2015, une année climatique

climat sceptique

Comment trancher entre l’idéologie «climatiste» et la climatologie comme science balbutiante ?

Par Guy Sorman

climat sceptique

« Le climat cause nationale », voilà l’ambition du gouvernement français pour l’année 2015 qui culminera en décembre : à Paris, une conférence internationale devrait adopter un nouveau Traité pour contenir le « changement » climatique. Le déclin de l’économie européenne, le chômage de masse, le yo-yo de l’Euro, l’immigration sans règles, le Proche-Orient en feu, l’intégrisme islamique, l’échec du Printemps arabe, les ambitions chinoises : tout cela qui relèverait bien d’une concertation internationale et sur quoi les gouvernements devraient un peu agir, sera relégué dans la grande corbeille des affaires qui peuvent attendre. Le climat d’abord.

Mais si on y réfléchit un instant, par-delà même ce sens des priorités à l’envers, des expressions comme « le climat cause nationale » ou « sauver le climat » ne veulent rigoureusement rien dire : il devient chaque jour plus aléatoire de distinguer entre les slogans, la connaissance et l’action.

On notera qu’il n’est plus question de « réchauffement » de la planète, mais de « changement » climatique, sans doute parce que notre expérience vécue ne coïncide pas avec le réchauffement. Changement est plus commode, puisqu’il englobe tout : il n’est plus un tsunami, un hiver rude ou été torride qui ne relèvent du changement. De l’hypothèse initiale, celle du réchauffement dû aux gaz à effet de serre, proposée par la NASA aux États-Unis au début des années 1980, la classe politico-médiatique est passée progressivement de la science à l’idéologie, de l’hypothèse, car c’est une hypothèse, à une posture alarmiste, millénariste, que l’on appellera le « climatisme ».

Dans cette surenchère où tout ours polaire, chaque pingouin est pris en otage pour la cause, il devient quasiment impossible de distinguer ce que l’on sait réellement, de ce que l’on peut mesurer, constater, envisager, prévoir, de ce qui relève de la prophétie, de la posture et de l’imposture. Essayons-nous tout de même à cette distinction, sachant au préalable, sans illusion, que toute tentative d’y voir clair sera qualifiée de « négationnisme » de la part des climatistes les plus vociférants. Des climatistes, qui par leur excès même, renforcent le clan des climatosceptiques qui devinent derrière cette « cause nationale » une tentative désespérée des politiciens pour masquer leur échec sur tous les autres fronts.

Certitudes et incertitudes sur le climat

Dans le bon ordre donc, il semble à peu près certain que la température moyenne de la planète augmente, lentement. Ce qui n’est pas nouveau dans l’histoire longue du climat. Les historiens décrivent volontiers le XVIIe siècle comme une petite ère glaciaire, suivie au XVIIIe siècle par un réchauffement qui améliora les récoltes de céréales en Europe et en Asie. On ne sait rien sur ces changements climatiques là, provoqués sans doute par des oscillations infimes de l’axe de rotation de la planète ou par des événements solaires.

Pour certains climatologues, la climatologie étant une science récente et incertaine, le réchauffement actuel aurait commencé au milieu du XIXe siècle ; pour d’autres, il daterait des années 1960. Le débat est ouvert, car les instruments de mesure dont on dispose aujourd’hui, par satellites, n’existaient pas il y a cinquante ans. Les lieux de mesure ne sont pas identiques : il fait aujourd’hui plus chaud dans les villes qu’il y a un demi-siècle, ne serait-ce qu’en raison des revêtements routiers. Or, la date de départ du réchauffement est décisive pour qu’on puisse le lier à une cause externe, telle l’émission de gaz à effet de serre comme le dioxyde de carbone (centrales à charbon surtout) et le méthane (rizières, bétail).

La NASA, l’Agence américaine de l’Espace, puis l’IPCC1 (ou GIEC en français) sont parvenus à démontrer qu’il existe un parallélisme entre le réchauffement envisagé et l’émission de gaz à effet de serre. Mais la coexistence des deux ne prouve pas le lien de cause à effet : peut-être d’autres facteurs sont-ils causes du réchauffement mais nous échappent parce qu’on ne sait pas les mesurer.

Par ailleurs, l’IPCC ne fonde pas ses prévisions sur des températures constatées mais sur des simulations hypothétiques à long terme. Cette méthode théorique ne saurait satisfaire ni les politiciens, ni les médias, ni les idéologues : eux ont besoin de preuves immédiates pour mobiliser les foules ou les effrayer. Quand un tsunami ravage l’Inde ou la Thaïlande, les climatistes l’attribuent au changement climatique, ce qui est une imposture : le nombre des victimes ne croît pas en raison de la température, mais parce que l’augmentation de la population et les prix des terrains constructibles ont conduit les plus pauvres à s’installer sur des terres qui furent toujours inondables. Pareillement, lorsque certains glaciers reculent, (tous ne reculent pas), et que des ours blancs font retraite (en réalité, leur nombre total augmente parce qu’on ne les chasse plus), les climatistes y voient la preuve du réchauffement : l’IPCC, plus prudent, attribue ces phénomènes à des épisodes locaux de sécheresse et rappelle (ce que les climatistes ne veulent pas entendre) que les prévisions des climatologues valent pour 2100, pas pour la semaine en cours.

Climatisme et climatologie

Le climatisme, en ne distinguant plus entre la connaissance et l’idéologie, nuit à la cause qu’il prétend défendre : ses excès suscitent un front de refus chez ceux qui ne voient dans le changement climatique qu’une mascarade pseudo-scientifique et, en vérité, une manœuvre purement politique contre l’industrialisation de la planète et contre le capitalisme. Lorsqu’une pasionaria de l’anti-capitalisme, la Canadienne Naomi Klein, publie un ouvrage intitulé Le capitalisme contre le climat, où elle exalte un retour à la vie simple des Indiens Cheyenne et la croissance zéro, elle ne peut que renforcer la suspicion des peuples pauvres comme celle des partisans du progrès économique.

Les Chinois ou les Indiens sont en majorité persuadés – une théorie du complot inversé – que le climatisme est une idéologie occidentale pour bloquer leur développement qui, en grande partie, reste fondé sur le charbon. À la conférence de Paris de décembre 2015, les dirigeants de ces deux pays, mais aussi de tous les autres pays pauvres, signeront probablement un vague Traité sur la diminution des émissions de gaz à effet de serre, par courtoisie envers leurs hôtes français. Puis ils n’en tiendront aucun compte. Le gouvernement américain s’engagera aussi, mais le Traité ne sera jamais ratifié par le Sénat américain, républicain, pour qui le climatisme est un recyclage des idéologies anticapitalistes. Le gouvernement français signera, lui, avec enthousiasme parce que pays d’accueil, en quête désespérée de n’importe quel succès diplomatique, et parce qu’un traité limitant la production d’énergie par le gaz et le charbon, profitera au puissant lobby nucléaire français.

Comment trancher entre l’idéologie climatiste, la climatologie comme science balbutiante, les peurs fondées et les peurs infondées ? Sommes-nous réellement à l’aube d’une catastrophe climatique et si oui, quelle en est la cause véritable ? Peut-on vraiment agir sur cette cause en supposant qu’on la connaisse et qu’on la maîtrise ? Ou devrait-on s’en référer au poète François Villon, constatant, en 1461, que les hivers ne sont plus ce qu’ils étaient et écrivait «mais où sont les neiges d’antan… ?»

La position la plus raisonnable sur le sujet me semble celle de l’économiste français Roger Guesnerie. Considérant que l’on ne sait pas grand-chose sur le changement climatique, sur ses causes réelles, sur ses inconvénients (voire ses avantages) supposés, sur sa chronologie ni sur le rôle effectif du dioxyde de carbone, il suggère – par précaution – d’instaurer une taxe mondiale sur le carbone qui inciterait progressivement à diversifier les sources de l’énergie indispensable au développement économique : si cette taxe est modeste, elle sera acceptable et applicable par tous. Le seul inconvénient de cette proposition est d’être rationnelle, non idéologique, quasiment consensuelle, donc inacceptable par les climatistes comme par les anticlimatistes.

L’ironie ultime de cette controverse climatiste, c’est qu’en 2100, nous serons peu nombreux parmi les combattants et commentateurs présents, pour vérifier l’exactitude des pronostics, en admettant même que l’on sache jamais pourquoi ce satané climat change tous les jours.

On envisagera plutôt que tous aujourd’hui se trompent : au rythme de l’innovation scientifique et technique, rien ne promet que l’économie et les sources d’énergie seront identiques à celles d’aujourd’hui. Telles sont les grandeurs et faiblesses du prophétisme : l’avenir nous échappe, mais nous ne le saurons jamais.


Sur le web.

Lire aussi, du même auteur : La religion climatique

  1. International Panel on Climate Change : l’IPCC est une organisation politique autant que scientifique, dont les membres sont nommés par les gouvernements membres de l’ONU. Le directeur de l’IPCC, Rajendra Pachauri, ingénieur des chemins de fer, indien, admet qu’aucun climatosceptique n’est nommé à l’IPCC, une assemblée de « croyants ».