L’activisme gouvernemental sur la pollution perdu dans le smog

Avec les pics de pollution aux particules de ces derniers jours, les dénonciation fleurissent dans la presse.

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L’activisme gouvernemental sur la pollution perdu dans le smog

Publié le 17 mars 2014
- A +

Par l’auteur du site epi.proteos.info

pollution Paris

Le smog qui flotte en ce moment sur la France pour cause de manque de vent en ce début de mars est l’occasion de la publication d’articles dénonçant l’inertie du gouvernement sur la question de la pollution atmosphérique. C’est l’occasion d’interroger d’anciens ministres de l’environnement, qui déclarent tous, sauf pour celui actuellement au gouvernement, avoir eu du mal à faire passer des mesures contre la pollution atmosphérique. On note aussi le retour des accusations envers le diesel, qui serait responsable de ces pics de pollution.

#pollution : + de 70%des particules fines viennent du diesel, + de 70% des autos sont diesel : le problème est la ..#fiscalitédiesel

— Arnaud Gossement (@ArnaudGossement) 16 Mars 2014

Rappelons quand même que la combustion du gazole routier ne représente qu’environ 10% des émissions de PM10 en France.

La forte baisse de la pollution, cet autre Boeing 777 qui a disparu des radars

Comme il s’agit de regarder ce qui a été fait depuis 20 ans, commençons par nous tourner du côté des émissions. Le CITEPA recense les émissions de polluants en France et compare aux engagements pris. On peut voir que la plupart des engagements pris ont été tenus. La consultations du site permet de construire le tableau suivant qui montre que les émissions ont fortement baissé en 20 ans, pour toutes sortes de polluants.

Polluant – Évolution 2012/1995 – Évolution 2012/2000 – Évolution 2012/2005
SO₂ -74% -60% -45%
NOx -42% -38% -30%
PM10 -48% -38% -24%

Une critique souvent faite est qu’on ne constate pas de baisse pour les stations de mesures de polluants, notamment pour les particules. En effet, si on regarde la concentration moyenne, on voit que la concentration ne baisse que très lentement. Malgré la forte diminution des émissions, la baisse n’est que de quelques pourcents seulement.

Airparif-PM10_m

Cependant, la faiblesse de cette baisse s’explique par le fait qu’une grande partie des PM10 présentes à un moment donné sur l’agglomération parisienne proviennent en fait d’ailleurs. Airparif estime cette proportion à 68%. Avec une telle proportion, on voit que faire baisser, même fortement, les émissions de particules en région parisienne n’aura qu’un faible effet sur la concentration moyenne. Airparif s’est essayé, dans un exercice prospectif, à modéliser la baisse de la concentration moyenne à atteindre d’ici 2020 en fonction de la baisse des émissions. Dans le scénario tendanciel, les émissions dues au trafic routier, principal accusé dans les média, diminuent par rapport à 2008 de 50% pour les PM10 et 80% pour les PM2.5.

baisse_emissions_trafic_m

Et voici les résultats qu’on peut en attendre sur la concentration moyenne, sachant que la modélisation a tendance à sous-estimer les concentrations. On constate des diminutions formidables, de l’ordre de… 5% ! En fait, ce qui diminue fortement, c’est la hauteur des pics, qui, comme leur nom l’indique, ne durent pas longtemps et contribuent peu à la valeur moyenne. Mais ce sont sur ces pics qu’est basée la réalisation d’un certain nombre d’engagements. Comme leur durée et leur hauteur dépendent aussi de conditions météo qui peuvent être extraordinaires et sur lesquelles nous n’avons aucune prise, on comprend qu’il en aura certainement de moins en moins de pics de pollution, mais probablement jamais zéro !

baisse_concentration_fond_m

Un fort activisme réglementaire totalement ignoré

On peut aussi se retourner vers l’Union Européenne qui édicte depuis un certain temps déjà les normes à suivre en matière d’émission de polluants. Le mérite des décisions prises par l’Union et son organe exécutif, la Commission, doit en partie être attribué au gouvernement français puisqu’il en a approuvé la plupart. Et de ce côté on est gâté : les normes d’émissions des moteurs automobiles ont été durcies à 6 reprises depuis le début des années 90. La directive GIC (Grandes Installations de Combustion) est en train de forcer la fermeture de plus de la moitié du parc de centrales électriques au charbon en France d’ici à fin 2015. La directive IED (Émissions Industrielles) contraint les industriels à moins émettre de polluants et force par exemple la fermeture des 2/3 des centrales françaises au fioul, d’ici fin 2015 aussi.

Dans ces conditions, affirmer que le gouvernement ou les politiques ne font rien contre la pollution, c’est se moquer du monde.

Dénoncer tout le monde, sauf les coupables

Ces articles de dénonciation comme celui du Monde sur l’inertie du gouvernement sont aussi l’occasion de relayer un certain nombre de poncifs :

  1. Ainsi en est-il de l’accusation envers les agriculteurs pour l’utilisation d’engrais qui provoque l’émission de NOx. Or, l’usage d’engrais n’est responsable que de l’émission de 68kt annuelles de NOx, soit 10% de ce qu’on peut attribuer aux carburants, qui sont pour le coup les responsables archi-dominants des émissions.
  2. Si bien sûr au ras du pot d’échappement, le long des axes les plus fréquentés, le trafic routier est responsable de la plupart de la présence de particules, lorsqu’on regarde au niveau de l’agglomération parisienne dans son ensemble, le trafic routier est responsable d’autant d’émissions de particules que le chauffage au bois. On peut aussi remarquer qu’en moyenne seules 1/3 des particules dans l’air parisien sont produites localement.

Les pics de pollution aux particules se produisent tous en hiver, lorsqu’il fait beau et qu’il n’y a pas de vent. Ce fait montre que le gazole ne peut être le seul responsable : il existe aussi des jours de beau temps sans vent aux mois de mai, juin ou septembre, où il y a autant de trafic que les mois d’hiver. Ce qui provoque le dépassement des seuils d’alerte, c’est qu’en hiver, en plus du trafic routier, les chauffages sont allumés. Or, le fioul domestique — qui est à un colorant près le même combustible que le diesel — représente au niveau national entre la moitié et le tiers des émissions dues au diesel routier, alors que seuls 15% des logements sont encore chauffés au fioul. On voit là que les chaudières au fioul n’ont pas vu les normes les concernant être révisées à 6 reprises ces 20 dernières années. Le bois, quant à lui, représente entre 3 et 4 fois les émissions du diesel. C’est en vain qu’on cherchera une incrimination du chauffage dans l’article du Monde.

img contrepoints167 pollutionOn voit là que ces dénonciations permettent d’éviter de s’attaquer à ce qui pose véritablement problème. Contrairement à ce qu’affirme Delphine Batho, s’attaquer aux vieux véhicules n’est pas que s’attaquer aux pauvres, c’est aussi s’en prendre aux véhicules les plus polluants, car relevant de normes dépassées et trop souvent déréglés. La faveur que rencontrent ces vieux véhicules n’est d’ailleurs pas limitée aux pauvres: le premier ministre est propriétaire d’un Combi VW hors d’âge ; on peut aujourd’hui se dire écologiste, être ministre et être propriétaire d’une 4L, forcément dépourvue de pot catalytique. S’attaquer au chauffage au bois signifie s’en prendre à de nombreux particuliers mais aussi freiner l’adoption du bois en remplacement d’autres modes de chauffage — quoiqu’il remplace souvent le fioul — pour lui préférer le gaz ou l’électricité. En ces temps où les énergies renouvelables sont portées au pinacle, ce serait inattendu. Les technologies qui permettent de ne pas émettre des particules existent bien, comme on le voit, cependant les personnes qui réclament le plus de mesures en ce moment ne sont pas spécialement favorables à l’augmentation de la production d’électricité en France — qui viendrait en ces moments de calme plat du nucléaire — ou de gaz — si on veut le produire localement, il ne reste guère que le gaz de schiste.

Au final, la diminution de la pollution est bien réelle en France et due en bonne part à un durcissement conséquent de la réglementation. Le bas niveau actuel de pollution est aussi dû à un certain nombre de choix politiques, comme le nucléaire et le choix du gaz pour le chauffage, accompagné par le durcissement progressif des réglementations. Chercher des boucs émissaires comme dans ces articles de dénonciation ne fera qu’empirer les choses en menant sur des voies sans issues : le niveau de pollution est suffisamment bas pour que de mauvaises décisions se traduisent par une gêne pour les habitants sans réel gain voire une hausse de ce niveau.


Sur le web.

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    • L’Europe est majoritairement soumise à un flux d’ouest, venu de l’atlantique, qui explique le climat tempéré de la France par exemple alors qu’elle se situe à la même latitude que le canada.

      Nous ne devons pas recevoir les particules Allemandes bien souvent dans l’année …

      • J’habite en Lorraine, et je peux vous garantir que si les vents d’est ne sont pas majoritaires, ils existent néanmoins suffisamment longtemps pour que mes finances s’en souviennent !

        Au fait, insinueriez vous que les particules dégagées par la centrale de Tchernobyl sont arrivées en France par l’ouest après un trajet circumterrestre ?

        Enfin, n’oubliez pas que les Scandinaves brulent énormément de déchets, et que les vents de Nord Atlantique sont assez fréquents si ce n’est plus.

        PS: Si quelques volcans islandais se mettaient à cracher leurs cendres, vous constateriez bientôt le ridicule de la pollution anthropique…

        • Excellent de rappeler les vents contraires de 1986 : Ils justifient une vraie politique à l’échelle européenne et non ce que nos girouettes françaises étatiste ou nos européistes béats nous vendent à longueur de temps.

  • C’est sûr qu’être au fioul dans une agglomération où le gaz (en réseau) est disponible est dommage.

    Par ailleurs, l’amélioration de l’isolation entraînera une diminution des énergies de chauffage.

    Enfin, dans la pollution d’un véhicule, prend-on en compte la construction de celui-ci ?

    • « Par ailleurs, l’amélioration de l’isolation entraînera une diminution des énergies de chauffage. »

      On peut aussi appeler ça « confinement », est-ce bon de vivre isolé de l’atmosphère ? On aère qu’en été ?

      « Enfin, dans la pollution d’un véhicule, prend-on en compte la construction de celui-ci ? »

      Est-ce qu’on a le droit de prendre en compte, les gains en énergie, vitesse, accessibilité et développement des véhicules type automobiles et camions ?

      • J’ai quelques indices qui me font penser que l’isolation en toiture n’est pas forcément une bonne chose :
        1/ L’air d’une maison chauffée sans VMC adaptée va essentiellement s’évacuer par le haut. D’où les évaluations sur la perte de chaleur par les toits (30%?)
        2/ Cet air est très humide ; il n’est donc pas bon de l’arrêter. Ce qui vient en contradiction avec le conseil habituel d’isolation des toits (sauf VMC)
        3/ Pire: l’assèchement de la maison renforce ce flux d’air chaud humide provenant de la cave ou des fondements, si aucune isolation n’a été prévue avec le sol.

        Une isolation renforcée du toit peut créer une cloche qui sans VMC va stopper un air chaud et humide : un régal pour les champignons des bois de charpente !

        • Et les pare-vapeurs, ils ne servent à rien?
          Isoler sans pare-vapeur est un non-sens.
          Une bonne isolation faite dans les règles, et si possible VMC double-flux.

          • Le pare vapeur – à ce que j’ai lu – sert à protéger l’isolant lui-même de l’humidité. Toujours est-il que si la valeur est arrêtée, elle condense : il faut donc l’éliminer.
            D’où au final votre solution du VMC que je conseille fortement pour ma part à ceux qui veulent isoler absolument leur toiture…

            • Ce n’est pas fortement, cela dépend du matériau utilisé.
              Bricoler n’importe comment sans avis et sans se renseigner n’est pas conseillé.

      • @Abitbol Une bonne isolation ne veut pas dire un confinement total. Ce genre de réflexion montre bien la vraie nature de vos intentions. Votre but n’est pas d’analyser mais de dénigrer tout ce qui représente le mal à vos yeux. Un anti-écolo primaire quoi!

  • Bravo pour cet article : clair, argumenté, avec de nombreux renvois utiles. On y apprend vraiment des choses fort intéressantes.

    Cet article ne donnera sans doutes pas lieu à une foule de commentaires car ce sont plutôt les mauvais articles qui les suscitent.

  • Les reportages ce midi étaient édifiants : on y voyait un parasite à barrettes, dévoré d’ambition, pérorer qu’il allait se faire les automobilistes sans merci, le menton en avant comme s’il allait attaquer une cote ennemie en 1914, tandis que les pauvres policiers de base, gênés, pleinement conscients de l’absurdité de la situation, essayaient péniblement de se justifier auprès d’automobilistes les observant plus amusés qu’inquiets. Dans le autre reportage, on a décroché la queue de mickey quand un policier a arrêté une hybride, japonaise évidemment, autorisée à rouler évidemment. L’échange avec l’automobiliste relevait du dialogue surréaliste…

    On pouvait également observer une haute fonctionnaire, apparemment responsable de la surveillance de la pollution imaginaire, à la limite de l’hystérie devant ses graphiques : il n’y avait presque pas de pollution ! Damned ! Fichtre ! M… quoi ! Devant les journalistes goguenards, elle s’en tirait en inventant une belle histoire, tout en agitant un doigt grassouillet vindicatif : c’était temporaire et la méchante pollution allait revenir tuer les fragiles petits enfants dans leur sommeil. Bouhouhou, snirf, ça faisait peur comme une toile de Wes Craven !

    Mon dieu, dire que ces cohortes d’inutiles se payent grassement avec notre fric ! N’ont-ils donc aucun amour propre, aucun sens civique élémentaire ? On se souvient que, sous régime socialiste, le civisme pour l’honnête citoyen correctement éduqué, et donc avant tout pour la police, l’armée, etc., consiste à lutter sans faiblir contre un socialisme par définition illégitime et immoral.

  • Dès hier à Genève, plus de pollution. Tous les sites de mesure, entre 10 et 20ug!
    J’étais allé me promener dans le Jura près de Lons, vendredi et samedi après-midi.
    On y voyait bien les nuages se former depuis les hameaux, les flux venant des cheminées brûlant du bois étaient visibles et s’aggloméraient en grandes nappes, phénomène très visible.

  • L’opération du 17 mars aura démontré qu’il y avait moitié moins de voiture dans les villes touchées par la mesure de l’alternance des plaques minéralogiques.

    La démonstration est donc faite qu’il y a, environ, autant de plaques à numéros paires que de plaques à numéros impaires. Rien d’autre.

  • La boucle est bouclée ! Les éscrolo ont déposé une plainte contre les escrolo qui ont pollué la France depuis l’Allemagne, grâce au remplacement des centrales nucléaires par celles au charbon, et d’autres éscrolos qui ont promu la voiture diesel au rang de voiture écologique car moindre émettrice du CO2. Reste à espérer qu’un juge le prend au sérieux !

  • qu’un juge les prend…

  • un juge les prenne…
    Sorry, je ne suis pas à 100% francophone 🙂

  • quand on voit tous les épisodes de pollution atmosphérique dans les grandes villes, qui entraînent des atteintes respiratoires très fréquentes, moi, cela me pique les yeux, je tousse, j’éternue avec écoulement nasal ….
    il y a aussi pour d’autres des effets plus graves, asthme, risques cardio-vasculaires ainsi que des risques d’effets cancérigènes, voir : http://www.officiel-prevention.com/environnement-pollution/pollution-de-l_air/detail_dossier_CHSCT.php?rub=40&ssrub=145&dossid=101 ;
    il faut vraiment faire quelque chose… à court terme, la circulation alternée, la décision de baisser à 70 km/h la vitesse sur les périphériques me semblent judicieuses, au moins pour sensibiliser à la nécessité de passer à l’action.

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