Des bugs dans le bio

Scandale à Marseille : chenilles, vers, insectes et divers parasites grouillent dans les plats bio des cantines scolaires.

Par Alain Cohen-Dumouchel.

Le personnel de plusieurs établissements de la région de Marseille a eu la désagréable surprise de découvrir « des corps étrangers d’origine animale » dans des barquettes de choux-fleurs bio préparées par l’entreprise Sodexo.

L’incident a eu lieu lundi 20 janvier. Dix jours plus tôt, ce sont des chenilles que des écoliers ont retrouvé dans des brocolis bio. Et en novembre 2013, les enfants de six écoles découvraient des mites alimentaires grouillant dans leurs assiettes de riz camarguais « non traité ».

Trois alertes qui viennent de déclencher l’ire des responsables marseillais, lesquels menacent le prestataire Sodexo de représailles juridiques à coups de communiqués de presse bien sentis.

La municipalité, dont tout le monde connaît l’irréprochable gestion, est bien décidée à prouver aux parents-d’élèves-électeurs qu’elle est vigilante et intraitable sur le plan de l’hygiène alimentaire.

Ils font des vers sans le savoir

Le gros bug là-dedans, c’est que ce sont précisément les édiles de cette même municipalité qui ont imposé 30% de nourriture bio dans les cantines des écoles. Or par définition, les cultures bio n’emploient pas de produits phytosanitaires et s’exposent donc à la prolifération d’insectes divers.

Tel M. Jourdain découvrant la prose, les hygiénistes découvrent donc que les produits qu’ils ont prescrits aux enfants ont de fortes chances de contenir des insectes, larves et autres organismes peu ragoûtants, lesquels n’ont pas nécessairement un effet positif sur la santé de ces chères têtes blondes… et brunes, diversité oblige.

Cette révélation intervient au moment où de nombreuses cantines passent au bio, obéissant ainsi aux consignes du Grenelle de l’environnement et notamment à la circulaire du 2 mai 2008 relative à « l’exemplarité de l’État en matière d’utilisation de produits issus de l’agriculture biologique dans la restauration collective » [sic], qui visait à introduire 20% de produits biologiques dans les cantines à l’horizon 2012.

N’écoutant que leur courage et leurs impôts locaux, de nombreuses municipalités comme Paris (60% de bio), Strasbourg ou Toulouse, financent donc de coûteux repas bio, qui permettent aux enfants défavorisés d’ingérer des insectes et des vers grâce aux effets conjugués de la solidarité nationale et de « l’exemplarité de l’État ».

Lutte contre le vers cité

On imagine la souffrance et l’angoisse de tous ces décideurs municipaux solidaires et responsables qui, à la question « pourquoi les paysans s’entêtent-ils, depuis des générations, à épandre de coûteux produits phytosanitaires sur leurs champs ? », viennent d’obtenir cette réponse brutale : « Pour éliminer vers, insectes et parasites qui, sans cela, risquent de se retrouver dans nos assiettes. » Il est vrai que sans préparation psychologique la vérité est assez déstabilisante.

imgscan contrepoints 2014646 GaudinLas, nos édiles ne se laissent pas abattre par l’adversité biologique et prennent le problème à bras le corps.

Ils ont tout d’abord décidé d’infliger une amende à Sodexo ce qui, logiquement, devrait régler le problème. Ensuite, comme on n’est jamais trop prudent, des inspections régulières des brocolis, du riz et des choux-fleurs vont être diligentées et payées par le contribuable (avec enthousiasme puisqu’il s’agit de santé publique). Au cas, bien improbable, où des hôtes indésirables seraient repérés, on jettera courageusement les lots incriminés ce qui n’aura aucun impact, ni sur les finances publiques, ni sur l’environnement, c’est juré.

L’histoire ne nous dit pas comment on contrôlera les porcs bio, élevés sans antibiotique, un concept qui fait un peu frémir…

L’en-vers du décor

Mais la controverse sur l’alimentation bio ne s’arrête pas là. Le dogme bio rejette les engrais de synthèse pour leur préférer des fertilisants « naturels » constitués d’excréments animaux et parfois humains.

Or la bactérie la plus dangereuse de la chaîne alimentaire, Escherichia coli, se trouve en abondance dans le fumier de bovins qui est l’engrais favori de l’agriculture biologique. On se souvient de la catastrophe sanitaire provoquée par les graines germées de la ferme biologique Gärtnerhof au printemps 2011 : au moins 42 morts et 800 personnes condamnées à vie à des problèmes rénaux dans toute l’Europe. En généralisant la nourriture bio, les écoliers mangent donc une nourriture qui, quand elle ne contient pas d’insectes ou de vers visibles à l’œil nu, recèle nettement plus de germes potentiellement dangereux pour la santé.

Les municipalités qui approvisionnent leurs cantines auprès du conglomérat bio interdisent également aux enfants de bénéficier des progrès liés aux OGM. Par exemple, il a été démontré que le maïs Bt, en raison de ses propriétés fongicides, présente des teneurs en mycotoxines (agent cancérigène) nettement inférieures au maïs traditionnel.

Enfin dernière légende tenace, les aliments bio n’ont pas meilleur goût que ceux de l’agriculture raisonnée. Les jurys à l’aveugle sont incapables de départager des produits bio et des produits traditionnels en ce qui concerne les légumes, les volailles ou la viande dans des gammes comparables.

En revanche, l’huile d’olive bio dont les fruits s’oxydent après avoir été piqués par les mouches reste très en deçà des qualités gustatives des grandes huiles traitées avec discernement.


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