Performer… en sommes-nous capables ?

Course 200m performance (Crédits Richard Herbert, licence Creative Commons)

Tour d’horizon de certaines théories attitudinales et comportementales permettant de porter un regard critique sur les capacités des Français à se surpasser.

Par Bénédicte Cart.

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Performance énergétique, performance des marchés, un gouvernement performant, performance technologique, performance sexuelle, performance sportive, performance scientifique, performance au travail… un mot revient très fréquemment dans la presse et la littérature actuelle sur le management : la performance. Ce mot est partout, utilisé tout le temps et s’applique à tous les domaines de la vie de l’homme. À l’heure où le peuple français attend du gouvernement, en ordre de bataille, d’être performant, intéressons-nous aux stratégies et armes à disposition pour gagner.

Le constat est simple : nous devons nous efforcer d’être les meilleurs, à l’image de nos sportifs qui travaillent chaque jour pour réussir le moment venu. Sauf que, à l’instar des sportifs français, sommes-nous réellement performants le jour J ? À partir d’une analyse des rapports au sein de l’équipe sportive et en nous intéressant à la possible transposition des leviers de performance dans le sport au monde de l’entreprise, nous pouvons constater que certains éléments – hormis le travail et l’entrainement – viennent favoriser ou contraindre notre performance. Les voici :

Les modèles parentaux

Le premier élément dont il faut tenir compte est celui du modèle. Pour l’enfant qui se construit, le premier modèle est celui des parents. Il s’agit d’identifier la valeur attribuée par les parents à l’activité.

  • D’abord les parents initient et fournissent les opportunités de pratique.
  • Puis l’enfant se focalise sur une ou deux activités (spécialisation). Le rôle des parents va s’accroître de manière concomitante à l’investissement de l’enfant.
  • Stade d’investissement : l’individu pratique de manière intensive et les parents ont un rôle de conseil et de soutien sur le plan affectif.

Les concepts de locus of control

Fréquemment utilisés en management, il y a les renforcements positifs ou négatifs. Il s’agit de retours (feed-back) sur la tâche effectuée par l’individu en lien avec le but à atteindre. Les individus effectuent des liens entre les renforcements vécus (réussites, échecs) et leurs propres conduites. Nous parlons ici de croyance en un contrôle externe ou interne :

  • le contrôle interne : l’individu prévoit qu’un renforcement sera lié à ses propres caractéristiques personnelles,
  • le contrôle externe : l’individu considère que les renforcements ou résultats sont liés à des facteurs extérieurs.

La théorie multidimensionnelle de l’anxiété

Il s’agit d’examiner les variables qui modifient l’élan vers l’atteinte du but, c’est-à-dire les éléments qui agissent sur les stratégies individuelles mises en place pour « l’action ».

Il y a tout d’abord la relation entre l’anxiété cognitive et la performance qui est linéaire et négative. Cette hypothèse est basée sur le fait qu’une partie des ressources cognitives est utilisée et consommée pour les pensées anxieuses et notamment leur gestion. Si le stress est trop important ou les ressources sont en nombre insuffisant alors l’individu est débordé, ce qui aboutit à des manifestations comportementales d’anxiété comme l’attaque de panique.

La relation entre l’anxiété somatique (au niveau viscéral, cardio-pulmonaire, musculaire…) et la performance prend la forme d’un U inversé avec une performance optimale pour un niveau d’anxiété somatique modéré.

Quant à la relation entre la confiance en soi et la performance, elle est linéaire et positive.

L’anxiété cognitive (relation linéaire et négative avec la performance) et la confiance en soi (relation linéaire et positive avec la performance) doivent être considérées comme indépendantes. Par exemple un athlète peut être anxieux et confiant.

Faut-il diminuer l’anxiété ? Non, car le stress et l’anxiété peuvent être un terrain propice à d’excellentes performances. L’anxiété cognitive consomme une partie des ressources attentionnelles de l’individu, ainsi la capacité attentionnelle pour la tâche en elle-même sera réduite. Dans le même temps, les pensées anxieuses signalent à l’individu l’importance de la tâche. Aussi l’anxiété a-t-elle aussi une fonction motivationnelle : la personne investit davantage d’efforts dans la tâche si elle perçoit que sa performance n’est pas à la hauteur de ce qu’elle souhaite.

Le concept d’auto-handicap

Si un état d’esprit propice à une performance peut être mobilisé par les ressources cognitives déjà présentes chez l’individu encore faut-il les laisser s’exprimer. Là commence à devenir très intéressant et important ce concept d’auto-handicap.

En effet, il existe des attitudes, comportements, stratégies qui consistent à mettre en avant des obstacles à sa propre réussite avant de participer à une tâche évaluative afin d’avoir une excuse en cas d’échec et/ou pour se valoriser davantage après un succès.

À long terme, toutes ces stratégies s’avèrent adaptatives, nous sélectionnons celles qui fonctionnent bien et les améliorons à long terme. L’auto-handicap peut être utilisé pour des motifs de protection ou de valorisation. Le but étant d’être protégé en cas d’échec mais également d’être encore plus valorisé en cas de succès.

Il est fréquent que les personnes qui s’auto-handicapent pénètrent dans un cercle vicieux au sein duquel l’auto-handicap ainsi que les expériences d’échec se renforcent mutuellement.

Dans une société où la performance, c’est-à-dire la valorisation par le résultat, pose la question du management des hommes, il est intéressant de comprendre la dynamique cognitive, comportementale et émotionnelle pour apporter une réponse adaptée à l’individu avant tout.

img contrepoints219 hollande performanceNous autres, Français, sommes-nous aptes à la performance ?

Ce (trop) rapide tour d’horizon des théories attitudinales et comportementales de la performance peut nous amener à réfléchir sur les capacités de nos contemporains à relever les défis actuels. Dans une société toujours plus consommatrice d’anxiolytique, le stress – le mauvais stress – est bien révélateur d’un malaise, d’une voie limitée et limitante de gestion du potentiel humain. Tant que nous n’acceptons pas d’écouter et d’accepter le fonctionnement humain alors notre société se trouvera des stratégies, des défenses l’auto-handicapant toujours plus. Jusqu’à sa propre mort ?