Sortir de la logique de ghettoïsation : pour la liberté scolaire

Contre la logique jacobine qui échoue à casser les ghettos de pauvreté et d’ignorance, pourquoi ne pas choisir la liberté ?

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Sortir de la logique de ghettoïsation : pour la liberté scolaire

Publié le 5 février 2015
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Par Erwan Le Noan.
Un article de Trop Libre

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Le Premier ministre l’a annoncé : la France va s’engager dans une nouvelle « politique de peuplement » de son territoire afin de favoriser la « mixité sociale ». Ses déclarations reconnaissent implicitement l’échec de décennies de politiques publiques en France : en dépit d’une dépense collective record, notre pays produit de l’échec social à la pelle.

Le constat est connu : des quartiers ont concentré, progressivement, dans un espace restreint, des difficultés cumulatives. Évidemment, de très grandes et belles réussites sont issues de nos « banlieues », mais de rapports de l’Observatoire national des zones urbaines sensibles (Onzus) en travaux sociologiques, le bilan est terrible : chômage (24 % en 2012), échec scolaire (22 % d’élèves en retard en 6e contre 12 % en moyenne nationale), difficultés financières voire pauvreté (36,5 % des habitants des ZUS, contre 12,7 % dans l’ensemble de la population française), absence de diversité immobilière et concentration des logements sociaux. À défaut d’apartheid, la France a au moins créé des espaces enclavés, des ghettos.

Depuis des décennies, notre pays a suivi la voie du « pessimisme administré et centralisateur ». Dans une logique de redistribution déprimée, il s’est employé à mieux répartir les difficultés plutôt qu’à promouvoir les réussites.

Dans l’éducation, cette logique jacobine a souhaité appliquer des plans ­uniformes à tous les élèves, à travers des « rythmes » uniques et une carte ­scolaire imposée. Bénédiction pour les propriétaires du centre de Paris qui ont vu la valeur de leurs biens monter en ­flèche en raison de leur proximité avec les meilleurs établissements scolaires du pays, cette rigidité vaut condamnation dans de nombreuses banlieues ; peu importe la qualité du travail et l’intensité de l’effort fourni par les élèves, c’est un bureau administratif, convaincu d’agir pour leur bien sans les avoir jamais rencontrés, qui choisit leur parcours scolaire à leur place.

rené le honzec liberté scolaire

S’apercevant que le système ne produisait pas des résultats fulgurants (la France ne cesse de décliner dans les classements Pisa par exemple), les gouvernements successifs ont fait le choix d’accélérer dans cette voie sans issue. Les Zones d’éducation prioritaires ont changé de nom et reçu quelques euros de plus. Autant de rustines inutiles sur des politiques structurellement défaillantes. Autant d’argent public jeté dans un tonneau des Danaïdes.

Si Manuel Valls en a le courage, il pourrait se saisir de ses ambitions pour révolutionner ces politiques, en choisissant la voie de la concurrence, résolument méritocratique, profondément dynamique et généreusement optimiste. Une première étape, fort simple, serait d’obliger les écoles à publier les résultats de leurs élèves aux examens nationaux. On comprendrait bien vite pourquoi les parents bobos du centre de Paris ne se précipitent pas pour inscrire leurs enfants en Seine-Saint-Denis.

Si l’audace le pousse, le gouvernement pourrait même envisager d’autoriser tous les parents à choisir l’avenir scolaire de leurs enfants. Aujourd’hui, ce luxe est réservé à ceux qui ont les moyens de payer les meilleures écoles ou qui ­connaissent les astuces administratives. En offrant aux parents le libre choix des écoles, en permettant le développement d’offres alternatives, la gauche démocratiserait enfin la liberté scolaire.

Ces pistes ne sont pas révolutionnaires, elles ont été expérimentées avec succès partout dans le monde sur les dernières décennies : en Suède sociale-démocrate, dans la Chicago démocrate de Rahm Emanuel ou la Floride ­républicaine de Jeb Bush, en Grande-Bretagne conservatrice, ailleurs encore.

Le succès de ces politiques repose sur la décentralisation des politiques publiques : les décisions relatives aux élèves doivent se prendre dans leurs établissements. Notre système institutionnel doit rompre avec des programmes autoritaires, conçus de façon uniforme sur des principes idéologiques, qui font s’affronter dans des luttes titanesques des dogmes déconnectés du quotidien.

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  • Pour la Liberté scolaire et la décommunisation du système par:
    – liberté de créer des écoles réellement privés et indépendantes
    – chèque éducation et liberté du choix de l’établissement
    – liberté des programmes scolaires
    – charter schools
    – arrêt de la délivrance de diplômes sous contrôle politique (certification, aggrégation) mais délivrance de diplômes d’université
    – liberté de recrutement, et liberté par rapport aux conventions collectives

    Le mammouth crèvera tout seul dès lors qu’il sera réellement mis en concurrence.

    • Programme idoine, je ne saurais mieux dire.

      Il est vrai que le système scolaire se réformera davantage avec le corps enseignant actuel que contre lui, comme l’a rappelé Synge.

      Faire connaître aux enseignants de l’ednat tous les avantages « métiers » d’une école libre, pourrait amener spontanément une bonne partie d’entre eux à laisser tomber leur statut de fonctionnaire (qui n’est pas sans inconvénients vu la gestion RH de l’administration ! )

      Ce qui pourrait être proposé aux prochaines législatives c’est la liberté d’expérimenter l’école libre financée par un chèque éducation national, au sein de chaque collectivité locale concernée et volontaire !

    • Vous avez vu comment cet autre mammouth, la sécu, se défend ?
      Qu’il serait si facile d’ouvrir à la concurrence, ne serait-ce qu’en lâchant la grappe aux malheureux assujettis au mal-nommé RSI.

      Le réflexe de notre Valls que le monde nous envie n’est pas de laisser d’autres expérimenter, dans un système de concurrence qui pourrait montrer in fine que son clan peut avoir tort.

      Valls crie, menace, interdit, et il gaze. Point.
      Son affectation de s’intéresser aux 35 heures, feinte et de toutes façons sans résultats, n’en fait pas un turbo-néo-libéral, seule espèce susceptible de s’intéresser à des chèques éducation qui engendrent tant d’inégalités.

      Vive la Socialie Française, Libre, Soviétique et Démocratique !

  • Nouvelle politique de peuplement: je propose que les « zélites » aillent massivement habiter dans les banlieues dont ils parlent tant, qu’ils mettent leurs enfants dans les écoles locales…

  • Vous attendez donc que Valls, le plus etatiste politique actuel, celui qui pense que l’Etat est au dessus de la justice indépendante, celui qui parle de subventions publics a longueur de journée, celui qui ment sans arret en promettant des choses qu’il ne fait pas, oblige les enfants a « etre charlie », oblige les enfants a faire la prière (minute de silence), oblige les enfants a indiférencier les sexes a 5 ans,… vous pensez qu’il va libérer l’école ? Celui-la meme, qui veut mettre de la morale partout dans l’école ? Jamais il ne le fera, libérer l’école consisterait a accepter que d’autres morales puissent etre transmis, et ca le Valls jamais.

    Bon entre nous, il n’y en a aucun qui le fera, je parle de ceux qui sont partis pour etre encore elu en 2017, la Le Pen ne le feras jamais, le Sarko non plus,… ils veulent controler l’opinion, et quelle meilleure endroit pour manipuler les foules qu’à l’école ?

    Je viens sur ContrePoint pour avoir un peu d’air pur, mais je sais que cet air ne viendra jamais, tant que le systeme politique sera comme il est actuellement. C’est a dire qu’on vote pour une seule personne au lieu de voter pour un programme ou un ensemble de personnes, tant qu’il faudra mentir pour reussir, je ne rappel pas les promesses d’Hollande avant l’élection, on voit actuellement le Syrisa qui avait promis a son electorat « la dette supprimée a 50% et le reste on le paiera quand on peut » au final la discussion est tout autre, et bon pour le coup c’est que le debut, les grecs vont payer très cher leur facilité electorale… mais nous allons aussi le payer en 2017 avec cette meme facilité electorale, nous aurons encore un politique qui va promettre n’importe quoi, qui ne le mettra pas en action et qui se contentera de reagir a des buzz journalistiques, et on nous dira « ba oui c’est çà la démocratie, on vote pour une personne et il faut qu’il reste 5 ans, meme si il fait pas ce qu’il a promis et meme pire il fait le contraire »….

    • Valls, comme sarko, veut être le dénominateur commun de la nation.

      J’ai inscris ma fille de 3 ans dans une école privée catho qui a très peu de moyens (locaux et jouets vieillots, peu d’instits) mais j’ai trouvé du coeur et une équipe pédagogique sur-motivée avec des résultats qui se vérifient. Par ailleurs, 25% des écoliers sont musulmans alors qu’à 100m, on y trouve une école publique.
      Petite anecdote, la mairie de la commune ne déneige pas devant l’école privée. » Ne sommes nous tous pas citoyens? » me posa la directrice de l’Ecole…

  • Pour atteindre cet objectif louable, il va falloir sortir le grand jeu. Et pour commencer s’attaquer à une sacrée montagne : les profs. He oui, ce sont eux qui font le taf à la base, dont votre serviteur, et il est illusoire d’espérer réformer le bastringue sans eux (qui ferait la travail, vous ?) et encore moins contre eux. Ce n’est pas pour autant une tâche impossible, tant nombre de mes collègues sont exaspérés que là haut on les écoute pas plus que les autres, quand bien même on essaie de la chouchouter. Efforts qui cachent de plus en plus mal le mépris que tous ces technocrates ont pour nous en vérité.

    Je vous propose une 1ère barrière à démolir. Il y a parmi les profs une croyance très fortement enracinée. Ce dogme c’est la version Educnat de l’égalitarisme. Il FAUT que tous les élèves fassent la même chose, suivent les mêmes programmes, pendant le même nombre d’années et passent les mêmes examens. Sinon, ben c’est pas JUSTE. Exemple bien connu : le collège unique.

    Certes la pratique généralisée du CCF (Contrôle en Cours de Formation) donne un peu de mou. Rappelons que ça consiste à passer l’examen pour l’essentiel en classe, avec son prof habituel, et plus tous ensemble dans le bahut voisin, un beau matin de juin. Ne vous y trompez pas, le véritable objectif du CCF est d’économiser (le BAC coûte une fortune). Pourtant ce « mou » est entravé par les efforts cyclopéens de l’autorité (l’Inspection) pour « harmoniser » les CCF et par la pratique généralisée de l’examen ponctuel dans sa salle de classe habituelle.

    Comme vous voyez, on n’y est pas.

    • @Synge
      Je comprends votre réserve, mais c’est une fausse montagne.
      Il ne faut pas s’attaquer au mammouth, il pourrira tout seul par les pieds.

      Il faut simplement permettre à d’autres établissements de se monter, avec liberté de recrutement et liberté de diplômes, et financement par chèques éducation. En plus, il faut aussi LIBERER les enseignants fonctionnaires et leur permettre de se mettre en disponibilité du secteur public par exemple, ou de le quitter -SANS PERDRE LEUR TITRE D’ETAT ».

      Les parents viendront inscrire leurs enfants très nombreux, vu la chienlit dans le public et les listes d’attentes interminables dans le secteur privé actuellement sous camisole publique.

      Les enseignants du public seront aussi nombreux à venir, tant est grande l’horreur professionnelle et organisationnelle dans laquelle ils sont contraints d’opérer. La seule chose qui les retient aujourd’hui, c’est que le privé est corseté depuis mitterrand et qu’ils ne peuvent de facto pas quitter le public sans perdre jusqu’à leur titre, le détachement étant réservé aux grands chanceux et aux copains.

      Concernant votre point sur le credo de l’égalité des programmes, je partage totalement votre point de vue; c’est un bastion essentiel à faire tomber.

      En revanche, le CCF est une saloperie (IMHO)qui permet de ne plus rien comprendre et soumet l’enseignant aux pressions considérables de l’administration et des parents, avec pour but d’annihiler l’évaluation.

      Nous devrions plutôt nous inspirer du système américain où chaque établissement délivre son diplôme de fin d’études -qui vaut ce que vaut l’établissement-, lequel est complété par des évaluations de niveau national type SAT ou ACT, délivrées par des organismes privés (et donc indépendant de l’état)… cela pourrait faire l’objet d’un article entier sur Contrepoints 🙂

  • bonjour ,sauf qu’il existent des citoyens qui sont contre le repeuplement de leur territoire ,plus encore contre la mixité et qui pour cela ,non seulement envisagent de porter plainte contre l’état qui commettrait pareille ignominie , mais aussi de le combattre par tous les moyens ! Est-ce assez clair comme ça ?

  • Vous prétendez que vos propositions (liberté scolaire) sont un succès notamment en Suède. Or il suffit de regarder les résultats PISA, PIRLS ou TIMSS pour s’apercevoir que depuis ces réformes les résultats ont chuté. Voici un rapport montrant également que cette « libéralisation » a entrapiné une augmentation des inégalités et de la ségrégagtion S. Wiborg, « Swedish Free Schools : Do they work ? », Centre for Learning and Life Chances in Knowledge Economies and Societies- Research Paper, no 18, 2010.

    En France, l’assouplissement de la carte scolaire, a été un échec patent. Loin de favoriser la « déghettoïsation », celle-ci l’a accentué comme l’ont montré d’abord un rapport de deux inspecteurs généraux mais également la cour de comptes. Depuis d’autres études universitaires l’ont confirmé.

    Croire que laisser faire le marché entraînera la fin de la ghettoïsation est une croyance répandue dans certains milieux. Pourtant déjà en 1969, T. Schelling expliquait la ségrégation par un processus de main invisible dans Models of DSegregation (American Review).

    • @gdjs
      Pour la France, l’assouplissement de la carte scolaire ne pouvait que rien changer où changer seulement à la marge les choses, vu que 1/ nous n’avons pas des transports scolaires (bus jaunes) permettant de véritablement brasser les élèves entrés établissements, et en créer relève du parcours du combattant du fait des côuts et de la réglementation en France, 2/il n’y a pas de capacité d’accueil dans les établissements pour des enfants hors carte, donc seuls quelques pistonnés ou élèves exceptionnels pourront en profiter 3/ idem pour le passage au privé puisque le système privé est sous-dimensionné depuis longtemps, et qu’il ne peut pas vraiment grandir du fait du carcan légal, ce qui de facto réduit son accessibilité pour les publics défavorisés et les non-insiders.

      Instaurer une fausse liberté sans choix parce que tout est plein, qu’il faut deux ans d’attente et qu’il n’y a pas de transports possible, c’est une liberté soviétique: on fait la queue trèss longtemps pour quelque chose qui n’est pas disponible, sauf pour la nomenklatura. Pour qu’il y ait concurrence et émulation, il doit y avoir un choix RÉEL.

      • Les transports scolaires sont bien une réalité en France, mais il est certain qu’on ne va pas créer spécialement 10 lignes de bus pour 10 élèves qui vont dans 10 écoles différentes.

        « /il n’y a pas de capacité d’accueil dans les établissements pour des enfants hors carte » C’est bien là le problème donc la liberté scolaire ne servira à rien puisque les établissements sont déjà complets !

        • gdjs: « donc la liberté scolaire ne servira à rien »

          Si ça n’a aucun effet pourquoi l’interdire ?

        • @gdjs
          10 lignes de bus pour 10 élèves etc…. : homme de paille.

          Le transport s’organise par école dans un système avec des écoles en concurrence, avec des minibus qui font des tournées de ramassage porte à porte pour chercher leurs élèves -exemple. Il peut prendre en charge des enfants dès la maternelle. Evidemment, c’est impensable en France… les coûts seraient astronomiques, le cadre réglementaire ne le permettrait pas non plus etc… Nous, on préfère que chaque parent perde son temps le matin à amener chaque gamin à l’école que le parti unique aura désigné… et on est absolument incapable d’imaginer d’autres organisations….

    • gdjs: « a entrapiné une augmentation des inégalités »

      L’EDNAT a le record du système le plus inégalitaire de l’OCDE et la Suède a un record d’immigration. (5 fois le taux de la France en demandes d’asile)

      c’est-la-libéralisation-lol

      gdjs: « En France, l’assouplissement de la carte scolaire, a été un échec patent. Loin de favoriser la « déghettoïsation », celle-ci l’a accentué comme l’ont montré d’abord un rapport de deux inspecteurs généraux »

      Comme mentionné plus haut c’est un « assouplissement » qui ne permet d’aller nul part tant l’offre libre est inexistante. L’augmentation de la ghettoïsation est continue depuis 30 ans, lui mettre sur le dos une mini réforme inapliquable dans une mer de contraintes c’est de la mauvaise foi logique made in socialie.

      Les socialistes sont des spécialistes du genre: 30% d’augmentation de la fiscalité en 15 ans, assouplissement de 5% « regardez, ça ne marche pas » quand ce n’est pas tout simplement du mensonge éhonté. (L’austérité, les « économies » de l’état inexistantes, le « cadeau » aux entreprises qui relève plus de la chappe de plomb que d’une réelle diminution)

      • Système le plus inégalitaire ? D’où sortez-vous cela ?

        Ah le bon vieux argument à la soviétique : « si ça ne marche pas c’est qu’on n’est pas allé assez loin ». Pas très convaincant. On met davantage de liberté scolaire et ça ne fonctionne pas, difficile de croire qu’avec encore plus de « libéralisation »ça marchera… D’autant plus quand les exemples étrangers comme la Suède, ou encore des études comme celles de Schelling montrent le contraire ; mais bon, pour un idéologue, cette réalité n’a que peu d’importance.

    • @gdjs
      Ce rapport est intéressant, merci d’alimenter la discussion ainsi. Mais corrélation n’est pas causalité, et concernant ce document, on est loin du compte:

      1/ c’est une étude bibliographique qui compile et synthétise les résultats d’autres études de manière assez laconique, en vue de peser dans le débat public en Grande Bretagne… pas vraiment un modèle d’impartialité et de réfutabilité puisqu’on n’accède pas aux données sources mais seulement aux résultats très globaux des études présentées. L’ensemble est analysé à travers un prisme collectiviste parfois comique, comme par exemple lorsque le coût moindre des écoles privées est expliqué et minimisé en arguant que le secteur public ne combat pas à armes égales car il ne peut ajuster sa masse salariale ni ses actifs immobiliers 🙂

      2/ l’usage abondant du vocable « neo-liberal » pour désigner la réforme scolaire suédoise, introduisant les chèques éducations et les frees-schools dans un système à l’origine gentiment totalitaire d’où l’état nounou avait complètement éradiqué l’éducation privée est un peu inquiétant… La règle générale est que quand un interlocuteur emploie le vocable « neo-liberal » pour désigner ce qui n’est qu’un commencement de liberté, les indicateurs soient au rouge et le bullshitometer grimpe dans les tours.

      3/ Cela l’est d’autant plus que les free schools ne le sont pas tant que cela puisqu’elles sont très strictement supervisées et contrôlées avec des instruments de contrôle puissants, des programmes nationaux et des inspecteurs (je traduis): « The Swedish Government supports the establishment of independent schools, which must be approved by the Schools Inspectorate and follow the national curricula and syllabuses ». Plus libre que ça, t’es en France.

      Du reste, l’éradication de l’enseignement privé avait été bien faite, puisque malgré un bon décollage, l’auteur oublie de remarquer qu’encore 35% des villes n’en n’ont pas, et que 60% des villes n’en n’ont pas dans le secondaire. Comme par hasard, les free schools sont plutôt dans les quartiers aisés. C’est sûr que dans ces conditions, c’est pas gagné pour améliorer les résultats dans les quartiers. Mais on va quand même considérer que c’est les vilaines écoles néolibérales qui expliquent la chute du niveau.

      5/ l’analyse des résultats laisse assez songeur, et montre aussi bien le biais d’analyse, avec par exemple une focalisation sur ce qui n’est pas démontré par rapport à ce qui est constaté: « They were not able to identify a consistently positive impact of free schools’ share on educational attainment. They found a small positive impact on Swedish and English attainment, but, on the contrary, a negative impact in mathematics. The gains that were estimated for native-born students whose parents are relatively highly educated are fairly small. They conclude that there is no evidence suggesting that students are harmed by competition from free schools, as public schools tend to improve their quality because of it, but competition from free schools is no panacea either. » Etc etc

      4/l’impact de l’immigration sur les résultats est évacuée en moins d’une page, et uniquement sous l’angle de la ségrégation. On y apprend que tout le monde s’accorde à dire qu’elle vient de l’habitat et pas de l’école, mais on se réjouit ensuite de voir qu’un organisme d’état plein de fonctionnaires d’état (Sweedish National Agency for Éducation) a fait beaucoup d’études d’état montrant que « a selective use of school choice has augmented social and ethnic segregation, in particular in relation to schools in deprived areas. »

      5/en revanche pas un mot sérieux sur l’impact de de l’immigration récente et moins récente sur les performances PISA, alors que ce débat est ouvert actuellement à la fois en Suède et en Finlande. Les données PISA montrent en effet que derrière l’évolution du PISA moyen d’une population, les phénomènes de changement de mix (natifs vs immigrés génération 1 puis 2) expliquent une partie importante de l’évolution négative. C’est pas politiquement correct, alors zap. Pourtant, on a tous remarqué ce changement de mix assez récent lorsque la paisible Stockholm s’est mise à cramer il y a peu.

      Je m’arrête là, mais il est symptomatique de chercher à attribuer la cause de la dégradation des performances scolaires à un changement récent et très limité comme celui des free schools pas si libres, alors que ces écoles sont très marginales dans le paysage suédois et plutôt dans les endroits aisés : « In 2010 roughly 10 per cent of school operations were carried out by private players. Twelve per cent of compulsory school students and 24 per cent of upper secondary students attend independent schools. » sachant que le primaire va jusqu’à 15 ou 16 ans…

      Donc les free schools dans un système très collectivisé ne sont peut être pas,e meilleur cas d’école. Leur succès aux US et notamment dans les zones urbaines très pauvres semble plus prometteur.

      Enfin, sur les mécanismes de ségrégation, vous n’avez pas tort, les gens se rassemblent selon leurs préférences. Cela ne veut pas dire que leur quartier doit se transformer en ghetto avec des services public perclus de rhumatismes faute d’avoir été bousculés par la concurrence. Les exemples d’écoles privées lucratives de haute qualité mais à budgets serrés dans des régions pauvres du tiers monde sont nombreux.

      • 1. Cette analyse est ce qu’on appelle une méta-analyse, c’est-à-dire en effet une compilation de différentes études. Il me semble que c’est plutôt un gage de rigueur puisqu’il ne se base pas sur une unique étude. J’ai regardé les données de l’ocde, les dépenses par hab en Suède sont quasiment semblables entre public et privé, resp. 10 634 et 10 028.

        2. Le terme « néolibéral » fait référence à une politique bien précise notamment en matière d’éducation (dérégulation, libéralisation, privatisation), je ne vois pas où est le problème.

        3. Donc finalement l’auteur se trompe puisque finalement le système suédois serait semblable au modèle français….. Ceci dit, cela montre qu’une libéralisation quoique insuffisante selon vous, conduit bien à une baisse des résultats…. Je ne connais pas grand pays où les écoles sont totalement indépendantes quant à leur contenu curriculaire.

        4. Concernant les résultats, vous pouvez voir l’évolution des résultats aux enquêtes PISA, TIMSS ou PIRLS.

        5. Je ne nie pas que l’immigration puisse avoir un impact, mais ce n’est pas propre à la Suède. Je vous rappelle le sujet de mon commentaire, le fait que l’auteur de l’article vante la liberté scolaire en s’appuyant sur l’exemple de la Suède. Visiblement ce n’est pas aussi évident.

        6. Enfin comparer les écoles privées existantes dans des pays en voie de développement est assez grotesque étant donné que l’Etat dans ces pays est justement inexistant. La pire des écoles dans un pays développé serait toujours mieux qu’une école publique dans ces pays, pas difficile de faire mieux ! Comparons ce qui est comparable, svp.

        • gdjs: « Je ne nie pas que l’immigration puisse avoir un impact, mais ce n’est pas propre à la Suède »

          Oh que si vous niez totalement son impact en prétendant que c’ets le même facteur partout alors qu’il est 5 fois plus élevé en Suède qu’en France.

        • @gdjs

          1/ Méta-analyse si vous voulez, ce papier est de la poudre aux yeux, et une compil non critique n’est pas un travail de recherche digne de ce nom. Pour l’essentiel, c’est un papier descriptif réécrivant une saga historique de l’éducation en Suède suivi par un état des lieux des free-schools dans le pays. A la toute fin, pour ce qui est de l’analyse des impacts (performances scolaires, ségrégation etc), le seul travail réalisé est bibliographique et l’auteur se borne à citer les résultats d’autres chercheurs sans se donner la moindre peine d’en faire la plus petite analyse critique pour en comprendre les limites. On croit rêver. Encore une fois, zero données, zéro critique… Tout blabla.

          2/ le terme néo-libéral est un concept fourre-tout parfaitement anti-scientifique et ne respectant en rien les philosophies politiques du libéralisme. Il est un mot à tout faire plaqué par les étatistes et collectivistes de tous crins sur leurs adversaires, et n’est jamais employé par les libéraux. Qu’est-ce qui pourrait bien être neo-libéral en Suède, avec les petits inspecteurs de l’état qui viennent vérifier que les écoles sont bien au garde-à-vous, et les suédois qui sont immergés dans un paradigme collectiviste qu’ils ne voient même plus.

          3/ et 4/ Vous êtes un petit malin en fait, il a fallu que je m’y reprenne ce soir pour débusquer le joli sophisme dans votre raisonnement… Vous associez libéralisme et baisse de résultat, en mélangeant vos propos avec les résultats des études Wiborg et PISA. Vous touillez bien : « il suffit de regarder les résultats PISA, PIRLS ou TIMSS pour s’apercevoir que depuis ces réformes les résultats ont chuté. Voici un rapport montrant également que cette « libéralisation » a entrapiné une augmentation des inégalités et de la ségrégation S. Wiborg, « Swedish Free Schools : Do they work ? » puis dans votre dernier post: « cela montre qu’une libéralisation quoique insuffisante selon vous, conduit bien à une baisse des résultats (…) Concernant les résultats, vous pouvez voir l’évolution des résultats aux enquêtes PISA, TIMSS ou PIRLS. »

          Le problème dans tout cela, c’est que VOUS amalgamez l’étude cosmétique de Mme Wiborg avec les résultats déclinant au PISA, et vous en concluez que c’est la néo-libéralisation de l’école suédoise qui explique la baisse des résultats.
          Mais c’est VOUS qui faites ce lien, et pas les auteurs. Dans son long papier descriptif, Mme Wiborg ne dresse AUCUN lien entre chute des perf PISA et free-schools ; et on sait bien pourquoi, c’est l’objet d’un gros débat en Suède épicé par des questions sur l’immigration massive de ces dernières années ainsi que sur l’adoption de méthodes pédagogiques modernes et sur le laxisme ambiant ; l’auteur se contente de souligner que les études qu’elle cite ne montrent pas d’effet bénéfique notable sur les cohortes…. ce qui est très différent que d’en conclure comme vous le faites qu’elles ont un effet négatif marqué.

          En outre, le parti pris de Mme Wiborg consiste à analyser l’impact de l’introduction des free-schools dans le système scolaire suédois EN TOTALITE. Autrement dit, elle se demande si l’introduction de 10% de free-schools dans le primaire réussi à tirer la réussite de TOUS LES ELEVES (yc ceux du public) vers le haut. Elle ne cherche pas à savoir si ceux qui s’orientent vers les free-schools vont mieux réussir, en mesurant par exemple un différentiel entre niveau d’entrée et niveau de sortie afin de s’affranchir des effets liés au profil des élèves qui vont en free-schools, non, elle a la prétention de donner pour objectif ou exigence aux free-schools de tirer TOUT le système vers le haut malgré leur nombre absolument dérisoire, surtout pour les moins de 10 ans (mat et primaire au sens français).

          Donc en résumé, Mme Wiborg coupe les cheveux en quatre pour savoir si l’introduction de free-schools dans le beau système totalement socialiste suédois bénéficie aussi aux écoles d’état qui adoptent, de moins en moins exigeantes et sérieuses ? Pourquoi ne pas appliquer ce standard d’analyse aux écoles d’état et leur demander de générer de l’amélioration pour tous par leur seul effort ? C’est vraiment une vaste blague à double standard, enveloppé dans du papier de pseudo chercheur en sciences humaines et pédagogisme payé sur fonds publics.

          Bien tenté votre truc.

          6/ c’est vous qui comparez pour faire un homme de paille. Je me borne à dire que l’enseignement privé sait être frugal et de bonne ou très bonne qualité quand il le faut, par ex dans des environnements très défavorisés comme des ghettos. Et merci de ne pas mépriser l’enseignement dans les PVD, vous pourriez vous prendre une grosse claque dans la gueule si vous comparez avec ce qui se passe dans les classes du 9-3 ou 9-5 un peu chaudes.

        • @gdjs

          Un peu de contradiction: voilà un article qui débat réellement sur l’origine de la chute du niveau PISA, et la pertinence du lien avec la libéralisation de l’école. http://www.nationalreview.com/agenda/383304/sweden-has-education-crisis-it-wasnt-caused-school-choice-tino-sanandaji. Ecrit par  » Tino Sanandaji, a National Review contributor, has a Ph.D. from the University of Chicago and is currently a research fellow at the Research Institute of Industrial Economics in Stockholm ». Lui au moins, il est à Stockholm, et pas au UK.

          Il y est dit en particulier (attention, c’est pas du tout politiquement correct)  » At the same time, the teaching profession in Sweden has further lost ground in terms of earnings and prestige. According to the OECD, Swedish teacher have a “relatively low salary” level; in top-performing Finland, teachers are well paid, and teaching remains a high-status field attracting top applicants.

          But in my view, the main culprit was the experiment with radically new pedagogical methods. The Swedish school system used to rely on traditional teaching methods. In recent decades, modern “individualist” or “progressive” pedagogic ideas took hold. The idea is that pupils should not be forced to learn using external incentives such as grades, and children should take responsibility for their own learning, driven by internal motivation. Rote memorization and repetition are viewed as old-fashioned relics. Teacher-led lectures have increasingly been replaced by group work and “research projects.”

          Grades have been abolished below the sixth grade, and homework heavily reduced. According to TIMMS (a test similar to PISA), the average hours Swedish students spend doing mathematics homework declined from 2.1 hours per week in 1982 to 1.1 hours in the late 2000s. Despite criticism from teachers, the Swedish school board has ruled that pupils are allowed to have mobile phones and wear caps in class.

          The Rousseauian experiment in pedagogic method has caused a collapse in discipline and non-cognitive skills in general. The PISA report shows that Sweden has become an outlier in terms of expressions of non-cognitive skills: “Sweden has the highest proportion of students who arrive late for school among OECD countries,” the report notes. And classroom discipline has declined along with teacher authority: “The disciplinary climate in Swedish classrooms is generally more negative than on average across OECD countries,” PISA writes. »

          Et sur la pseudo libéralisation, le jugement est également particulièrement dur: « we’re not discussing a true market system, but a public-private hybrid. The private Swedish schools are not really allowed to innovate where it matters, with their pedagogic methods. THE CURRICULUM AND RULES IN THE CLASSROOM ARE DETERMINED BY THE STATE, WHICH ALSO TRAINS TEACHERS IN THE SO CALLED *MODERN* ËDAGOGIC THEORIES. « Swedish schools have comparatively low levels of autonomy over curricula and assessments,” PISA notes.

          In practice, what private Swedish schools have control over is management and cost control, and this is where they have directed their efforts. But since the public Swedish schools were pretty well managed to start with, productivity gains from privatization were limited.

          Around 1990, Swedish schools were among the best in the industrialized world. Today they are among the worst. I would gladly trade privatization for returning to time-tested old-fashioned teaching methods. The optimal solution would, however, be to actually experiment with Milton Friedman’s ideas at a more than superficial level: Let parents who believe in Rousseauian pedagogic theories send their children to such schools. I and those like me should not be forced to expose our children to these nonsensical fads. Let schools compete in designing the curriculum and teaching methods, at least in a limited way. Product innovation is how free market produce real gains, not by optimizing the janitorial schedule by a few percentage points.  »

          / désolé pour l’anglais, mais il faut aller à la source /

  • Parler de ghettos est d’un emploi malheureux car personne n’a obligé qui que ce soit à aller habiter dans ces banlieues sordides. De plus, il n’y a pas que des pauvres dans les HLM, loin de là.

  • A partir de 15 ans les étudiants devraient pouvoir partir en apprentissage comme en Suisse.

    • bonsoir Bernard, c’est tout à fait le genre d’apprentis qu’il convient d’introduire dans son entreprise pour y F …..la Zizanie !

      • Ils sont bien mieux à l’EDNAT ou ils pourront saboter tous le savoir de générations d’étudiants doués ?

        Certains ne sont pas du tout fait pour les études. Le travail c’est autre chose que l’EDNAT, un petit caïd de 15 ans ne semera pas grand chose et dans la grande majorité des cas il prend du plaisir, aura une réelle récompense (pour une fois) et aura beaucoup de fierté. Par contre un branleur de 18 ans, déjà bien formé au laxisme et à l’echec qui arrive dans le monde du travail c’est une autre pair de manche.

    • 12 ans serait d’vantage approprié…

  • « Nouvelle politique de peuplement », « redressement productif » le langage même est de plus en plus représentatif de la situation.

  • La solution est la liberté pour les parents, mais aussi pour les écoles.
    Mais cela détruirait le principal pouvoir du socialisme, ce qui n’est possible que dans le sang.
    La démocratie directe est le seul espoir.

  • Le belge que je suis peut le confirmer: intervention sur intervention pour réformer le « décret mixité », jusqu’à imposer un tirage au sort pour les écoles trop demandées, provoquer des files de deux jours il y a quelques années (les plus riches payent des étudiants, cela va de soi) et une centaine d’élèves sans école à la rentrée…

    Mais depuis tout va mieux, je vous l’assure.

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