Se battre pour la république… ou pour la France ?

République (Crédits : melina1965, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

Il est légitime de se poser la question suivante aujourd’hui : la « République » en France vaut-elle la peine que l’on se batte pour elle ?

Par Patrick de Casanove, du Cercle Frédéric Bastiat.

République (Crédits : melina1965, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.
République (Crédits : melina1965, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

Une république n’est qu’un régime politique au même titre qu’une royauté ou un empire. Les républiques populaires ou islamiques ne sont pas des modèles en ce qui concerne le respect du droit des gens. « République » n’est pas synonyme de liberté, ni de démocratie. Aussi étonnant que cela puisse paraître à nos contemporains, l’existence d’une république, d’une constitution ou d’un droit de vote n’est, pour les habitants, ni indispensable à leur liberté, ni une garantie pour leur liberté. Ce qui compte ce n’est pas le régime, c’est que les droits individuels soient respectés. Un royaume ou un empire peuvent y parvenir aussi bien qu’une république.

À la fin de son excellent livre Rome du libéralisme au socialisme, éditions Cyrille Godefroy et de la conférence du même nom donnée au Cercle Frédéric Bastiat, (en ligne ici), Philippe Fabry fait un parallèle avec l’évolution des États-Unis. Mais cette leçon antique pour notre temps s’applique aussi à la France. Il est légitime de se poser la question suivante : la « République » vaut-elle la peine que l’on se batte pour elle ? À leur époque les Romains et leurs alliés ont répondu « oui » et ils l’ont fait.

Comment les Français répondraient-ils aujourd’hui ? On peut déceler des signaux inquiétants qui tendent à prouver que d’ores et déjà beaucoup de personnes répondent « non ». Certaines votent avec leurs pieds et, comme les boat people en leur temps, elles fuient le régime communiste et partent à l’étranger. D’autres, qui pour différentes raisons ne peuvent quitter le pays, se comportent comme des boat people de l’intérieur. Elles fuient en renonçant à travailler et à produire des richesses. Ou elles fuient certains métiers ou territoires. Ou elles fuient en ne votant plus. Ou elles fuient en votant pour des partis qu’elles pensent, à tort, hors système… pour les débarrasser du « système ».

Les politiciens devraient se pencher sur les causes de cette désaffection pour leur pays. Or, perdus dans leur monde, coupés des réalités, imbus d’eux-mêmes, ils ne s’y intéressent pas. Ils ne peuvent donc y apporter les bonnes solutions. C’est pourquoi ils s’enferment dans leurs erreurs. Ils multiplient, par des règlements intrusifs et étouffants, les interventions dans la vie privée des gens. Ils les écrasent par des prélèvements obligatoires de plus en plus lourds, en échange de services de plus en plus limités. Par là même, ils réduisent chaque jour un peu plus les libertés individuelles et l’attrait pour la « république ».

Donc dans le domaine des libertés individuelles, la « République » française n’est pas à la hauteur de la « République » romaine. La République romaine était « séduisante », la République française l’est de moins en moins. Face à la montée des dangers, les politiciens ne pourront même plus appeler à l’amour de la patrie. Le mot « France » a disparu de leur vocabulaire, remplacé par le mot « république ». La France n’existerait-elle déjà plus ? Devant l’évolution totalitaire de l’Empire, les Romains et les autres peuples ont fini par renoncer à le défendre et ils ont laissé les « barbares » détruire leur oppresseur. Prenons garde à ce que la dérive de la « république » n’entraîne les mêmes conséquences en cas de menace grave.

« Mais si le gouvernement se charge d’élever et de régler les salaires et qu’il ne le puisse ; s’il se charge d’assister toutes les infortunes et qu’il ne le puisse ; s’il se charge d’assurer des retraites à tous les travailleurs et qu’il ne le puisse ; s’il se charge de fournir à tous les ouvriers des instruments de travail et qu’il ne le puisse ; s’il se charge d’ouvrir à tous les affamés d’emprunts un crédit gratuit et qu’il ne le puisse ; si, selon les paroles que nous avons vues avec regret échapper à la plume de M. de Lamartine, « l’État se donne la mission d’éclairer, de développer, d’agrandir, de fortifier, de spiritualiser, et de sanctifier l’âme des peuples », et qu’il échoue ; ne voit-on pas qu’au bout de chaque déception, hélas ! plus que probable, il y a une non moins inévitable révolution ? » — Frédéric Bastiat La loi.

République Hollande - Contrepoints443À ce jour, malgré la dégradation de la situation économique et sociale, il n’y a pas de révolution. Pas non plus de guerre civile, au sens classique et c’est heureux. On peut quand même remarquer que les politiciens divisent les gens en catégories hostiles qui se font la guerre par vote interposé. Vote par lequel une « majorité sortie des urnes » impose à une minorité ses vues et volontés. C’est aussi une violence. Quant à la guerre étrangère elle est de moins en moins larvée mais reste de « basse intensité »… comme on dit.

La solution de bons sens serait de rendre la France attractive et apaisée en y respectant les droits individuels et la liberté économique Ce n’est pas la voie choisie. Les politiciens restent tous adeptes de la « spoliation légale » et se déchirent sur des politicailleries.

Quos vult perdere Jupiter dementat. Comme diraient les Romains !