L’activisme gouvernemental sur la pollution perdu dans le smog

Avec les pics de pollution aux particules de ces derniers jours, les dénonciation fleurissent dans la presse.

Par l’auteur du site epi.proteos.info

pollution Paris

Le smog qui flotte en ce moment sur la France pour cause de manque de vent en ce début de mars est l’occasion de la publication d’articles dénonçant l’inertie du gouvernement sur la question de la pollution atmosphérique. C’est l’occasion d’interroger d’anciens ministres de l’environnement, qui déclarent tous, sauf pour celui actuellement au gouvernement, avoir eu du mal à faire passer des mesures contre la pollution atmosphérique. On note aussi le retour des accusations envers le diesel, qui serait responsable de ces pics de pollution.

#pollution : + de 70%des particules fines viennent du diesel, + de 70% des autos sont diesel : le problème est la ..#fiscalitédiesel

— Arnaud Gossement (@ArnaudGossement) 16 Mars 2014

Rappelons quand même que la combustion du gazole routier ne représente qu’environ 10% des émissions de PM10 en France.

La forte baisse de la pollution, cet autre Boeing 777 qui a disparu des radars

Comme il s’agit de regarder ce qui a été fait depuis 20 ans, commençons par nous tourner du côté des émissions. Le CITEPA recense les émissions de polluants en France et compare aux engagements pris. On peut voir que la plupart des engagements pris ont été tenus. La consultations du site permet de construire le tableau suivant qui montre que les émissions ont fortement baissé en 20 ans, pour toutes sortes de polluants.

Polluant – Évolution 2012/1995 – Évolution 2012/2000 – Évolution 2012/2005
SO₂ -74% -60% -45%
NOx -42% -38% -30%
PM10 -48% -38% -24%

Une critique souvent faite est qu’on ne constate pas de baisse pour les stations de mesures de polluants, notamment pour les particules. En effet, si on regarde la concentration moyenne, on voit que la concentration ne baisse que très lentement. Malgré la forte diminution des émissions, la baisse n’est que de quelques pourcents seulement.

Airparif-PM10_m

Cependant, la faiblesse de cette baisse s’explique par le fait qu’une grande partie des PM10 présentes à un moment donné sur l’agglomération parisienne proviennent en fait d’ailleurs. Airparif estime cette proportion à 68%. Avec une telle proportion, on voit que faire baisser, même fortement, les émissions de particules en région parisienne n’aura qu’un faible effet sur la concentration moyenne. Airparif s’est essayé, dans un exercice prospectif, à modéliser la baisse de la concentration moyenne à atteindre d’ici 2020 en fonction de la baisse des émissions. Dans le scénario tendanciel, les émissions dues au trafic routier, principal accusé dans les média, diminuent par rapport à 2008 de 50% pour les PM10 et 80% pour les PM2.5.

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Et voici les résultats qu’on peut en attendre sur la concentration moyenne, sachant que la modélisation a tendance à sous-estimer les concentrations. On constate des diminutions formidables, de l’ordre de… 5% ! En fait, ce qui diminue fortement, c’est la hauteur des pics, qui, comme leur nom l’indique, ne durent pas longtemps et contribuent peu à la valeur moyenne. Mais ce sont sur ces pics qu’est basée la réalisation d’un certain nombre d’engagements. Comme leur durée et leur hauteur dépendent aussi de conditions météo qui peuvent être extraordinaires et sur lesquelles nous n’avons aucune prise, on comprend qu’il en aura certainement de moins en moins de pics de pollution, mais probablement jamais zéro !

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Un fort activisme réglementaire totalement ignoré

On peut aussi se retourner vers l’Union Européenne qui édicte depuis un certain temps déjà les normes à suivre en matière d’émission de polluants. Le mérite des décisions prises par l’Union et son organe exécutif, la Commission, doit en partie être attribué au gouvernement français puisqu’il en a approuvé la plupart. Et de ce côté on est gâté : les normes d’émissions des moteurs automobiles ont été durcies à 6 reprises depuis le début des années 90. La directive GIC (Grandes Installations de Combustion) est en train de forcer la fermeture de plus de la moitié du parc de centrales électriques au charbon en France d’ici à fin 2015. La directive IED (Émissions Industrielles) contraint les industriels à moins émettre de polluants et force par exemple la fermeture des 2/3 des centrales françaises au fioul, d’ici fin 2015 aussi.

Dans ces conditions, affirmer que le gouvernement ou les politiques ne font rien contre la pollution, c’est se moquer du monde.

Dénoncer tout le monde, sauf les coupables

Ces articles de dénonciation comme celui du Monde sur l’inertie du gouvernement sont aussi l’occasion de relayer un certain nombre de poncifs :

  1. Ainsi en est-il de l’accusation envers les agriculteurs pour l’utilisation d’engrais qui provoque l’émission de NOx. Or, l’usage d’engrais n’est responsable que de l’émission de 68kt annuelles de NOx, soit 10% de ce qu’on peut attribuer aux carburants, qui sont pour le coup les responsables archi-dominants des émissions.
  2. Si bien sûr au ras du pot d’échappement, le long des axes les plus fréquentés, le trafic routier est responsable de la plupart de la présence de particules, lorsqu’on regarde au niveau de l’agglomération parisienne dans son ensemble, le trafic routier est responsable d’autant d’émissions de particules que le chauffage au bois. On peut aussi remarquer qu’en moyenne seules 1/3 des particules dans l’air parisien sont produites localement.

Les pics de pollution aux particules se produisent tous en hiver, lorsqu’il fait beau et qu’il n’y a pas de vent. Ce fait montre que le gazole ne peut être le seul responsable : il existe aussi des jours de beau temps sans vent aux mois de mai, juin ou septembre, où il y a autant de trafic que les mois d’hiver. Ce qui provoque le dépassement des seuils d’alerte, c’est qu’en hiver, en plus du trafic routier, les chauffages sont allumés. Or, le fioul domestique — qui est à un colorant près le même combustible que le diesel — représente au niveau national entre la moitié et le tiers des émissions dues au diesel routier, alors que seuls 15% des logements sont encore chauffés au fioul. On voit là que les chaudières au fioul n’ont pas vu les normes les concernant être révisées à 6 reprises ces 20 dernières années. Le bois, quant à lui, représente entre 3 et 4 fois les émissions du diesel. C’est en vain qu’on cherchera une incrimination du chauffage dans l’article du Monde.

img contrepoints167 pollutionOn voit là que ces dénonciations permettent d’éviter de s’attaquer à ce qui pose véritablement problème. Contrairement à ce qu’affirme Delphine Batho, s’attaquer aux vieux véhicules n’est pas que s’attaquer aux pauvres, c’est aussi s’en prendre aux véhicules les plus polluants, car relevant de normes dépassées et trop souvent déréglés. La faveur que rencontrent ces vieux véhicules n’est d’ailleurs pas limitée aux pauvres: le premier ministre est propriétaire d’un Combi VW hors d’âge ; on peut aujourd’hui se dire écologiste, être ministre et être propriétaire d’une 4L, forcément dépourvue de pot catalytique. S’attaquer au chauffage au bois signifie s’en prendre à de nombreux particuliers mais aussi freiner l’adoption du bois en remplacement d’autres modes de chauffage — quoiqu’il remplace souvent le fioul — pour lui préférer le gaz ou l’électricité. En ces temps où les énergies renouvelables sont portées au pinacle, ce serait inattendu. Les technologies qui permettent de ne pas émettre des particules existent bien, comme on le voit, cependant les personnes qui réclament le plus de mesures en ce moment ne sont pas spécialement favorables à l’augmentation de la production d’électricité en France — qui viendrait en ces moments de calme plat du nucléaire — ou de gaz — si on veut le produire localement, il ne reste guère que le gaz de schiste.

Au final, la diminution de la pollution est bien réelle en France et due en bonne part à un durcissement conséquent de la réglementation. Le bas niveau actuel de pollution est aussi dû à un certain nombre de choix politiques, comme le nucléaire et le choix du gaz pour le chauffage, accompagné par le durcissement progressif des réglementations. Chercher des boucs émissaires comme dans ces articles de dénonciation ne fera qu’empirer les choses en menant sur des voies sans issues : le niveau de pollution est suffisamment bas pour que de mauvaises décisions se traduisent par une gêne pour les habitants sans réel gain voire une hausse de ce niveau.


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