Entre la droite et la gauche, il n’y a rien

Ne proposant ni analyse, ni solution, les partis du centre nuisent au bon fonctionnement de la démocratie.

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Hémicycle de l'Assemblée Nationale (Crédits Richard Ying et Tangui Morlier licence Creative Commons)

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Entre la droite et la gauche, il n’y a rien

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 16 mars 2015
- A +

Par Guy Sorman

Hémicycle de l'Assemblée Nationale (Crédits Richard Ying et Tangui Morlier licence Creative Commons)
Hémicycle de l’Assemblée Nationale (Crédits Richard Ying et Tangui Morlier licence Creative Commons)

 

On sait, ou on a oublié que les termes de droite et de gauche sont nés de la Révolution française et du hasard. Les députés du peuple, en 1791, se sont spontanément rangés par affinité politique, à droite pour les partisans de la monarchie absolue et à gauche pour ceux de la monarchie limitée par une Constitution. N’est-il pas surprenant qu’un événement local et daté soit passé dans le vocabulaire universel ? Il n’est pas une seule démocratie qui ne soit ralliée à cette distinction et les électeurs, dans toutes les nations, se classent spontanément dans l’une de ces deux catégories.

Bien entendu, les étiquettes partisanes sont enracinées dans l’histoire locale ainsi que les stratégies électorales : les termes de « populaire », « démocratique », « union nationale » et même « socialiste », se baladent de droite à gauche et réciproquement. Mais les électeurs ne s’y trompent pas : ils votent soit à droite, soit à gauche alors qu’eux-mêmes, parfois, ne se réclament pas ouvertement de la droite et de la gauche. Il est des pays où la droite a été intellectuellement diabolisée au point que la dénomination est évitée : l’Espagne, la France. À l’inverse, aux États-Unis, nul candidat souhaitant être élu, n’oserait se déclarer de gauche.

N’est-il pas étonnant que, partout, les forces de droite et de gauche s’équilibrent au point que, dans toute démocratie, les élections se jouent toujours à la marge et que celle-ci est infime ? Nulle part, les partis dits du centre, ne parviennent à briser l’alternance entre la droite et la gauche : le centre, en politique, n’existe pas et, sans doute, ne répond-il à aucun sentiment populaire significatif.

plus de centre rené le honzecPourquoi cette répartition à l’équilibre entre droite et gauche : serait-ce sociologique, biologique ? Ces  deux conceptions du monde sont-elles dictées par la condition humaine comme le prétendent les marxistes et leurs clones, ou par la nature humaine comme le constatent les anthropologues ? Honnêtement, nul ne saurait prétendre que la droite est le parti des riches et la gauche l’expression des opprimés : ce déterminisme-là n’existe pas. On naît de droite ou de gauche, ou on devient de droite ou de gauche : nature et culture sans doute se mêlent étroitement. Mais chacun devrait, quel que soit son camp, faire preuve de la plus grande modestie, puisque chacun ne détient que la moitié de la vérité. La droite, à cet égard, me paraît plus tolérante que la gauche qui prétend souvent accaparer la vérité toute entière.

Si chacun ne détient qu’une moitié de vérité, ou de la réalité, il est vital que chacun dans son camp défende avec enthousiasme sa part de vérité. Mais comment ? La gauche, dans ce combat, est plus à l’aise parce qu’elle brandit de grands slogans rassembleurs comme la justice sociale, l’égalité, le progrès, etc. Cette gauche-là est aussi plus apte à définir les buts qu’à préciser et mettre en pratique les moyens de ses nobles ambitions. La droite, souvent, est plus habile pour énoncer les moyens que pour faire rêver sur ses idéaux. Gauche idéaliste et droite pragmatique ? Cette distinction reflète une partie de l’opposition droite/gauche mais très superficiellement.

Il convient de chercher plus profond : la droite est fondée sur une certaine conception de l’Homme en société et de l’Homme dans l’Histoire. Le socle de la droite est la responsabilité personnelle : il n’est considérée de droite, de bonne société, qu’allouant à chacun la plus grande liberté de choix possible. On croit à droite en la vertu et la responsabilité personnelle. À gauche, on y croit moins ou pas du tout. Ce qui à droite est qualifié de vertu et de responsabilité est dénoncé à gauche comme de l’égoïsme et de la myopie historique. À la personne, la gauche substitue la collectivité et comme celle-ci n’existe pas réellement, c’est le parti ou l’État qui agiront au nom du Bien commun. Les élus de la gauche poussent les peuples vers le progrès ou ce qu’elle définit comme tel, tandis que la droite accompagne le peuple.

Pour reprendre la distinction fameuse du philosophe britannique Friedrich Hayek, la gauche est le parti de l’ordre décrété et la droite, celui de l’ordre spontané : cette notion de spontanéité est essentielle à la droite. Et comme Hayek l’avait aussi souligné, il n’y a guère d’espace au centre, pas de juste milieu entre l’erreur et la vérité. Les partis du centre ne peuvent que fausser l’alternance, embrouiller les choix : ne proposant ni analyse, ni solution, le centre nuit au bon fonctionnement de la démocratie.

La beauté de la démocratie (née à Athènes selon certains et dans les monastères romans selon d’autres) est d’autoriser l’alternance sans violence, de substituer l’élection à la guerre civile, de reconnaître les droits de la minorité, d’admettre que la majorité détient certes le pouvoir, mais pas la vérité. Peut-être à droite, devrait-on expliquer et exprimer tout cela plus clairement. Mais ne confondons pas le rôle du philosophe avec celui des hommes politiques, dont le devoir est d’abord d’être élus. Rappelons que le concept du Philosophe-Roi est une invention de Platon, qui serait aussi, selon Karl Popper (dans La liberté et ses ennemis) le fondateur du despotisme. Platon aujourd’hui siégerait à gauche et Aristote, l’observateur du réel, à droite.


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  • « Entre la droite et la gauche, il n’y a rien » même pas une feuille de papier a cigarette?

    • Étant donnée que l’UDI et le modem sont plus proche du PS que de l’UMP, on ne peut pas dire que le centre existe.

      • surtout que l’UMP est aussi trés proche du PS … mais pas autant que le FN !

        • « surtout que l’UMP est aussi trés proche du PS »

          Il est vrai que l’UMP n’est pas connus pour son courage… Encore un héritage de Chirac, a droite toute lors des campagnes électorales et ne rien faire pour ne pas déplaire a la gauche et aux médias une fois élu.

          « mais pas autant que le FN ! »

          Tout dépens du sujet, sur l’économie et la décentralisation, le FN est en effet gauchisant mais sur les sujets identitaires il est bien a droite. Le FN a apparemment fait baisser la taxe d’habitation de 10% a Hénin-Beaumont et a leurs dire ils ont aussi redressé les finances publiques ce qui là aussi n’est pas réellement une caractéristique de la gauche.

  • Nothing , PS et UMP sont socialistes !!!

  • la france s’est toujours gouverné au centre :

    robespierre était un espèce de centriste , bonaparte aussi, comme louis philippe , thier, clémenceau , herriot, de gaulle , mendés france, giscard … je ne parlerais pas de chirac, car a-t-il vraiment gouverné ?

    • Enfin un centre plus ou moins a gauche.

      Thiers était plutôt de droite monarchiste, De Gaulle était de droite nationaliste maurassienne avant la guerre, Giscard était de droite dite « libérale », Bonaparte était un opportuniste tout comme Louis Philippe, le reste étant de gauche.

  • Mais où est donc passée la droite que décrit Guy Sorman ? La droite de l’ordre spontané ? Ha mais LOL.

  • Sorman… encore un spécialiste : « spécialiste de la Chine », est ce que je pourrais voir le diplôme, merci.

  • Il s’agit du premier article de Sorman avec lequel je suis d’accord…

    Comme toi tout arrive, il a entièrement raison entre la droite et la gauche il y a le néant, la preuve que propose l’UDI ou le modem ? rien du tout, on ne les entend jamais sauf quand il s’agit de critiquer la droite ou quand il s’agit de déblatérer en direct dans une émission politique.

    Mais petit bémol, je suis pas d’accord avec la conception de la droite de Sorman, la droite n’est pas que le pragmatisme et la responsabilité individuelle, c’est aussi et surtout la défense de l’ordre et des traditions, historiquement la droite regroupait les partisans du pouvoir royale.

    • *Comme quoi tout arrive

    • c’est dans la classe politique tout entière, qu’il y a le néant … mais faut-il s’en étonner ?

      pour moi, on a besoin de dirigeants qu’en cas de guerre. mais comme le risque de guerre est permanent, on devrait organiser une classe de dirigeants réservistes prêts à monter en première ligne.

      • « on devrait organiser une classe de dirigeants réservistes prêts à monter en première ligne. »

        Ou alors virer les politiciens actuelles et élire nos dirigeants par tirage au sort comme a Athènes.

  • Guy Sorman aussi spécialiste de la politique française ?
    La Parti Libéral démocrate propose une véritable plateforme libérale, qui se démarque massivement des démagogies des grands partis, en particulier par son absence de clientélisme.

    http://www.partiliberaldemocrate.fr
    http://fr.m.wikipedia.org/wiki/Parti_libéral_démocrate_(France)

    • PLD combien d’élus aux municipales, aux départementales ?
      Pareil pour Nous Citoyens !

      L’UDF eut-elle choisi la voie libérale elle aurait rencontré son électorat. Bayrou en a décidé autrement, ne jure que par la République. Modem combien d’élus ?

      La bourgeoisie française n’est pas libérale. Sans élite libérale peut-il y avoir des organisation de masses (partis, syndicats) qui comprennent quelque chose à la dialectique de l’économie avec la fiscalité ?

      •  » la bourgeoisie française n’est pas libérale…  »

        et quand bien même elle le serait , ça ne changerais pas grand chose : la bourgeoisie n’a que trés peu de poids électorale. c’est de la base que vient le problème . la société française est désequilibrée : elle comporte trop d’allocataire , trop de salariés et trop de fonctionnaires par rapport au total des salariés . les politiques, s’ils veulent etre élus , doivent adapté leur offre à cette clientelle. la destruction des indépendants par le mittrandisme, ou le monde moderne, est un phénomène dont nous n’avons pas encore éprouvé toutes les conséquences funestes …

        • Une élite dirigeante s’organise pour diffuser ses idées. Si le libéralisme est aussi marginal, c’est que l’élite au pouvoir, la bourgeoisie française, ne goûte pas la liberté économique, ni la liberté d’expression. A l’exception de Contribuables Associés ou l’IFRAP, le développement des think tanks libéraux est très récent en France. Le lobbying libéral ne fait que commencer : voir l’action anti-RSI… Et bien entendu aucun mass-media audio-visuel libéral, une presse libérale marginale sur le papier ou le net.

          Comparer avec l’accession de Thatcher ou de Reagan : dans ces pays la pensée libérale était largement diffusée par des fondations crées dans ce but. Lire les mémoires de ces leader.

          Chez nous ni Giscard, ni Chirac, ni Sarkozy n’ont cru aux vertus de la liberté économique lorsqu’ils étaient au pouvoir.

          On a bien un pb de formation des élites. Si celle-ci est étatiste, il est cocasse de demander au petit peuple d’être plus libéral que le bourgeois !

          Le scrutin démocratique ne donne pas le pouvoir au peuple. L’organisation de l’économie, entreprise, salariés, fournisseurs a bien plus de poids, et tous les jours !

    • Le score pitoyable de DL et celui des libéraux français en général étaye le propos de Sorman. Il manque à son analyse un élément essentiel: le rôle du jacobinisme qui transcende les clivages. Ce tropisme est ancré si profondément dans la conscience collective qu’il nourrit une prédisposition congénitale, viscérale, à l’anti-libéralisme. La France a « évolué » du colbertisme au socialisme Comme l »a écrit Jean Piq: « Il faut aimer l’Etat », qui s’explique sur ce titre provocateur dans un article intéressant/
      http://iphilo.fr/2013/11/04/il-faut-aimer-letat/

  • Le centre en lui-même n’existe pas. On doit d’abord comprendre qu’il y a des modérés des deux cOtés qui ont des valeurs communes qu’ils ne partagent avec les radicaux.

  • En France, les partis du centre sont les seuls à proposer une alternative libérale. Ce sont aussi, à titre d’exemple, les seuls partis pro-européens (dont des fédéralistes), on ne trouve cette offre politique dans aucun autre parti de droite ou de gauche. Il y a donc une vraie proposition politique originale au centre, l’aveuglement de l’auteur est stupéfiante.

    • Le centre libéral ? quelles libertés a-t-il promu ou défend-il pour mériter ce label ?
      – libre choix pour l’assurance sociale ?
      – libre choix de l’école avec le chèque éducation,
      – libre établissement des universités
      – liberté des affaires sans taxes confiscatoire
      – liberté du logement (abrogation SRU)

      où est son bilan libéral ?

      Celui du groupe parlementaire, je ne le vois pas. Il a des personnalités libérales comme JC Fromentin, mais Mariton est à l’ump. Un parlementaire libéral ne fait pas un groupe ou un parti libéral !

  • « N’est-il pas étonnant que, partout, les forces de droite et de gauche s’équilibrent au point que, dans toute démocratie, les élections se jouent toujours à la marge et que celle-ci est infime ? Nulle part, les partis dits du centre, ne parviennent à briser l’alternance entre la droite et la gauche : le centre, en politique, n’existe pas et, sans doute, ne répond-il à aucun sentiment populaire significatif.

    Pourquoi cette répartition à l’équilibre entre droite et gauche : serait-ce sociologique, biologique ? »

    Personnellement j’ai répondu à cette question ici même, sur Contrepoints :

    http://www.contrepoints.org/2013/04/05/120594-gauche-droite-de-quoi-il-sagit-vraiment-et-pourquoi-les-liberaux-gagneraient-a-le-comprendre

    http://www.contrepoints.org/2014/02/03/155476-gauche-droite-vers-un-basculement-ideologique-dampleur

    • +1

      J’incite tous les lecteurs à lire ces articles. Et même si on n’est pas forcément d’accord avec ce que prédit P. Fabry, son analyse de ce que sont intrinsèquement la droite et la gauche est d’une élégance et d’une intelligence telle qu’on en lit pas souvent.

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