Intox : le déficit public 2014, moins élevé que prévu ?

Ministère des Finances à Bercy (Crédits : Pline, licence CC-BY-SA 3.0), via Wikimedia.

L’embellie sur le front des finances publiques annoncée par le gouvernement n’est qu’une opération de communication relayée par la presse. Démonstration.

Par Thibault Doidy de Kerguelen

Ministère des Finances à Bercy
Ministère des Finances à Bercy (Crédits : Pline, licence CC-BY-SA 3.0), via Wikimedia.

 

L’agence AFP lance l’info : « le déficit est moins élevé que prévu »

Vous avez pu remarquer que tous vos quotidiens, même ceux qui semblent souvent les moins perméables à l’intox gouvernementale, ont plongé, foncé, tête baissée dans l’information tronquée, à la limite du mensonge, diffusée par l’agence étatique d’information, l’AFP. Le déficit public de 2014 est « moindre que prévu »…. Et les uns et les autres d’extrapoler sur « ce bon résultat », sur la « divine surprise », sur le « vrai bol d’air pour le gouvernement », sur le fait que « cela va aider le gouvernement à tenir ses engagements vis-à-vis de Bruxelles ». Il s’agit d’une pure opération de communication, comme les milieux boursiers en connaissent régulièrement. Lorsque les résultats se présentent comme mauvais, on annonce pire encore de manière à faire apparaître le chiffre final comme un « mieux » que la dernière estimation. Il est dommage que les journalistes des « mass medias » ne fassent pas leur travail et se contentent (mais il n’y a là rien de nouveau…) de reprendre in extenso les dépêches AFP. Il est scandaleux que le gouvernement utilise l’AFP, organe étatique pour diffuser de la « propagande » politicienne, mais là encore, il s’agit d’une pratique quotidienne.

Démonstration de l’intox

Déficit officiel annoncé pour 2014, celui qui fait hurler de plaisir nos médias moutonniers : 4% du PIB !

  • Loi de finance 2014 : le déficit prévu est de… 3,6% du PIB (rappelons que jusqu’à preuve du contraire, la loi de finance reste et demeure la seule « prévision » officielle, puisque c’est sur cette base que les budgets sont alloués). 4%, c’est mieux que prévu ?
  • En avril 2014, le gouvernement, conscient que l’objectif ne sera pas tenu annonce que le déficit sera de 3,8% du PIB. 4%, c’est toujours mieux que prévu ?
  • En septembre 2014, le gouvernement se rend compte qu’il est encore dans les choux et que le déficit sera encore supérieur à ses dernières estimations. C’est là qu’intervient l’opération de communication. Plutôt que d’annoncer 4 ou 4,1% du PIB (ce qu’estiment les économistes), Bercy annonce carrément 4,4% du PIB !
  • Du coup, lorsque tombe le résultat final, il est toujours possible à nos communicants d’annoncer un « résultat meilleur que prévu ». Évidemment, pas meilleur que la loi de finance, évidemment pas meilleur que l’estimation d’avril, mais qui s’en souvient, qui n’en a cure… L’AFP assène l’info comme une vérité absolue et les journalistes la relaie sans sourciller. Par fainéantise ou incompétence ?

La vérité de l’information de ce déficit public c’est, comme le titrait L’Opinion, que « C’est mieux que si c’était pire… »

La vérité des chiffres

La vérité des chiffres, c’est que l’état des comptes publics s’est dégradé (voir détail INSEE).

1. Le déficit est stable

Le déficit est stable : 4,1% du PIB en 2013, 4% en 2014.

2. La dépense publique a progressé

Eh oui, la dépense publique n’a pas diminué, elle a progressé et atteint un niveau record dans l’histoire de France (officiellement 57,2% du PIB !).

tableau-dépenses-recettes-publiques-2015

Que lisons nous sur ce tableau (officiel) de l’INSEE ? Que c’est la dépense de fonctionnement qui a le plus augmenté et dans cette dépense de fonctionnement, celle des rémunérations a cru de 1,9% pour une inflation de… 0,5% ! Derrière ce résultat se cache le soi-disant « gel du point d’indice » dont nous ne cessons de vous répéter qu’il est « bidon » puisque l’ancienneté est automatique et que les stages de formation permettent d’acquérir des points supplémentaires. Sans compter que l’an dernier, le gouvernement a accordé aux fonctionnaires les moins bien rémunérés (les catégories « C », la majorité d’entre eux) un « coup de pouce ».

Nous voyons aussi dans ce tableau que les subventions ont augmenté (politique clientéliste au détriment des contribuables), que les investissements ont baissé et que les recettes provenant des propriétés ont augmenté ; l’État est bien, comme nous l’avons écrit récemment, un actionnaire qui exige ses dividendes.

La part structurelle du déficit n’a donc pas baissé, elle a même augmenté. Gageons que les fonctionnaires de Bruxelles, au prix où ils sont payés, sauront lire ces chiffres. Nous sommes donc loin, contrairement à ce qu’affirmaient nombre de nos journalistes, d’un résultat qui aidera Paris dans sa négociation avec l’UE.

3. La ventilation des emprunts fait peur

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En effet, on se rend compte que l’État a considérablement augmenté son recours à l’emprunt. Les collectivités locales semblent, à la lecture des chiffres, avoir été plus raisonnables en 2014. Or, aux dires même de l’INSEE, une baisse de 4,8 milliards d’emprunts est à imputer à une diminution de « formation brute de capital fixe », c’est-à-dire d’investissement. Or, chacun sait que les collectivités locales diminuent toujours leurs investissements en année électorale. Rien ne dit donc que cette diminution se poursuivra en 2015.

4. La dette a progressé et dépasse les 2 000 000 000 000€ (deux mille milliards d’euros)

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Fin 2014, la dette publique s’élève à 2 037,8 Md€. Elle s’accroît de +84,4 Md€ après +84,3 Md€ en 2013. Elle atteint 95,0% du PIB fin 2014, après 92,3% fin 2013. Là encore, vous pouvez constater que c’est l’État qui contribue le plus à cet accroissement, logique après ce que nous avons vu précédemment. Rappelons pour mémoire que ces chiffres ne tiennent pas compte de tous les engagements de l’État, en particulier à l’égard de ses retraités pour lesquels il est redevable des pensions….

5. Il n’y a toujours pas de croissance

Malgré toutes ces progressions de dettes, de dépenses, d’emprunts, la croissance est… plate : 0,4% en 2012, 0,4% en 2013, 0,4% en 2014 !

Conclusion

Aucune véritable mesure de réduction des dépenses publiques n’a été prise en France et la structure des déficits, plus que leur importance, n’engage pas à l’optimisme. Réduire les investissements, comme cela est le cas, en particulier dans les collectivités locales, pénalise les entreprises génératrices de plus value, donc de recettes fiscales et d’emplois. Augmenter les coûts de fonctionnement, notamment les rémunérations, pénalise sur le long terme la dépense publique et favorise la consommation de base, génératrice d’importations. Il apparaît donc que nos gouvernants socialistes ont tout faux et leurs experts en communication ne peuvent qu’espérer faire reculer le moment où les Français s’en rendront compte.

Dommage que les « analystes » de la grande presse ne sachent pas lire les documents (même ceux pourtant officiels de l’INSEE) et se contentent de reprendre les dépêches propagandistes de l’agence AFP.


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