Financement des PME : et pourquoi pas la bourse ?

entreprise cadres manager CC pixabay

Comment faire de la bourse une source de financement réellement accessible aux PME.

Par Alain Goetzmann

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Tout bouge, tout change : investissement d’amorçage, Crowdfunding, prêts participatifs, prêts d’accompagnement de la croissance. Seule une Bourse des PME reste à inventer.

Après de longues années de sevrage pour les start-ups, l’investissement d’amorçage est de retour, grâce au Crowdfunding et aux différents produits proposés ou abondés par BPI France. La transition est désormais assurée entre les prêts d’honneur des réseaux de chefs d’entreprises, comme Réseau Entreprendre, et les premières levées de fonds d’amorçage.

N’est-il pas temps, maintenant, de se pencher attentivement sur les PME, les vraies, celles qui, selon la définition européenne, sont en dessous de 50 millions d’euros de chiffre d’affaires, 43 millions d’euros de total de bilan et 250 salariés ? Les grosses PME et les ETI ont été gâtées en 2014 : les fonds levés au sein des PEA-PME leur ont quasi exclusivement été dédiés et la désintermédiation croissante de la dette leur a permis de muscler leur haut de bilan.

Il n’est pas anecdotique de relever que les entreprises de 50 à 500 salariés sont, en France, 12 fois plus nombreuses que celles qui emploient plus de 500 salariés (30 000 contre 2 500). Or, c’est dans leurs rangs que se trouvent les « success stories » de demain. Si la volonté des pouvoirs publics et des grands agents économiques est vraiment de trouver de la croissance et de l’emploi, c’est à elles qu’il faut s’adresser.

Coincée entre des banquiers méfiants et des investisseurs souvent indifférents dès que les taux de croissance prévisibles ne sont pas exponentiels, leur source principale de financement ne peut venir que d’un accroissement endogène de leurs fonds propres, par capitalisation des bénéfices nets. Autant dire que leur croissance sera, pour le moins, contrainte.

Seule aujourd’hui, BPI France se montre dynamique vis-à-vis des PME, tant pour y investir que pour déverrouiller le carcan du crédit, directement ou par le biais de garanties données aux banques. Mais son dogme d’un euro d’endettement pour un euro de fonds propres, bien que conforme aux stricts critères de l’analyse financière, reste une contrainte insurmontable pour un certain nombre de PME dont les perspectives de croissance sont réelles, mais mesurées. Elles ne savent pas vers qui se tourner, le private equity étant devenu de plus en plus sélectif pour les « brick and mortar ».

Dans ce contexte, une vraie bourse des PME pourrait jouer son rôle, comme source de financement alternatif. Mais l’organisation actuelle des marchés financiers, en France, n’est pas adaptée à ces besoins, ni sur le plan technique ni sur celui de la liquidité.

Pourtant, Euronext organise, à Paris, le Marché Libre et Alternext, marchés non réglementés répondant parfaitement aux besoins des PME. Il ne leur manque que l’essentiel : des investisseurs.

Si le Marché Libre traîne encore une réputation sulfureuse due au taux élevé de défaillances de ses émetteurs et aux méthodes quelque peu « borderline » de certains intermédiaires, Alternext n’a pas ce handicap. Pourtant la liquidité y fait également défaut. La raison en est simple : tous les fonds viennent sur Alternext quand le contexte est favorable, et désertent dès que les marchés se retournent. Les fonds de valeurs cotées, même labellisés « Small Caps » se transforment instantanément en fonds « Mid Caps » ou « Large Caps » aussitôt que le contexte économique ou financier devient incertain.

Pour pallier ces handicaps, trois mesures pourraient être prises facilement. Elles permettraient de faire enfin de la bourse une source de financement réellement accessible aux PME.

1. Démocratiser les conditions d’entrée en bourse (IPO)

L’enjeu d’une véritable bourse des PME est de pouvoir y accueillir des capitalisations modestes. Pourquoi Euronext, structure aujourd’hui totalement indépendante depuis qu’elle a été séparée du New York Stock Exchange, ne jouerait-elle pas sa partition dans l’amélioration du financement des PME, ce qui par parenthèse pourrait constituer pour elle, un fort relais de croissance au moment où la concurrence impitoyable de Frankfort et de Londres sur les grosses capitalisations ne lui permet pas d’espérer beaucoup de la place financière de Paris qui s’affaiblit, année après année. Ce serait aussi dans la ligne de la doctrine nouvelle de l’AMF qui cherche à reconquérir émetteurs et souscripteurs en assouplissant un certain nombre des règles qui s’imposent à eux.

Il suffirait, afin de favoriser des IPO de capitalisation plus faibles, à partir de 10 millions d’euros, d’abaisser les seuils de placement privé ou de flottant initial à 1 million d’euros. Cette mesure est d’un coût mineur et serait, de surcroît, entièrement supportée par les émetteurs.

2. Mieux flécher l’épargne

En ces temps de disette fiscale, l’État n’a pas un sou, inutile de le rappeler. Mais il continue à favoriser un certain nombre de produits d’investissements, en particulier pour les PME : FIP, FCPI, Holding ISF. Serait-il choquant, l’assurance-vie bénéficiant également d’un traitement fiscal allégé, d’en flécher une quote-part, à définir, sur les PME cotées correspondant aux critères de Bruxelles ? Ce serait la genèse d’un cercle vertueux, car les fonds qui viendraient en abondance sur ces marchés leur donneraient une liquidité qui attirerait alors aussi les grands institutionnels. 

3. Rendre plus transparentes les entreprises visant la bourse

Certains pensent que les coûts et les obligations de la cote constituent des charges difficiles à supporter par les PME. Cette analyse est sommaire. Les coûts, en particulier les frais de présentation et d’intermédiation, seraient probablement réduits sous l’effet de la concurrence et de la croissance du marché.  Quant aux exigences des investisseurs, elles sont plutôt de nature à aider les entreprises dans la qualité de leur gestion.

En effet, si aux objectifs classiques de l’entrepreneur s’ajoute celui d’une amélioration de la valorisation de son entreprise, n’y aurait-il pas là de quoi mobiliser actionnaires et membres du personnel autour d’un projet ambitieux commun ? Voilà qui lui imposerait une discipline accrue dans sa conduite des affaires et dans l’analyse et la remise en cause permanente de la pertinence de sa stratégie.

Nous entrerions dans un écosystème gagnant-gagnant : les entreprises, les investisseurs, Euronext, l’État ; sans accroissement de structures ni alourdissement de déficits fiscaux. Le dynamisme qu’une vraie bourse de PME insufflerait à l’économie ne peut pas être évalué, mais il est probablement colossal.

De surcroît, il lèverait un certain nombre de blocages, dans la relation entre l’entreprise et son environnement local, entre les Français et le risque boursier qu’ils pourraient mieux apprécier à l’aune de leurs PME locales, entre l’entreprise et les membres de son personnel dont une partie de la rémunération pourrait être payée, en utilisant les dispositions de l’épargne salariale, dans la seule monnaie qu’elle bat elle-même : ses propres actions.


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