Mettre l’épargne au service des entreprises ? Messieurs les ministres, donnez l’exemple !

Bourse (Crédits jam_90s, licence Creative Commons)

Michel Sapin a récemment déclaré : « Nous voulons mettre l’épargne au service des entreprises ». Belle intention ! Mais que font nos ministres en la matière ?

Le Ministre des Finances, Michel Sapin, a installé le 16 juin 2014 le Comité Place de Paris 2020, co-animé par l’association Paris Europlace. À l’heure où les entreprises du CAC 40 sont aujourd’hui détenues à plus de 50 % par des investisseurs étrangers, ce devrait être un signal fort en faveur du rôle des marchés financiers pour assurer le financement des entreprises. Mais est-ce suffisant ?

Par Michel Albouy

Bourse marchés financiers actions (Crédits jam_90s, licence Creative Commons)Le discours de nos dirigeants politiques a bien changé en l’espace de deux ans. Après avoir déclaré que la finance était son ennemie lors de sa campagne présidentielle, le Président Hollande et son gouvernement redécouvrent les mérites du secteur financier et du rôle des marchés dans le financement des entreprises. Il serait mal venu de bouder notre plaisir. Voir qu’en définitive nos gouvernants reviennent à de meilleures dispositions à l’égard des entreprises et de la finance ne peut que réjouir tous ceux qui croient aux vertus de l’économie de marché.

Interrogé à l’occasion de l’installation du Comité Place de Paris 2020 par Les Échos (17 juin 2014), le Ministre des Finances, Michel Sapin, a déclaré : « Nous voulons mettre l’épargne au service des entreprises ». Belle intention ! Comme le souligne le ministre, et ce que chacun sait, l’essentiel de l’épargne des Français est investi en assurance-vie ou sur des comptes sur livrets, des placements sans risque. Bref, les Français investissent insuffisamment dans leurs entreprises et le nombre d’actionnaires en direct ne cesse de baisser. Mais que font nos ministres en la matière ?

Avec l’obligation pour les ministres de déclarer leur patrimoine à la Commission pour la transparence financière de la vie publique, il est possible d’observer leur comportement en matière d’épargne. Précisons que cette déclaration ne doit pas être confondue avec celle de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), compte tenu des différences tenant au patrimoine imposable (couples mariés, pacsés ou vivant en concubinage sont soumis à une imposition commune à l’ISF), aux biens non imposables à l’ISF (œuvres d’art ou avoirs constituant l’outil de travail) qui doivent normalement figurer dans la déclaration de patrimoine et aux règles de valorisation (exemple abattement de 30 % sur la valeur de la résidence principale pour l’ISF).

Ces précisions étant rappelées, que penser du comportement effectif de nos ministres en matière de gestion de patrimoine ? D’une façon générale, ils sont – comme la plupart des Français – surinvestis en immobilier. Ils possèdent généralement des comptes sur livrets réglementés et pour les plus fortunés de l’assurance-vie. La très grande majorité ne possède aucune action cotée en bourse. En fait, ceux qui en détiennent sont l’exception qui confirme la règle. Ainsi, Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, aurait 1,2 million d’euros en valeurs cotées en bourse pour un patrimoine de 6,5 millions d’euros. Ou encore, Frédéric Cuvillier, secrétaire d’État en charge des Transports, posséderait 95 mille euros en actions cotées pour un patrimoine de 970 mille euros (moins de 10 %).

Les cas de Michel sapin et Arnaud Montebourg, respectivement Ministre des Finances et Ministre de l’économie et du redressement productif, sont particulièrement intéressants compte tenu de leur position dans le gouvernement. Ils ne possèdent aucune valeur cotée en bourse ! On n’ose leur demander s’ils ont déjà participé à un tour de table pour financer des start-ups. Pour des ministres qui se font les chantres du redressement de la place financière de Paris ou du patriotisme économique, cela a de quoi surprendre. Peut-on expliquer ce comportement par une insuffisance de patrimoine ? Absolument pas ! En effet, leurs patrimoines se montent à 2,2 millions d’euros pour Michel Sapin et à 1,1 million d’euros pour Arnaud de Montebourg ; des montants qui pourraient facilement supporter une diversification vers des actifs à risque.

Bref, faites ce que je dis et ne faites pas ce que je fais ! Ce faisant, on ne peut pas dire qu’ils optimisent la gestion de leur patrimoine en le diversifiant. On pourrait dire la même chose des autres ministres. Il est vrai que l’investissement en action est imposé à l’ISF alors que les œuvres d’art ne le sont pas… Et pourtant, ce ne sont pas les œuvres d’art qui créent les emplois ou la croissance.
Le fait que nos ministres n’investissent pas une partie de leur patrimoine dans les entreprises françaises est révélateur du peu d’intérêt qu’ils portent en réalité au monde de l’entreprise. S’ils géraient en direct un petit portefeuille d’actions, ils apprendraient beaucoup sur les entreprises, leurs réussites et leurs difficultés. Au lieu de suivre leur situation à partir de rapports, ils la vivraient pour de bon ! Ils pourraient aussi se familiariser avec la fiscalité des actionnaires, apprendre que les dividendes ne sont pas une rémunération indue, participer à des augmentations de capital, etc. Bref, ils participeraient à la vie de nos entreprises.

Quelle peut être la crédibilité d’un ministre des Finances qui déclare vouloir mettre l’épargne au service des entreprises et qui ne le fait pas lui-même ? Quelle peut être la crédibilité d’un ministre de l’Économie qui veut défendre les entreprises françaises de l’appétit d’investisseurs étrangers et développer l’actionnariat français alors qu’il ne possède aucune action ? Quelle peut être la crédibilité d’un gouvernement vis-à-vis des entreprises si ses membres sont si éloignés de leur fonctionnement ?

À vous de répondre.

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