Individualiser l’impôt et les prestations sociales

Les mesures de simplification des prestations sociales engagées par le gouvernement ne sont pas suffisantes. Il lui faut les individualiser !

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Individualiser l’impôt et les prestations sociales

Publié le 4 décembre 2014
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Par Marc de Basquiat.
Un article de GenerationLibre.

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Afin d’apporter une solution à la complexité de notre système social, le gouvernement a récemment annoncé une mesure de simplification : la « Prime d’activité » devrait remplacer le RSA activité et la Prime pour l’emploi (PPE) à partir du 1er janvier 2016.

Complexes et parfois injustes, nos prestations sociales méritent en effet d’être revues. Soumis à des démarches administratives longues et inquisitrices, le RSA n’est pas réclamé par 68% des ayants-droits potentiels. Basée sur le « foyer fiscal », la PPE avantage les couples en concubinage qui peuvent, en déclarant leurs revenus séparément, bénéficier deux fois de la prime. Une remise à plat est donc plus que jamais nécessaire.

Cet article suggère d’individualiser l’impôt et les prestations sociales. En se recentrant sur l’individu, on met fin à l’inquisition de l’État sur la situation matrimoniale de chacun. En abandonnant les notions de « foyer fiscal » et de « quotient conjugal », on supprime le risque de voir naître des situations matrimoniales inéquitables (entre couples mariés, pacsés et en concubinage). Enfin, l’individualisation offre la possibilité de rationaliser le système en le simplifiant drastiquement.

Après avoir enterré la Prime pour l’emploi (PPE) instaurée par Lionel Jospin en 2001, le Premier ministre a confirmé la transformation du RSA Activité, inventé par Martin Hirsch en 2008, en une Prime d’Activité qui verra le jour en 2016. Six mois après la sortie de notre rapport LIBER, un revenu de liberté pour tous, nous ne pouvons qu’être sensibles à la volonté de ce gouvernement de faire progresser le système de transferts vers plus de lisibilité et d’universalité. Mais l’orientation prise est-elle à la hauteur de l’enjeu ?

Reconnaissons que la réforme entreprise est ardue. Ce nouvel outil remplacera deux mécanismes qui n’ont absolument rien en commun : la PPE est calculée automatiquement par l’administration fiscale, une fois par an, à partir de la déclaration d’impôt du foyer fiscal ; le RSA Activité est actualisé tous les trimestres, par les caisses d’allocations familiales, à partir d’une déclaration compliquée remplie par le foyer demandeur.

Il est souhaitable d’élargir la réflexion au-delà de cette simple fusion de deux mécanismes déficients, pour définir une cible plus ambitieuse, permettant de guider des réformes apportant un progrès notable en termes d’équité et d’efficacité. Éliminons l’incohérence fondamentale de ces dispositifs. Ciblons l’individu au lieu d’une entité assez vague, le « foyer fiscal » ou le « foyer social »…

La réforme est justifiée, mais trop timide

Rappelons la séquence : RMI en 1988, PPE en 2001, exonération Fillon en 2003, RSA en 2008, CICE en 2013, suppression de la première tranche et ajustement de la décote en 2015, Prime d’Activité en 2016. Plus d’un quart de siècle d’ingénierie de notre système social a généré un maquis incompréhensible. Regardons d’abord quelles considérations guident les choix actuels du gouvernement.

Le RSA Activité complète le RSA Socle, qui n’est qu’un changement de dénomination de l’ancien RMI. La nouvelle prestation apporte un complément de revenu pour ceux qui ont une activité, avec un calcul compliqué. De nombreuses explications ont été avancées pour son échec, mesuré par le score sans appel de 68% de non-recours. Personne ne peut s’opposer au projet d’améliorer ce dispositif.

Trois raisons principales expliquent le choix de supprimer la PPE. Calculée en fonction des revenus de l’année précédente, son versement intervient souvent sans lien avec la situation à date des bénéficiaires. Si la procédure de demande se limite à cocher une case dans la déclaration annuelle de revenus, son montant est peu élevé, ne stimulant guère la recherche d’un emploi, condition sine qua non de sa perception. Surtout, elle est souvent versée à des couples de concubins dont l’un a des revenus conséquents.

Ce dernier point est peu connu et mérite explication. La prime pour l’emploi faisant partie de la déclaration des revenus, elle s’applique au foyer fiscal. C’est-à-dire que les déclarations de revenus d’un couple marié ou pacsé sont prises en considération ensemble dans le calcul, alors que des concubins, qui déclarent séparément leurs revenus, peuvent demander chacun de leur côté une prime pour l’emploi, sans prise en considération d’aucune façon des revenus de leur partenaire.

Fort logiquement, le gouvernement souhaite supprimer cette possibilité, en définissant une prime d’activité qui, comme le RSA, prend en compte les revenus de l’ensemble du « foyer social », quel que soit le statut matrimonial unissant le couple. Immanquablement, ceci signifie que le nouveau dispositif maintiendra les démarches inquisitrices instaurées par le RSA, dont le formulaire de demande intègre la section ci-dessous, particulièrement choquante :

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Pouvons-nous inventer un fonctionnement de la nouvelle « prime d’activité » qui éliminerait cette inquisition d’État dont nous ne saurions nous satisfaire ? Pour ceci, il nous faut bien comprendre la variété des modes de prise en compte de la notion de « couple » par le complexe socio-fiscal français.

Interrogeons la notion de foyer fiscal

Distinguons trois cas : les couples mariés ou pacsés, les concubins déclarés, les concubins « clandestins ». Trois tableaux permettent de préciser comment le RSA, la PPE et l’impôt sur le revenu sont calculés dans ces trois cas, en fonction des revenus d’activités de chacun des partenaires. Nous ignorons ici les aides au logement et le forfait logement du RSA.

Le premier tableau présente des couples mariés (ou pacsés), les montants étant en euros par mois. Les valeurs de 4000 ou 8000 dans les deux premières colonnes sont des salaires bruts, pour des cadres du privé.

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Le deuxième tableau s’applique à des concubins déclarés. Nous ne répétons pas les colonnes « revenus nets 1 / 2 », identiques au premier tableau.

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Ce troisième tableau est celui d’un couple « clandestin », que l’administration connaît comme deux personnes célibataires.

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En synthèse, nous voyons apparaître quel régime matrimonial est le plus avantageux selon les revenus des deux partenaires. Pour chaque ligne, nous les faisons apparaître en gras.

La conclusion tient en trois points. Tout d’abord, lorsqu’on perçoit des revenus nuls, modestes ou un peu supérieurs à la moyenne, il est généralement préférable de se déclarer célibataire, chacun de son côté, ce qui permet de percevoir un RSA du montant maximal. Les hauts revenus ont presque toujours intérêt à se marier ou pacser. Déclarer son concubinage n’est jamais une bonne idée.

Les écarts sont parfois significatifs entre les trois colonnes, nettement supérieurs aux faibles montants de PPE. Ce mécanisme n’est en réalité pas celui qui génère les plus grandes distorsions en fonction des statuts matrimoniaux. Au fond, les couples aisés bénéficient de l’avantage légal du quotient conjugal (le calcul d’un impôt globalisé au niveau du foyer fiscal), alors que les autres couples sont incités à dissimuler leur concubinage pour obtenir le RSA.

Revenir aux principes fondamentaux

Le rapport Sirugue énonçait en juillet 2013 quelques principes sains : il s’agit de garantir un soutien financier pérenne aux travailleurs modestes, par un dispositif simple, individualisé, ouvert à tous dès 18 ans, réactif afin de prévenir les ruptures.

L’individualisation représente la rupture majeure du rapport Sirugue. C’est aussi la plus nécessaire, permettant de mettre fin à l’inquisition d’État.

Il est urgent d’instaurer, comme la plupart des pays développés, une individualisation de l’impôt sur le revenu, ce qui revient à éliminer tout simplement la notion de « foyer fiscal » et donc le quotient conjugal. Chaque partenaire acquitte alors l’impôt sur ses revenus propres, comme s’il était célibataire. Pour les revenus communs au ménage (par exemple des loyers perçus) il peut être laissé le choix de les affecter à l’un ou l’autre des partenaires, ou de le diviser en deux parts égales.

Le deuxième changement consiste à individualiser le RSA. Si nous prenons l’exemple où un des partenaires bénéficie d’un revenu élevé, mettons un salaire de 8 000 euros brut par mois, l’autre étant sans activité rémunérée recevrait 448 euros de RSA. Ceci compenserait à peu près la disparition du quotient conjugal qui diminue actuellement l’impôt du foyer de 468 euros par mois (1242 – 775 dans les tableaux précédents).

Au final, ces deux changements reviennent à adopter la dernière colonne du tableau précédent (les concubins « clandestins ») comme la norme. L’État n’aurait plus à enquêter sur la situation matrimoniale des personnes, lorsqu’elles remplissent leurs déclarations d’impôts ou demandent un revenu de subsistance.

En général, les écarts de montants de notre proposition par rapport à la situation actuelle sont assez limités. Le budget global de l’ensemble du système de transferts socio-fiscaux est quasiment inchangé. Mais le bénéfice est majeur : on libère le pays de tout un arsenal de complexité et de contrôles inquisiteurs qui ne lui font pas honneur. Le plus compliqué à admettre est probablement que l’État renonce à faire des économies de RSA (à hauteur de 250 euros par mois au maximum) lorsque deux personnes démunies font le choix de partager leur destin.

Bien entendu cette réforme trouve son complément dans la forfaitisation de la politique familiale, chaque enfant donnant droit à un crédit d’impôt égal quels que soient sa place dans la fratrie et les revenus de ses parents. Nous avons détaillé ceci dans une note précédente (GenerationLibre, 30 septembre 2014).

La discussion qui s’ouvre sur la Prime d’activité est une opportunité majeure d’envisager ces changements importants, à condition que le gouvernement ait la clairvoyance et le courage de les aborder. Une société où chaque couple pourrait choisir librement le statut matrimonial correspondant à ses aspirations est à portée de main.


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  • Votre proposition d’individualisation fiscale ne prend pas en compte le cas de couples dont l’un des conjoints (ne soyons pas sexistes!) préfère éduquer les enfants plutôt que travailler à l’extérieur. Ce qui a une certaine utilité sociale, mais non rémunérée. Dans ce cas, le conjoint d’une personne qui travaille paiera le même impôt que celui d’une personne qui éduque les enfants, alors qe les charges ne sont pas les mêmes.

  • En Irlande, l’IR est individualisable AU CHOIX des contribuables.

    C’est cela que vous devez demander, et NE PAS DEMANDER LA SEULE INDIVIDUALISATION DE L’IR, car vous vous feriez les idiots utiles des constructivistes… ce qui serait un comble pour des libéraux.

    En effet, l’individualisation forcée de l’impôt n’est acceptable d’un point de vue libéral QUE parallèlement à la flat tax ; sinon, cela reviendrait à fiscaliser différemment des couples de revenus identiques qui ont fait des choix d’activité différent (mono contre bi-actif, temps partiels / temps pleins) en fonction des situations familiales spécifiques qu’ils sont les seuls légitimes à appréhender…. C’est évidemment le rêve de tous les socialistes constructivistes, que de forcer fiscalement un mode d’organisation familial, jugé « bon ». Cela permet au passage d’avoir une emprise plus importante sur les enfants dont l’état obtient alors la garde plus longtemps etc…..

    Génération Libre ?… et vous voulez remplacer la conjugalisation forcée par l’individualisation forcée ??? La liberté, c’est d’abord de pouvoir choisir son mode d’organisation économique. Si vous voulez vivre comme une famille avec une unité économique familiale, pourquoi voudriez-vous donner des gages aux hommes de l’état pour détricoter cela ?

    Vous avez raison sur la nature inquisitrice innacceptable associée au système actuel.
    La solution n’est ni la conjugalisation forcée, ni l’individualisation forcée, qui n’est qu’un autre constructivisme.

    Ce que vous devriez prôner pour l’IR comme pour les revenus sociaux, c’est la LIBERTE DE CHOISIR le système INDIVIDUEL ou CONJUGAL qui est le plus favorable au demandeur, sur une simple base déclarative, et sans avoir à faire de cerfa… Cela aurait au moins l’immense mérite d’inciter à la flat tax pour éviter l’optimisation fiscale……. et celui de ne pas inciter fiscalement le célibat, au détriment des mécanismes de solidarité traditionnels tels que couple / famille…

  • Supprimer le quotient conjugal est idiot.

    La pratique majoritaire entre époux est la mise en commun de toutes les ressources (c’est le cas pour les 74% des couples mariés selon l’INSEE. C’est là http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1409#inter6 ).

    Si on individualise, on se calque sur la pratique d’une minorité.

    Le vrai respect de la liberté serait de laisser le choix aux couples de déclarer séparément ou conjointement (comme en Allemagne et dans pas mal de pays européens), et non pas de laisser le pouvoir imposer ce choix, dans un sens comme un autre.

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