Les 3 principales raisons de la (timide) reprise économique

Les indicateurs semblent au vert, mais attention ! Tout cela peut cacher des effets économiques indésirables…

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Les 3 principales raisons de la (timide) reprise économique

Publié le 20 février 2015
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Par Julien Barlan.

insomnia cured here credits the three stooges CC BY-SA 2.0)
insomnia cured here credits the three stooges (CC BY-SA 2.0)

 

Les bons chiffres se sont récemment accumulés sur le terrain économique. Si le gouvernement ne prend plus le risque de se mouiller à faire des prévisions (on se souvient tous de la pathétique « courbe du chômage » qui devait « s’inverser »), l’INSEE et autres organismes (Banque de France, Commission Européenne, Fonds Monétaire International…) publient, eux, leurs analyses. Au rayon des bonnes nouvelles : hausse de la croissance économique, hausse de la production industrielle, prévisions d’investissements en hausse en 2015. Tout ceci est bienvenu et l’on doit bien entendu s’en féliciter.

Poussons l’analyse plus loin et cherchons les causes d’une telle embellie. Je vois trois raisons principales dans le contexte actuel, et il s’agit de trois baisses :

  • L’Euro ne cesse de chuter et de nombreux analystes parient désormais sur la parité avec le dollar à horizon 12 mois. C’est le résultat notamment de la politique très accommodante de la Banque Centrale Européenne, couplée au fait que tout le monde s’accorde que la Fed, son homologue américaine, devrait prendre le chemin inverse après plus de 6 ans de quantitative easing. Même si le niveau de l’euro, on ne le rappellera jamais assez aux sceptiques de la monnaie unique, n’a aucun impact sur les échanges entre la France et ses partenaires européens,  l’euro faible est toujours positif du moins pour les exportations hors zone euro. Il permet aussi aux entreprises très sensibles aux écarts de change, comme par exemple Airbus, de bénéficier d’une bouffée d’oxygène plus que bienvenue. Enfin, cette baisse n’a pas induit de surcoût énergétique.
  • Car en effet, le cours du pétrole a été divisé par deux ces six derniers mois. Et c’est parti pour durer, les analystes s’accordant sur un prix moyen du baril pour 2015 autour de 50$, contre plus de 100$ l’été 2014. L’explication de cette baisse est simple : recul de la consommation, émergence d’énergies nouvelles, raisons géopolitiques font que l’offre est durablement plus abondante que la demande. C’est une opportunité formidable pour les entreprises françaises qui réalisent des gains inespérés et peuvent se constituer une trésorerie pour investir ou embaucher. Pour la France, on estime les gains de cette économie énergétique à 5 milliards d’euros en 2014. Le FMI évoque un demi-point de croissance supplémentaire en 2015.
  •  Enfin, le coût du crédit a rarement été aussi bas grâce à des taux proches de 0. Les banques obtiennent de la liquidité à coût quasi nul auprès de la BCE et les taux devraient rester bas dans le cadre du programme d’assouplissement quantitatif. Particuliers et entreprises peuvent ainsi financer à moindre frais leurs dépenses et leurs investissements. Il est possible de renégocier les crédits existants pour alléger ses mensualités et de dégager des marges. Les effets commencent d’ailleurs à se faire sentir, car comme le souligne l’Agefi « les prêts des banques aux entreprises non financières ont augmenté de 11 milliards d’euros entre les mois de novembre et décembre (2014, ndlr) alors qu’ils étaient en recul auparavant. Les prêts aux ménages ont quant à eux augmenté de 2 milliards d’euros sur la même période ».

Nous sommes donc dans une situation idéale, nous vivons un « alignement favorable des planètes ». Les clignotants sont au vert et cela devrait rapidement se ressentir sur l’économie française en 2015. L’hypothèse du retour au 1% de croissance n’est donc plus fantaisiste avec, par effet ricochet à moyen terme, un effet attendu sur l’emploi.

Mais si l’on se réjouit de ses bonnes nouvelles, nous ne pouvons malheureusement pas crier victoire :

  • Nous ne sommes jamais à l’abri d’un retournement de situation imprévu. Le fait que nous bénéficions d’une conjoncture favorable nous expose directement aux vents contraires. Les observateurs de l’économie savent que tout va très vite : des regains de tensions géopolitiques imprévus mais pas impossibles en Russie ou au Moyen Orient ne manqueraient pas de faire repartir les cours du brent à la hausse. Dans l’hypothèse non souhaitable mais à ne pas exclure que la Cour constitutionnelle allemande mette son véto au QE ou encore que les États-Unis décident finalement de maintenir leurs taux très bas, il pourrait s’exercer une pression à la hausse sur l’euro. Dans un régime de change flottant, il est par définition difficile d’anticiper ce qu’en jargon économique on appelle les « facteurs exogènes ».
  • La France profite donc d’une combinaison favorable de facteurs économiques mais n’est pas pour autant responsable de l’embellie.  Rappelons qu’en termes de réformes, rien n’a été fait depuis des années hormis des « mesures » qui ne sont rien d’autre que des niches fiscales coûteuses. Les discours sont parfois présents mais les actes systématiquement en décalage. La loi Macron est la première loi de modernisation économique qui ne se veut pas une incitation fiscale. C’est un pas dans la bonne direction mais, hélas, c’est bien trop peu. La reculade du gouvernement sur l’ouverture des commerces le dimanche prouve bien que les considérations idéologiques et partisanes l’ont une nouvelle fois emportées sur les impératifs économiques.

Ainsi, il serait plus qu’illusoire de se réjouir des gains dus à une conjoncture favorable. La France reste minée par des problèmes structurels et ne peut se contenter de surfer sur un contexte économique positif en faisant encore une fois l’économie des réformes nécessaires à moyen terme. L’exemple suivant, tiré de l’actualité, est ainsi frappant.

trois raisons éco rené le honzecDans les Landes, un boulanger est poursuivi en justice pour oser ouvrir son commerce tous les jours de la semaine. Convoqué par la police, il a commis le crime honteux de générer de l’activité économique et d’être à la tête d’un établissement qui connait le succès. Il appartient désormais à un juge de décider si l’artisan sera contraint à la fermeture hebdomadaire, étant précisé qu’une telle décision entraînerait le licenciement d’une partie de ses 22 salariés. Dans une France où le chômage ne cesse d’augmenter – le ministre du Travail François Rebsamen ayant d’ailleurs récemment confié « espérer » un retournement de la situation, comme s’il fallait désormais s’en remettre aux astres et invoquer d’improbables puissances surnaturelles pour que l’économie se redresse – une telle décision ne manquerait pas d’être accueillie avec cynisme mais surtout défaitisme par tous ceux qui, comme moi, ne cessent de s’époumoner sur la nécessité d’enfin changer en profondeur les lois économiques de ce pays. Le boulanger n’ayant pas la puissance financière des enseignes de bricolage et étant dans l’incapacité de payer des amendes pour faire pression sur l’État, il ne pourra pas se permettre d’aller au clash avec les pouvoirs publics et sera donc contraint de sacrifier certains de ses salariés sur l’autel d’un code du travail d’un autre âge, probablement au grand soulagement de M. Rebsamen et de ses invocations païennes.

S’il fallait, encore, une piqûre de rappel de l’urgence d’enfin réformer l’économie de la France, en voici donc une nouvelle. La réalité est que notre économie, dans sa structure, a le regard encore tourné vers le 19ème siècle et demeure loin de ce que l’on attend d’un système productif moderne. Profiter du rebond conjoncturel n’est pas suffisant.

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  • Seuls les autres se sont mis en position de profiter de l’embellie. Ils nous laisseront leurs miettes, immédiatement confisquées par l’état. Les emprunts à bas taux ne servent pas à investir, mais à prolonger la survie. De plus, le gouvernement a commis une erreur majeure en présentant solennellement via le 49.3 la loi Macron comme la limite ultime de la part de libéralisme et d’initiative individuelle qu’il pouvait tolérer : il ne pourra glisser d’ici 2017 la moindre mesure discrètement pragmatique pour profiter de la croissance importée, il s’est condamné — ce qui serait plutôt une bonne nouvelle — et nous avec — ce qui en est une mauvaise.

  • Quand on a les poches pleines de sable, que le vent souffle dans un sens ou dans l’autre, celui-ci n’a que peu d’influence pour vous faire avancer.

  • Comme sous Jospin, nous serons les derniers à « profiter » de cette conjoncture adoucie: on peut faire confiance aux collectivistes qui nous gouvernent pour consacrer ces ressources inespérées à la consolidation de son électorat « administratif ». Macron n’est qu’un enfumage de circonstance pour éviter les sanctions de Bruxelles.

  • « hausse de la croissance économique, hausse de la production industrielle » ? Ah bon ? Les derniers indicateurs connus pour la France font état d’une croissance officielle d’à peine 0,4% au dernier trimestre connu avec un déficit public en hausse (la France est en récession hors déficit public), tandis que l’industrie demeure en récession selon Markit, avec même une accélération de celle-ci en février.

    Selon l’indicateur publié ce jour, seuls les services repassent au-dessus de 50, pas l’industrie. Un tel résultat ressemble plus à un accident statistique qu’à une croissance durable, au prix d’une baisse tarifaire destructrice de valeur :
    http://www.lepoint.fr/bourse/france-le-secteur-prive-a-retrouve-la-croissance-indice-pmi-a-52-2-pts-markit-20-02-2015-1906548_81.php

    Il n’y a pour l’instant pas la moindre reprise réellement constatée, exceptée celle de la bourse (+20% en un mois) artificiellement dopée par le QE suicidaire de SuperMariole. La seule hausse pour l’instant observable concerne l’optimisme insensé des prévisions, nourri par l’espoir des effets bénéfiques des baisses conjointes de l’euro, des taux et du pétrole. C’est la fameuse thèse de l’alignement des planètes, simple hypothèse qui ignore superbement les effets négatifs des trois baisses, notamment ceux-ci :
    – euro : hausse des coûts à l’importation tandis que les revenus baissent = perte de compétitivité pour les entreprises implantées sur le territoire national, perte de pouvoir d’achat pour les Français.
    – taux : les banques ne prêteront pas au privé du fait de la baisse des taux des bons publics = la baisse des taux publics n’a jamais eu pour effet de relancer la croissance, même pas en rêve. Au contraire, la baisse des taux renforce la fuite des capitaux par effet de bord. Sans capitaux, pas de croissance possible.
    – pétrole : baisse du prix signifie baisse des recettes fiscales associées = surveillez la hausse du déficit (donc de la fiscalité) qui ne manquera pas de sanctionner le mouvement.

    Comment la France pourrait-elle sortir de la récession alors qu’elle n’a pas fait la moindre réforme susceptible de soigner son économie de ses maux, notamment son Etat obèse ? Comment la France pourrait-elle retrouver la croissance quand les forces publiques sont mobilisées pour lutter avec acharnement contre le travail productif (communément qualifié d’illégal par les parasites) ?

    A l’inverse d’une reprise de la croissance, c’est plutôt une récession profonde, malgré les déficits publics en hausse, qu’il convient d’anticiper.

    • Et pendant ce temps, le pseudo-gouvernement grec (qui usurpe son pouvoir contre l’avis exprimé sans ambiguïté par plus de 70% de la population grecque contre lui) continue à se moquer ouvertement du visage de ses « partenaires » européens.

      En effet, aux dernières nouvelles, la lettre adressée par ce gouvernement à ses partenaires en début de semaine, qui avait provoqué un vif et sonore « nein », sans compter la ferme opposition de nombreux pays européens en phase avec les Allemands, serait un « mauvais exemplaire ». Eh oui, c’est fantastique : ils prétendent diriger leur pays et ils se trompent de lettre ! Après des excuses aussi ridicules, comment avoir encore la moindre confiance en eux ? Comment continuer à les considérer comme des partenaires ? Comment espérer bâtir un avenir commun quand on fait face à une bande de truands ?

      Il convient d’être attentif à ce qui va émerger des réunions en cours car elles seront déterminantes pour l’avenir de la zone. En effet, à force de faire avaler des couleuvres aux pays bien gérés (un QE parfaitement inutile qui pervertit la monnaie, la Grèce en plein délire, la France et l’Italie qui font semblant de se réformer…), ce n’est pas la sortie de la Grèce qu’il faut craindre mais plutôt que les pays vertueux renoncent au cadre européen en pleine déliquescence, fuyant la gabegie pour limiter la casse.

      Si la Grèce est encore dans l’Union au cours des prochaines semaines, on doit désormais se demander si l’Union y survivra longtemps.

      • Je suis de votre avis: ce qui menace l’Europe c’est que les bons « larguent » les mauvais, lesquels sont d’autant plus vindicatifs qu’ils sont mauvais. Quant à la France, ce ne sont pas les perspectives Le Pen, Sarkozy II ou n’importe quel s(oci)alaud en 2017 qui vont rassurer les pays qui eux ont fait les efforts nécessaires.

    • – euro : hausse des coûts à l’importation tandis que les revenus baissent

      Tout à fait. Il faudra plus de capitaux pour financer des investissements performants fournis par des producteurs de la zone $ ou autres monnaies sérieuses. Certaines entreprises renonceront. D’autres retarderont. D’où la perte de compétitivité par manque d’investissements.

  • Parce qu’il y aurait une reprise économique !!!!
    Dont acte.

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