Vive les aliments ionisés !

N’y-a-t-il pas un seul journaliste de France 5 capable d’expliquer en quoi la ionisation des aliments n’est pas dangereuse ?

Par Michel Gay.1

elmo in Radioactive Material Area credits Michael Kappel (CC BY-NC 2.0)
elmo in Radioactive Material Area credits Michael Kappel (CC BY-NC 2.0)

 

France 5 a diffusé une émission2 sur l’ionisation des aliments par irradiation : « Aliments irradiés : mauvaises ondes dans nos assiettes ? ».

Comme à l’accoutumée pour avoir un bon « audimat », l’émission a joué sur le spectaculaire en associant ce procédé à la radioactivité et en exacerbant les peurs dues à l’ignorance.

Irradier, ou plutôt ioniser les aliments permet de détruire toute bactérie ou germe susceptible de proliférer et pouvant engendrer des effets sanitaires graves. Les sources d’irradiation sont soit électriques (accélérateurs d’électrons) soit radioactives (irradiateur gamma).
En aucun cas, l’aliment irradié ne peut acquérir une quelconque radioactivité qui s’ajouterait à celle qu’il possède de manière naturelle car l’énergie des rayonnements émis se situe en dessous des seuils d’activation.

Un procédé de conservation, quel qu’il soit, n’est jamais neutre : il affecte légèrement certains éléments nutritifs et modifie des composés dans l’aliment. Toutefois, ces modifications sont moins importantes avec la conservation par ionisation que par la chaleur. Les produits formés sont de même nature que ceux formés par la chaleur mais ils sont présents en plus faible quantité (trois à quatre fois moins de produits transformés). Enfin, l’absence d’élévation de température au cours du traitement conduit à conserver à l’aliment toutes ses qualités organoleptiques (il conserve son goût, son odeur, sa forme et ses couleurs).

Pour son émission, la journaliste n’a pas trouvé un seul spécialiste pour lui expliquer ce qu’est l’irradiation ou l’ionisation. Il suffit pourtant de taper sur Google les trois mots-clés : « spécialiste aliments irradiés » pour tomber sur quelques noms, dont celui de Jacques Foos3, un des spécialistes de ce sujet, qui n’a jamais été contacté.

En revanche, elle aurait pu évoquer une étude positive menée à Lyon sur des fraises irradiées, avec le concours d’une grande surface. Elles ont été vendues deux fois plus cher que les fraises sans traitement pour que le prix bas ne soit pas une raison d’achat. Des étiquettes d’information sur les barquettes de fruits précisaient le traitement et indiquaient que ces fraises bénéficiaient ainsi d’une durée de conservation plus longue. À la question posée par les hôtesses : « Pourquoi avez-vous acheté ces fraises ? », les clients répondaient : « Parce qu’elles étaient belles et qu’elles sentaient bon ! ». Ce n’était pas la réponse attendue.

Ce n’est évidemment pas le procédé qui rend ces fraises plus belles et plus parfumées. Le gain sur la durée de conservation permet de les cueillir à maturité, comme dans son jardin !

Le commentaire indique qu’une seule étude « inquiétante » a été menée sur ce procédé et ses possibles effets sur la santé. Elle aurait montré son caractère nocif…
Or, plus de 1 220 études ont été menées depuis 1979 sur la salubrité de 278 aliments. Elles n’ont mis en évidence aucune différence significative entre un aliment ionisé et non ionisé en termes de toxicité, de pouvoir pathogène ou de propriétés mutagènes. Ceci a conduit le Comité d’expert mixte FAO/OMS/AIEA4 à conclure en 1997 sur l’innocuité des aliments ionisés sans limitation de dose. Aujourd’hui, plus de 40 pays ont approuvé l’irradiation d’environ 50 aliments différents. La France autorise l’ionisation de 14 catégories d’aliments. La législation française est claire : l’étiquetage doit mentionner « traitement par rayonnements ionisants » ou « traitement par ionisation ». De plus, des études sur l’éventuelle interaction possible « aliment-emballage » ont démontré qu’il n’y avait aucun effet indésirable.
Dire dans le reportage que « personne n’a répondu à cette simple question : que risque-t-on à manger des produits ionisés » montre l’ignorance de cette journaliste sur ce sujet et son affirmation est trompeuse (ou mensongère ?).

La piètre compétence, ou le biais idéologique, des journalistes réalisant ce reportage sont… surprenants.

Enfin, une étude5 menée en collaboration avec une équipe allemande indique : « Les traitements ionisants font partie des nouvelles méthodes d’assainissement des aliments. (…) Il s’agit là d’une méthode de choix pour la conservation et l’hygiénisation des aliments». (…) Plus particulièrement, dans le cas des ingrédients (épices et aromates), l’ionisation se présente comme une élégante alternative à d’autres traitements qui présentent de réels risques pour la santé humaine».

Un des auteurs de cette étude (Eric Marchioni) s’est pourtant laissé entrainer à dire que l’ionisation pouvait « peut-être » accélérer le développement de cancers déjà déclarés. D’un point de vue scientifique, en toute rigueur, il a raison : tout est possible !..

Les journalistes ont conclu de ses propos que, au minimum, ce traitement présentait un danger cancérigène. Il ne les a pas démentis. Peut-être a-t-il été motivé par la possibilité de trouver les crédits qu’il n’a pas pu obtenir malgré plusieurs demandes, pour ajouter une étude de plus aux 1220 précédentes ? Lui seul connaît la réponse.

Depuis toujours, l’humanité a cherché à conserver les aliments. Aujourd’hui encore, malgré les soins apportés à notre alimentation dans les pays industrialisés, subsistent de nombreuses victimes d’intoxications alimentaires, y compris dans le « bio », et 25% des récoltes mondiales sont perdues. Uniquement aux États-Unis, la perte annuelle est estimée entre 5 et 17 milliards de dollars. L’enjeu est immense pour l’humanité !

Le consommateur français reste cependant méfiant, probablement parce qu’il est peu informé par la société, et qu’il est mal informé, pour ne pas dire désinformé, par les médias.

Il faut le déclarer clairement, ce procédé d’ionisation par rayonnement est non seulement inoffensif, mais en permettant une désinfection en profondeur et une conservation plus longue des aliments, il participe à l’efficacité de la chaine alimentaire et à la santé de l’humanité.

Vive les aliments ionisés !

  1. Inspiré par un texte de Jacques Foos : Faut-il consommer des aliments irradiés ? Chronique d’un reportage télévisé partisan (un de plus ?)
  2.  Diffusions les 15 et 22 mars et 2 avril 2015.
  3. Professeur honoraire au Conservatoire des arts et métiers (science et technologies nucléaire)
  4.  FAO : Food and Agriculture Organization (ONU) ; OMS : Organisation Mondiale de la Santé ; AIEA : Agence Internationale pour l’Énergie Atomique.
  5.  « Étude toxicologique transfrontalière destinée à évaluer le risque encouru lors de la consommation d’aliments gras ionisés » signée par huit auteurs, dont le chercheur interviewé dans le reportage : Eric Marchioni.