Faut-il interdire de rejoindre la fonction publique avant 53 ans ?

Ecole Nationale d'Administration (ENA) à Strasbourg (Crédits : Rémi Leblond, licence GNU GFDL), via Wikimedia Commons.

Aujourd’hui l’État « confisque » aux forces vives du pays ses éléments les plus brillants pour en faire des fonctionnaires. Et si on arrêtait ?

Par Jean-Michel Y.

Un article d’Emploi 2017.

Ecole Nationale d'Administration (ENA) à Strasbourg (Crédits : Rémi Leblond, licence GNU GFDL), via Wikimedia Commons.
Ecole Nationale d’Administration (ENA) à Strasbourg (Crédits : Rémi Leblond, licence GNU GFDL), via Wikimedia Commons.

Aujourd’hui l’État « confisque » aux forces vives du pays ses éléments les plus brillants pour en faire des fonctionnaires, à un âge auquel ils sont les plus créatifs et les plus dynamiques pour innover, créer des entreprises, partir à la conquête des marchés étrangers. L’aspect le plus symbolique en est sans doute que les trois plus prestigieuses grandes écoles françaises sont trois écoles de fonctionnaires : l’X, l’ENA et Normale Sup.

Second grave inconvénient de ce système : les jeunes et « brillants » fonctionnaires, avec des âmes de « Robin des bois », dévorés par l’ambition de refaire le monde (bien légitime à cet âge et au vu de leurs succès intellectuels), sont totalement ignorants de la vraie vie (une étude de l’IRDEME a montré que parmi les 100 plus hauts postes de direction de Bercy, seuls 2 avaient déjà travaillé dans une entreprise ! Situation unique au monde.

Il ne faut donc pas s’étonner du caractère aussi sophistiqué que kafkaïen des règlementations dans lesquelles nos entreprises essaient de survivre. Ces recrutements hyper sélectifs entraînent une surqualification, génératrice d’aigreurs, de carrières bloquées et beaucoup trop longues, avec des fonctionnaires d’autorité ne connaissant rien à la vie et formés (déformés ?) par la « vie de cour » (j’ai malheureusement, combien de fois, participé à des réunions à Matignon où les « Rastignac » dont les dents rayent le parquet, excellaient dans des luttes visant à pousser la carrière de leurs ministres sans jamais penser véritablement à l’avenir du pays.

Troisième inconvénient, l’extrême rigidité de la fonction publique : embauché à 20 ans, non-licenciable. Lorsque l’on embauche, c’est en fait un investissement sur 45 ans, soit un engagement de 4,5 millions d’euros qui devrait être provisionnés !… avec le manque de flexibilité que cela entraîne sur une très longue durée alors que sur de telles périodes les besoins et les priorités de l’État évoluent.

… Et cette réforme donnerait des carrières plus courtes, donc une souplesse dans la gestion de l’État : une embauche à 53 ans diviserait par 4 ce facteur de rigidité dans la gestion des effectifs.

À l’inverse, deux avantages significatifs d’un recrutement après 53 ans :

Embauchés à 53 ans, on aurait des fonctionnaires moins « géniaux », moins imbus d’eux-mêmes, matures, avec du plomb dans la cervelle et du bon sens. Entrer dans la fonction publique à 53 ans impliquerait une vraie expérience vécue, et donc un minimum d’humilité, ce qui manque tant à notre fonction publique. L’âge conduit en général à privilégier pragmatisme, sens de l’écoute et bon sens sur l’ambition dévorante et l’idéalisme conceptuel.

Enfin, dans notre pays, 53 ans est l’âge où davantage de cadres sont en inactivité plutôt qu’en activité, et cela contribuerait sans doute à remédier à cet immense gâchis que nous ne pouvons que constater, tout en libérant dans le même temps l’énergie des jeunes les plus brillants dont nos entreprises ont tant besoin. En même temps, sur le plan budgétaire, payer comme fonctionnaire un cadre aujourd’hui ou le payer par l’assurance chômage, ou par une préretraite, ne représenterait qu’un surcoût marginal minime pour la collectivité.

En 1980 j’avais convaincu notre regretté ministre André Giraud de lancer une expérimentation dans ce domaine avec le programme « recrutement de 100 cadres expérimentés » dans les directions régionales de l’industrie, de la recherche et de l’environnement et ce fut sur tous ces plans un grand succès : plusieurs de ces cadres étaient moins payés que ce qu’ils percevaient au chômage, mais pour autant ils se « défonçaient » très efficacement, et s’épanouissaient dans leur nouveau job car ils avaient retrouvé leur dignité.

Bien entendu certains postes ne pourraient pas être ainsi pourvus, mais y en aurait-il vraiment tant que cela ?

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