Alstom, SFR, Bouygues : Une autorité de la concurrence au garde à vous ?

Logo Autorité de la concurrence (Tous droits réservés)

Le capitalisme à la Montebourg est plus proche du capitalisme de copinage (pourvu que ça favorise certains amis) que de la régulation bien ordonnée. En témoigne une autorité de la concurrence aux ordres.

Un billet d’humeur de Luc Tardieu.

Autorité de la concurrenceÀ l’heure où les députés se succèdent à la télévision pour affirmer haut et fort qu’ils ne sont pas de simples godillots (mais pourquoi s’abstenir si on n’est pas d’accord… ?), le Gouvernement fait tout pour soumettre ceux qui n’ont pas encore signé un chèque en blanc à un Parti socialiste moribond. L’exemple de l’Autorité de la concurrence et de son président Bruno Lasserre passés dans le camp du pouvoir depuis la pitoyable affaire du rachat avorté de SFR par Bouygues est particulièrement frappant.

L’autorité de la concurrence est une autorité administrative indépendante. Autrement dit, elle subit des pressions constantes du pouvoir politique qui jure la bouche en cœur que l’indépendance est une chose sacrée. Certaines ambitions et conflits d’intérêts sont malgré tout beaucoup plus forts que les grands principes républicains. Ceux (les intérêts) défendus par Arnaud Montebourg sont toujours plus visibles et vraiment néfastes pour le pays. Le ministre de l’Economie est à la botte de l’entreprise Bouygues et est prêt à toutes les compromissions pour satisfaire son nouveau Gepetto.

Cela fait deux ans que le bon gars de la Bresse est aux commandes. D’abord à la tête du ministère du Redressement productif, création ratée d’un exécutif prêt à tout pour se démarquer du pouvoir précédent puis à la tête du ministère de l’Economie. Deux années où les échecs se sont accumulés comme les chiffres sur la feuille d’imposition que doivent aujourd’hui régler les Français. Sa promotion au sein du gouvernement Valls ferait rire si cela n’entrainait pas de graves conséquences. Mais comment un ministre dans l’échec permanent peut-il être promu de la sorte ?

La réponse se trouve peut-être encore et toujours dans les liens qu’il a su tisser avec Martin Bouygues. L’homme d’affaires est influent des deux côtés de l’échiquier politique et a trouvé à gauche sa bonne à tout faire auprès d’Arnaud Montebourg. Le ministre aurait-il signé un pacte tacite avec ce faiseur et roi-(président) ? C’est en tout cas l’impression laissée par le génial et nouveau gourou de l’Économie française. Après avoir mouillé la chemise pour s’assurer que l’opérateur SFR serait avalé par Bouygues, il ose prétendre qu’il n’est au courant de rien dans l’affaire Alstom. Bouygues veut vendre ses parts, le fait savoir à certains, mais aucune information, pas le moindre indice ne remonte aux oreilles du ministre. Mais bon, peut-on vraiment le blâmer ? Tout le monde sait qu’à force de s’écouter parler, l’aptitude à entendre ce qui est intéressant s’évapore…

Alstom va donc revenir à l’américain General Electric et Arnaud Montebourg trouvera bien une pirouette pour faire de ce nouvel échec cuisant une victoire à mettre à son actif. La création d’un géant mondial de l’énergie ? Une réussite que l’on devra à Arnaud Montebourg s’il pouvait écrire les livres d’Histoire… Mais voilà, Alstom perd son identité française et le pays se retrouve complètement désarmé dans le processus de mondialisation. Les plus grands remerciements reviennent au ministre et à Martin Bouygues qui l’a bien roulé dans la farine.

Les soldats perdus du montebourgisme

Dans sa course folle pour plaire à Martin Bouygues, le ministre de l’Économie foule au pied les emplois de milliers de salariés et se permet de malmener des organismes qui ne lui doivent rien. Tel est le cas de l’Autorité de la concurrence, chargé de veiller à ce que les règles du jeu soient bien observées par les acteurs économiques. Une autorité indépendante donc sauf quand elle se met au garde-à-vous dès que le ministre défait menace de tous les maux l’entreprise Numericable, coupable d’avoir court-cicuité le beau projet de Bouygues en rachetant SFR. Aux yeux du ministre à l’honneur bafoué, tout est bon pour se venger de la société félonne et l’Autorité de la concurrence a été mandatée pour réduire à néant un rachat si mal vu par le patron de l’Économie française.

Son président, Bruno Lasserre a fait quelques déclarations surprenantes laissant entrevoir qu’il était en service commandé. Son entretien dans Les Echos du 16 mai se veut indépendant et professionnel, il en ressort qu’il ne respecte même pas le code de déontologie de… l’Autorité de la concurrence. Le devoir de discrétion a été mis aux oubliettes. Quoi de plus logique quand c’est Arnaud Montebourg qui est derrière ? La finesse et la modération ne font pas partie de ses qualités. En attendant, tout est fait pour reculer l’échéance de l’achat effectif de SFR, l’Autorité de la concurrence trainant des pieds pour valider un dossier pourtant pas des plus complexes. Les mois risquent de passer sans que l’élan industriel et commercial du groupe puisse s’exprimer pleinement. Encore bien joué Arnaud !

Le capitalisme à la Montebourg est plus proche du tout laissez-faire (pourvu que ça favorise certains amis) que de la régulation bien ordonnée. Ce genre de comportement passe très mal. L’affaire Aquilino Morelle, dans un style un peu différent a montré qu’il n’est plus possible de faire tout et surtout n’importe quoi. Montebourg qui devait symboliser la République irréprochable sème les pierres sur lesquelles s’écraseront certainement ses ambitions bien mal gouvernées. Mais d’ici là, tout ce qui reste d’indépendance et de justice aura certainement été happé par la gloutonnerie de ceux qui nous gouvernent.