausse et baisse du salaire minimum

La première, c’est de déplacer la zone rouge vers la droite c’est-à-dire de faire en sorte que ces personnes acquièrent les compétences et/ou l’expérience qui leur manquent pour être employables à MinW. On parle, bien sûr, de formation et de tout dispositif propre à faire en sorte que les jeunes puissent mettre le pied à l’étrier et acquérir de l’expérience. L’autre solution, évidemment, c’est de baisser MinW (le déplacer vers la gauche).

Symétriquement, toujours selon la même idée, une hausse de MinW devrait toutes choses égales par ailleurs entraîner une hausse du chômage : ce sont les personnes immédiatement à droite du salaire minimum qui vont voir leurs heures réduites ou carrément perdre leur travail.

Le contre-argument de celles et ceux qui plaident pour une augmentation du salaire minimum consiste à dire qu’en payant mieux les bas salaires — qui ont, habituellement, tendance à consommer une plus importante fraction de leurs revenus que les autres (qui en épargnent une partie) — on crée un surcroît de demande ; lequel va se retrouver dans le carnet de commandes des entreprises qui, dès lors, embaucheront et compenseront l’effet décrit ci-dessus.

Tout le problème est là : cet effet revenu induit par la hausse du salaire minimum existe-t-il et si oui, compense-t-il l’effet prix sur les salaires ? En théorie, c’est assez difficile à dire mais une expérience en cours dans l’État de Washington apporte quelques éléments de réponse.

L’expérience de l’État de Washington

Comme vous le savez, le salaire minimum en vigueur à Seattle est passé de 9,47 $ de l’heure à 11 dollars le 1er avril 2015, puis à 13 $ le 1er janvier 2016 — une augmentation de plus de 37 % en 9 mois — et il a atteint 15 $ le 1er janvier 2018.

Or, il se trouve que l’État de Washington collecte des données extrêmement précises sur l’état du marché du travail local. En particulier, c’est un des rares États de l’union à recenser le nombre d’heures travaillées par les salariés. Un groupe de chercheurs de l’Université de Washington a donc profité de cette opportunité pour mesurer précisément l’impact des deux premières hausses du salaire minimum sur l’emploi des salariés les moins bien payés — en l’occurrence, celles et ceux qui touchent moins de 19 dollars de l’heure.

Si la première hausse — de 9,47 à 11 $, soit 16,2 % — semble avoir eu un effet limité, la seconde — de 11 à 13 $ — s’est accompagnée d’une réduction de 9 % des heures travaillées par les bas salaires — soit qu’ils aient perdu leur emploi soit qu’on ait réduit leurs temps de travail. Au total, la hausse du salaire horaire ne compense pas cette perte d’heures et ces salariés ont subi, en moyenne, une perte de revenus de l’ordre de 125 dollars par mois.

C’est-à-dire que pour l’instant, il y a bien un effet revenu mais il est négatif. Le 1er janvier de cette année, le salaire minimum à Seattle est passé à 15 $ ; on va voir ce que ça donne mais il y a quelques raisons de ne pas être très optimiste. Les résultats devraient tomber ici.

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  • Vous augmentez les salaires… Entre autre le mien… Comment je vais le dépenser…

    Une partie est consommée et profite à l’économie nationale.
    Une partie, sous forme de charges, taxes, impôts… va à l’État.
    Une partie consomme des produits d’importation, de l’étranger.
    Une partie est épargnée.

    En y réfléchissant de ce qu’on ferais de son augmentation de salaire, il n’est pas difficile de comprendre pourquoi certains employeurs soient réticents et pourquoi certains politiciens encouragent vivement des hausses majeurs…

    Autre point… Moi-même je redémarre cette année une carrière professionnelle (reconversion). Bien entendu j’espère un salaire décent qui me permette de vivre correctement. Mais je suis bien conscient que débutant, je ne peux prétendre à un salaire au dessus de mes compétences… Plus la barre est haute, plus il est difficile de trouver un emploi…

    pour conclure, les gens, employés comme employeurs… tout le monde peut manquer de réfléchir à ce que l’autre a à perdre ou à gagner… Tant qu’on voit l’économie comme une lutte et non une recherche permanente d’équilibre, on ne va pas s’en sortir…

    • C’est vrai une approche Win-Win gagnant-gagnant pourrait profiter dans beaucoup de négociations, de prises de décisions et d’options politiques ( et commence à s’appliquer dans certaines entreprises).

      C’est le point de vue de plus en plus de personnes , notamment ceux qui voyagent et rassemblent des infos vérifiées.
      Reste à convaincre l’énorme masse des « je suis plus futé que vous et je vais vous biaiser », qui avant d’essayer, diront que c’est impossible.

    • une des raisons pour lesquelles votre patron va réfléchir à deux fois avant de vous augmenter (ou même de vous donner une prime exceptionnelle), c’est qu’elle lui coûtera 2 fois ce que vous toucherez in fine – s’il vous augmente de 100 net, ça lui coûte 200. S’il vous donne une prime de 500 net elle lui coûtera 1000. Dans une PME ça peut être compliqué…

  • Le raisonnement est absurde! des salaires plus élévés entraine des prix plus élevés et donc une baisse de la consommation et donc des licenciements. Dans l’idéal l’effet est neutre mais toutes actions « brutal » et « violente » à l’encontre du marché se traduit automatiquement par de la destruction pure de valeur.

  • Ou alors, couper minW en deux : minW et minR (revenue), avec l’Etat compensant l’écart entre les deux via les prestations sociales.

    Un salaire minimum imposé plus faible (déplace la zone rouge à gauche), et un revenu minimum garanti identique voire plus élevé à l’ancien minW.

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