Les 3 principales raisons de la (timide) reprise économique

Les indicateurs semblent au vert, mais attention ! Tout cela peut cacher des effets économiques indésirables…

Par Julien Barlan.

insomnia cured here credits the three stooges CC BY-SA 2.0)
insomnia cured here credits the three stooges (CC BY-SA 2.0)

 

Les bons chiffres se sont récemment accumulés sur le terrain économique. Si le gouvernement ne prend plus le risque de se mouiller à faire des prévisions (on se souvient tous de la pathétique « courbe du chômage » qui devait « s’inverser »), l’INSEE et autres organismes (Banque de France, Commission Européenne, Fonds Monétaire International…) publient, eux, leurs analyses. Au rayon des bonnes nouvelles : hausse de la croissance économique, hausse de la production industrielle, prévisions d’investissements en hausse en 2015. Tout ceci est bienvenu et l’on doit bien entendu s’en féliciter.

Poussons l’analyse plus loin et cherchons les causes d’une telle embellie. Je vois trois raisons principales dans le contexte actuel, et il s’agit de trois baisses :

  • L’Euro ne cesse de chuter et de nombreux analystes parient désormais sur la parité avec le dollar à horizon 12 mois. C’est le résultat notamment de la politique très accommodante de la Banque Centrale Européenne, couplée au fait que tout le monde s’accorde que la Fed, son homologue américaine, devrait prendre le chemin inverse après plus de 6 ans de quantitative easing. Même si le niveau de l’euro, on ne le rappellera jamais assez aux sceptiques de la monnaie unique, n’a aucun impact sur les échanges entre la France et ses partenaires européens,  l’euro faible est toujours positif du moins pour les exportations hors zone euro. Il permet aussi aux entreprises très sensibles aux écarts de change, comme par exemple Airbus, de bénéficier d’une bouffée d’oxygène plus que bienvenue. Enfin, cette baisse n’a pas induit de surcoût énergétique.
  • Car en effet, le cours du pétrole a été divisé par deux ces six derniers mois. Et c’est parti pour durer, les analystes s’accordant sur un prix moyen du baril pour 2015 autour de 50$, contre plus de 100$ l’été 2014. L’explication de cette baisse est simple : recul de la consommation, émergence d’énergies nouvelles, raisons géopolitiques font que l’offre est durablement plus abondante que la demande. C’est une opportunité formidable pour les entreprises françaises qui réalisent des gains inespérés et peuvent se constituer une trésorerie pour investir ou embaucher. Pour la France, on estime les gains de cette économie énergétique à 5 milliards d’euros en 2014. Le FMI évoque un demi-point de croissance supplémentaire en 2015.
  •  Enfin, le coût du crédit a rarement été aussi bas grâce à des taux proches de 0. Les banques obtiennent de la liquidité à coût quasi nul auprès de la BCE et les taux devraient rester bas dans le cadre du programme d’assouplissement quantitatif. Particuliers et entreprises peuvent ainsi financer à moindre frais leurs dépenses et leurs investissements. Il est possible de renégocier les crédits existants pour alléger ses mensualités et de dégager des marges. Les effets commencent d’ailleurs à se faire sentir, car comme le souligne l’Agefi « les prêts des banques aux entreprises non financières ont augmenté de 11 milliards d’euros entre les mois de novembre et décembre (2014, ndlr) alors qu’ils étaient en recul auparavant. Les prêts aux ménages ont quant à eux augmenté de 2 milliards d’euros sur la même période ».

Nous sommes donc dans une situation idéale, nous vivons un « alignement favorable des planètes ». Les clignotants sont au vert et cela devrait rapidement se ressentir sur l’économie française en 2015. L’hypothèse du retour au 1% de croissance n’est donc plus fantaisiste avec, par effet ricochet à moyen terme, un effet attendu sur l’emploi.

Mais si l’on se réjouit de ses bonnes nouvelles, nous ne pouvons malheureusement pas crier victoire :

  • Nous ne sommes jamais à l’abri d’un retournement de situation imprévu. Le fait que nous bénéficions d’une conjoncture favorable nous expose directement aux vents contraires. Les observateurs de l’économie savent que tout va très vite : des regains de tensions géopolitiques imprévus mais pas impossibles en Russie ou au Moyen Orient ne manqueraient pas de faire repartir les cours du brent à la hausse. Dans l’hypothèse non souhaitable mais à ne pas exclure que la Cour constitutionnelle allemande mette son véto au QE ou encore que les États-Unis décident finalement de maintenir leurs taux très bas, il pourrait s’exercer une pression à la hausse sur l’euro. Dans un régime de change flottant, il est par définition difficile d’anticiper ce qu’en jargon économique on appelle les « facteurs exogènes ».
  • La France profite donc d’une combinaison favorable de facteurs économiques mais n’est pas pour autant responsable de l’embellie.  Rappelons qu’en termes de réformes, rien n’a été fait depuis des années hormis des « mesures » qui ne sont rien d’autre que des niches fiscales coûteuses. Les discours sont parfois présents mais les actes systématiquement en décalage. La loi Macron est la première loi de modernisation économique qui ne se veut pas une incitation fiscale. C’est un pas dans la bonne direction mais, hélas, c’est bien trop peu. La reculade du gouvernement sur l’ouverture des commerces le dimanche prouve bien que les considérations idéologiques et partisanes l’ont une nouvelle fois emportées sur les impératifs économiques.

Ainsi, il serait plus qu’illusoire de se réjouir des gains dus à une conjoncture favorable. La France reste minée par des problèmes structurels et ne peut se contenter de surfer sur un contexte économique positif en faisant encore une fois l’économie des réformes nécessaires à moyen terme. L’exemple suivant, tiré de l’actualité, est ainsi frappant.

trois raisons éco rené le honzecDans les Landes, un boulanger est poursuivi en justice pour oser ouvrir son commerce tous les jours de la semaine. Convoqué par la police, il a commis le crime honteux de générer de l’activité économique et d’être à la tête d’un établissement qui connait le succès. Il appartient désormais à un juge de décider si l’artisan sera contraint à la fermeture hebdomadaire, étant précisé qu’une telle décision entraînerait le licenciement d’une partie de ses 22 salariés. Dans une France où le chômage ne cesse d’augmenter – le ministre du Travail François Rebsamen ayant d’ailleurs récemment confié « espérer » un retournement de la situation, comme s’il fallait désormais s’en remettre aux astres et invoquer d’improbables puissances surnaturelles pour que l’économie se redresse – une telle décision ne manquerait pas d’être accueillie avec cynisme mais surtout défaitisme par tous ceux qui, comme moi, ne cessent de s’époumoner sur la nécessité d’enfin changer en profondeur les lois économiques de ce pays. Le boulanger n’ayant pas la puissance financière des enseignes de bricolage et étant dans l’incapacité de payer des amendes pour faire pression sur l’État, il ne pourra pas se permettre d’aller au clash avec les pouvoirs publics et sera donc contraint de sacrifier certains de ses salariés sur l’autel d’un code du travail d’un autre âge, probablement au grand soulagement de M. Rebsamen et de ses invocations païennes.

S’il fallait, encore, une piqûre de rappel de l’urgence d’enfin réformer l’économie de la France, en voici donc une nouvelle. La réalité est que notre économie, dans sa structure, a le regard encore tourné vers le 19ème siècle et demeure loin de ce que l’on attend d’un système productif moderne. Profiter du rebond conjoncturel n’est pas suffisant.

Sur le web