Justice pour Nabilla… et pour les autres aussi !

La presse people s’intéresse à la justice à travers Nabilla. Certaines autres injustices ne mériteraient-elles pas la même attention ?

Par Le Parisien Libéral.

Nabilla credits stephane chiche licence creative commons

Mise en examen pour tentative d’homicide volontaire et écrouée à la maison d‘arrêt des femmes à Versailles, Nabilla Benattia risque une peine de trente ans de réclusion. De plus, elle devrait rester en prison le temps de l’enquête.

Le fait que des milliers de fans de l’animatrice TV de NRJ se soient lancés dans un mouvement de soutien massif a quelque chose de bon : le public de la téléréalité (c’est-à-dire énormément de Français) s’empare enfin de la question de la justice de notre pays.

Celle-ci est marquée par plusieurs spécificités (culturelles, dirons-nous) à commencer par le fait qu’elle soit inquisitoire et non pas accusatoire. D’autre part, ces temps-ci, elle sait se montrer injuste.

Prenez l’affaire Yvette Bert, alias « Mamie Loto ». Yvette Bert, 77 ans, a été condamnée à six mois de prison avec sursis, et 10 000 euros d’amende, dont 5 000 avec sursis. Elle a en outre été condamnée par le tribunal correctionnel de Saint-Omer à verser au fisc un total de 117.842 euros, au titre d’amendes douanières. Tout ça pour quoi ? Pour avoir organisé des lotos dont elle reversait tous les gains à des associations caritatives, sans verser d’impôt sur les recettes.

577 députés. Des milliers de juges. Une administration fiscale implacable. Le maire de la commune du Pas-de-Calais où habite Yvette Bert. Tous ont pour leur conscience les textes. La loi c’est la loi, et en France on ne badine ni avec le monopole de la Française des Jeux, seule habilitée à organiser des lotos, ni avec le droit du fisc de se mêler de tout.

Prenez une autre affaire, l’affaire Jacqueline Sauvage. Cette mère de famille a été condamnée à 10 ans de réclusion par la cour d’assises du Loiret pour le meurtre de son mari, en 2012. Ce crime a eu lieu après une dizaine d’années d’un enfer familial fait de coups et d’abus sexuels sur ses propres filles. Dix ans de prison pour une femme ayant tué son mari incestueux ! On comprend la logique du jugement : qui tue est puni. C’est comme l’affaire Mamie Loto. Nul n’est censé ignorer la loi. En revanche, peut-on accepter que les choses soient jugées si froidement ?

De même, peut-on accepter qu’un tiers des prisonniers de France soient en préventive ? Outre le fait que ces prisons soient surpeuplées, et des nids à radicalisation islamiste, est-il toujours acceptable de priver de liberté quelqu’un quand des circonstances viennent expliquer un délit ou simplement pour permettre au juge de mener son enquête ?

Et par pitié, que l’on ne vienne pas nous dire que le système judiciaire français est un modèle de justice sociale. La comparaison entre Thomas Thévenoud, député socialiste (libre) et le sort réservé à un entrepreneur dans la même situation, ou celle entre Sylvie Andrieux, députée de gauche, et ce qui se passerait, notamment sur le plan professionnel, pour chacun d’entre nous, fait mal.

Les ingrédients de toute révolution, le pouvoir les connait : un zeste de situation confuse, de conflits multiples qui ne demandent qu’à coaguler (Sivens, Notre-Dame-des-Landes, Tour Triangle…), une pincée d’impopularité globale (13%), l’arrêt du soutien de la politique par les élites qui trouvent soudain un intérêt à comploter contre le régime, et si, par dessus tout cela, le peuple pense que la justice n’est plus juste…


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