Manuel Valls : adieu loser

Pour ses ennemis, Valls demeure le prototype du politicien insubmersible dont les convictions à géométrie variable ont permis de survivre à la déliquescence d’un PS en fin de course.

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manuel-valls By: Anton Nossik - CC BY 2.0

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Manuel Valls : adieu loser

Publié le 7 juin 2022
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Candidat sous la casaque présidentielle, Manuel Valls a été éliminé dès le premier tour de la 5e circonscription des Français de l’étranger regroupant Monaco, Andorre, l’Espagne, et le Portugal. La claque l’a laissé sans voix : il a même décidé de fermer son compte Twitter.

La défaite de l’ancien Premier ministre de François Hollande met un point final à la carrière politique du rival historique d’Emmanuel Macron devenu in extremis son soutien inconditionnel. Du social-libéralisme à la Macronie en passant par le centre-droit espagnol, associée aux convulsions de « l’ancien monde », le destin de Manuel Valls reste associé à l’effacement du duopole PS-LR qui a dominé la vie politique française jusqu’à l’élection présidentielle de 2017.

Décrié pour son arrivisme et ses convictions à géométrie variable, Manuel Valls avait réussi à se faire appointer par la majorité présidentielle grâce à son entregent personnel auprès du président de la République. Résultat : la NUPES mélenchoniste est arrivée en tête (27, 24 %) dans sa circonscription, suivie de Stéphane Vojetta (25, 39 %), ex LREM qui a fait bande à part contre le parachutage du candidat Valls par l’Elysée, lui-même arrivé en troisième position (15, 85%). Il a suffi à l’extrême gauche de pointer l’arrivisme de l’ex-ministre pour triompher. Ses laudateurs devraient s’interroger.

 

Le pur produit du PS

Manuel Valls est un pur produit du parti socialiste, lui-même machine à fabriquer des politiciens professionnels. Rocardien à 17 ans, il s’engage au Mouvement des jeunes socialistes et suit la voie royale des apparatchiks du parti. Unef-id, attaché parlementaire, ex-Mnef, il finit par s’implanter localement dans l’Essonne en tant que maire d’Evry en 2001 et député de la première circonscription en 2002. Sans expérience professionnelle véritable en dehors du landernau politicien, et comme des milliers d’autres, Valls est un produit fabriqué par et pour un mouvement socialiste alors rampe de lancement électoral sans rival à gauche.

 

Sécuritaire puis « libéral »

Soutien inconditionnel de François Hollande dès 2003, son premier revirement lui vaudra sa promotion comme Premier ministre sous la présidence de François Hollande. Jusqu’alors élu dans l’Essonne, Valls devient ministre de l’Intérieur sous François Hollande après avoir été dragué par Nicolas Sarkozy, auréolé de son image sécuritaire de « républicain de gauche ». Son bilan comme élu local le situe à la « droite » du parti, tant ses prises de position sur l’armement de la police municipale ou la vidéosurveillance ont bousculé ses camarades socialistes d’alors.

Seulement, une fois en place, il revient à un positionnement plus en adéquation avec ses origines « deuxième gauche ». Manuel Valls veut incarner la gauche libérale, ou « gauche feuillante », pour reprendre l’expression de Jean-Marc Daniel1. Dans le lexique socialisant de la gauche, « libéral » signifie ici surtout « non marxiste » et keynésien, c’est-à-dire acceptant l’existence d’une économie de marché comme nécessaire à la survie du parasitisme de l’État providence.

Nommé Premier ministre, Manuel Valls se fait doubler idéologiquement parlant par un nouveau venu en politique l’énarque adoubé par Alain Minc et Jacques Attali, Emmanuel Macron.

 

Rival malheureux de Macron

« Il m’a fait les poches mais c’est comme ça » se souvient Manuel Valls quand on l’interroge sur le sujet2. En proposant un projet plutôt qu’un programme Macron refuse les codes de la vieille gauche PS, et ringardise du même coup Valls3. S’installe une guerre de positions entre les deux hommes qui se termine par la trahison de Macron envers Hollande – et un PS passé sous la coupe des frondeurs de Benoît Hamon – pour l’élection de 2017, qu’il gagne face à LR et au PS.

Manuel Valls reste dans un premier temps fidèle à Hollande, mais finit par appeler à voter pour Macron, contrairement à ses engagements plus anciens, par détestation de tout ce que Benoît Hamon représente à ses yeux. Réélu député de justesse sans le soutien du PS ni de LREM, il finit par intégrer la formation macroniste avec l’onction de Richard Ferrand. Commence alors une nouvelle étape de la carrière de l’ancien ministre, placé sur le signe de la survie politique « quoi qu’il en coûte ».

 

L’aventure espagnole

Alors qu’il est encore élu député de l’Essonne, Valls décide de se réinventer homme politique en Catalogne. Il se lance dès 2018 dans la campagne municipale pour la mairie de Barcelone, opérant un nouveau revirement en rupture avec ses anciennes amitiés socialistes.

Accusé en France d’occuper une place à l’Assemblée nationale tout en préparant sa campagne en Espagne, il est accusé en Espagne d’être l’homme lige d’un groupe d’entrepreneurs du cru avec qui il a réussi à négocier un salaire de 20 000 euros par mois.

Positionné au centre-droit, dragué par les partis anti-indépendantistes, il crée sa propre liste (Barcelona pel Canvi-Ciutadans) en 2019. Elle finira en quatrième position aux municipales, achevant sa courte carrière catalane et préparant son retour en France. Avec la réélection d’Emmanuel Macron en 2022, il pense pouvoir refaire le coup de 2017 et se réinventer une nouvelle fois en député de la majorité. Ce sera la fois de trop.

Pour ses ennemis, Valls demeure le prototype du politicien insubmersible dont les convictions à géométrie variable ont permis de survivre à la déliquescence d’un PS en fin de course. Pour ses amis, il restera dans les annales comme un républicain au « discours vrai » sur l’insécurité, le terrorisme mais aussi sur sa volonté de « réconcilier la gauche avec l’économie de marché », pour emprunter à l’éditorialiste macroniste Raphael Enthoven.

  1. Jean-Marc Daniel, Macron, la valse folle de Jupiter, L’Archipel, 2018.
  2. Gérard Davet, Fabrice Lhomme, Le traître et le néant, Pluriel, 2022.
  3. Macron, la valse folle de Jupiter, op. cit.
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  • Valls l’infâme a perdu. Valls l’acharné n’a pas eu sa carotte. On aurait pu écrire sur Valls et les femmes. Mais on retiendra que malgré ses retours, il ne sera jamais calife à la place du calife.

  • Ce qui m’ étonne c’est que près de 30% des français de l’étranger puissent voter Melanchon!

    • ils n’ont pas voté Mélanchon,
      ils ont voté Mélenchon.

      • @Austrasie et Dexter
        Bonjour,
        Je n’ai pas encore vérifié mais je pense qu’aucun n’a été élu, au sens démocratique j’entends. Combien de voix ont été pour le candidat ‘vainqueur’ sur combien de citoyens inscrits ?

        • Voici ce que j’ai trouvé dans un article dont la source est le ministère de l’intérieur :
          « Selon les chiffres du ministère, le taux de participation à ce premier tour des élections législatives s’élevait à 22,51% »
          … ce qui nous donne un taux d’abstention de 77,49%.
          Démocratie ? allô ?

    • Très étonnant. Vivant à Londres, j ai été surpris par le côté Mélenchon ici aussi aux présidentielles.

  • Bravo pour ce bel article !qui résume bien le personnage et son parcours. On pourrait ajouter que ce parachutage mal préparé était « un cadeau empoisonné  » de Macron, qui devait bien se douter que l’affaire n’était pas gagnée a l’avance pour Valls…

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