Apartheid en France ? Quand « Libé » exagère

De quel apartheid Libération parle-t-il ?

Par Le Parisien Libéral.

Journal Libération credits Luc Legay
Journal Libération – credits Luc Legay (CC BY-SA 2.0)

 

Non, vous ne rêvez pas ! Libération a osé mettre, il y a quelques jours, en Une, la question suivante : « Comment abolir l’apartheid en France » ? Il y a de quoi rire, vraiment !

D’abord, de quel apartheid (!) Libération parle t-il ? Du système politique dit de « développement séparé » affectant des populations selon des critères raciaux ou ethniques dans des zones géographiques ?

De deux choses l’une. Soit les mots ont encore un sens, et dans ce cas il y a vraiment de quoi se dire que Nelson Mandela doit se retourner dans sa tombe. Ou alors, Libération a raison, la France subit un régime d’apartheid, et alors les victimes devraient immédiatement porter plainte contre le Parti Socialiste et l’UMP qui ont géré la France depuis 30 ans.

Que la France ne soit pas tout à fait le pays de l’égalité qu’elle prétend être, il était en effet temps que les socialistes s’en rendent compte. Mais comment Libération peut-il oser faire cette Une ? Sans rentrer dans les théories du complot, force est de constater qu’après la scandaleuse inclusion de Contribuables Associés dans la liste de sites « conspirationnistes » de L’Express, juste après que Najat Vallaud-Belkacem ait décrété la lutte contre les conspirationnistes priorité nationale, Libération relaie un autre mot d’ordre du gouvernement.

Pourquoi est-ce drôle ? Parce que, si on reprend la typologie de Manuel Valls, il existe donc des apartheid sociaux, ethniques mais aussi territoriaux. C’est là où c’est risible : Libération ne pourrait-il pas être le symbole de ces fractures territoriales ? Rappelez-vous, ces journalistes qui refusent de partir du nord du Marais et de déménager juste de l’autre coté du périph’ ?

En réalité, sur le sujet des fractures françaises comme sur d’autres, il conviendrait de partir du réel et d’accepter la situation telle qu’elle est, sans pour autant employer des mots outranciers. Oui, la France est fracturée, mais pour autant, non, personne ne veut de la mixité sociale.

Une fois dit cela, accepte-t-on pour autant une société de castes ? Car en réalité, le problème, ce n’est pas qu’il y ait des ghettos urbains (de riches comme de pauvres) et des campagnes oubliées, le problème c’est que les situations semblent figées. Or, on sait très bien d’où proviennent ces blocages : ils sont directement liés à une triple mystique qui caractérise notre pays :

  • L’État, ultra-jacobin, sait ce qui est bon pour les gens, de préférence avec leur argent ;
  • Le programme du Conseil National de la Résistance et les institutions qui en découlent, il ne faut pas y toucher ;
  • Les choix qui favorisent les baby boomers ne doivent pas faire l’objet de débats.

Qu’il ait fallu reloger en urgence, entre 1945 et 1965, beaucoup de gens, certes, mais depuis, peut-on empêcher les classes moyennes de fuir les banlieues les plus populaires ? Est-ce que la classe politique qui, elle, donne des leçons de mixité y irait ?

Si déjà, on stoppait les énormes dépenses liées à la politique de la ville, pour avoir une politique des personnes, et de préférence non médiée par l’État, un grand pas serait franchi.
Mais imagine-t-on l’État reconnaître l’échec de la politique de la ville ?


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