Solidarité : commencer par le début

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Alors qu’ils se montrent généreux avec l’argent du voisin, les Français sont timides lorsqu’il s’agit de lui porter assistance. Merci qui ?

Par Baptiste Créteur.

La cohésion sociale et la solidarité sont une priorité pour nombre d’électeurs et d’hommes politiques. Droite et gauche s’accordent pour redistribuer l’argent des autres aux nécessiteux et aux responsables des partis, et des millions de Français se déplacent à chaque élection pour élire et réélire les mêmes animaux politiques qui promettent plus d’égalité.

La France, autrefois fille aînée de l’Église et depuis longtemps fille aînée du marxisme, est caractérisée par des prélèvements importants finançant presque intégralement une dépense publique représentant 57% du PIB. Avec l’argent des autres et avec celui de leurs enfants, les Français se montrent généreux.

Généreux avec l’argent des autres, un peu moins avec le leur ; alors qu’ils dénoncent l’égoïsme des Américains, ceux-ci sont plus nombreux à aider volontairement leur prochain ou une bonne cause. Et l’altruisme hexagonal apparaît dans toute sa malhonnêteté quand on s’intéresse à des situations où les Français sont confrontés de façon très directe à leur prochain dans le besoin.

Lorsque survient une agression dans un lieu public, les Français sont nombreux à tourner la tête si cela suffit, les talons sinon. Qu’on soit sénatrice ou citoyenne, on peut se faire violer ou voler dans l’indifférence générale : la socialiste Laurence Rossignol en a fait les frais, des citoyens plus habitués à la vie réelle aussi et, plus récemment, Lola, après son viol en plein jour, a courageusement décidé de témoigner à visage découvert.

Tous les Français ne tournent pas les talons. Certains préfèrent les faire claquer, organisent des patrouilles pour protéger la veuve, l’orphelin et une certaine idée de l’identité française. Mais, à en juger par l’occurrence d’agressions multiples et variées où personne n’intervient (même quand le risque est faible), une importante part des adeptes de la solidarité semble vouloir aider son prochain sauf quand il en a besoin.

Espérons que cela change, et qu’il y ait plus de solidarité entre les honnêtes gens qu’entre les criminels et délinquants divers qui ne misent pas tant sur leur avantage physique ou intellectuel que sur la peur et la léthargie des spectateurs. Habitués au spectacle de leur propre naufrage, et craignant une violence qui peut même lorsqu’ils ne font que se défendre se retourner contre eux, les Français ont pour beaucoup perdu le sens de la réelle solidarité, celle que les individus pratiquent volontairement et naturellement entre eux. Cette solidarité là est agonisante, laissant la place à une redistribution forcée organisée par le monstre froid.

On peut espérer qu’un sursaut s’empare des Français et les pousse enfin à prendre les bonnes décisions en matière économique, politique et, surtout, éthique.

Ce changement les conduirait à appliquer l’adage devenu populaire selon lequel « Charité bien ordonnée commence par soi-même », et chercher d’abord à être responsable de leur propre sort avant de demander à chaque Français d’être responsable du sort de son voisin.

Il les conduirait aussi sans doute à remettre en question quelques certitudes ; par exemple, sur le port d’armes et les prérogatives de l’État. À moins qu’ils trouvent réellement moins choquant qu’on puisse se faire impunément agresser, violer, voler et parfois tuer, dans l’indifférence générale ; alors qu’un État censé garantir les droits fondamentaux préfère assurer moins bien ses fonctions régaliennes que réduire ses dépenses somptuaires.

En attendant, pour casser l’indifférence, il faut individualiser les citoyens : pour obtenir de l’aide, mieux vaut pointer du doigt un passant donné et l’appeler à l’aide (par exemple en décrivant ses vêtements pour l’appeler) que crier au secours au tout venant. En 1964, à New York, les déboires de Kitty Genovese, violée et tuée en pleine rue sous le regard de nombreux habitants du quartier, sont devenus l’objet de nombreuses recherches ayant permis de mettre à jour « l’effet spectateur » : en présence de nombreux autres témoins d’une agression ou situation de détresse, un témoin a moins de chances d’intervenir que s’il se trouvait seul.

En faisant reposer la solidarité sur une chimérique collectivité plutôt que sur l’individu, en se faisant intermédiaire obligatoire de la générosité et des interactions sociales, et en accompagnant les citoyens du berceau à la tombe, l’État a commencé à détruire ce qu’il y a d’humain dans les relations humaines. Reprenons, chacun, les rênes de nos vies – avant qu’il ne soit trop tard.