Réforme fiscale : au secours, le mensonge Piketty est de retour !

Thomas Piketty (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

Pour justifier sa fameuse « remise à plat fiscale à prélèvements obligatoires constants », le gouvernement n’hésitera pas à brandir la mystification consistant à faire croire que les riches paient moins d’impôts que les autres.

Pour justifier sa fameuse « remise à plat fiscale à prélèvements obligatoires constants », le gouvernement n’hésitera pas à brandir la mystification consistant à faire croire que les riches paient moins d’impôts que les autres. Échafaudé en 2011 par l’économiste Thomas Piketty, cet argument est d’autant plus redoutable que tout le monde (ou presque) le croit avéré…

Frédéric Georges-Tudo.

Et c’est reparti pour un festival Piketty ! Avec l’ouverture du chantier sur la pseudo réforme fiscale, nous avons la certitude d’entendre à nouveau répété en boucle l’incroyable mensonge de cet expert fiscal adulé par la gauche. Son concept tient en deux mots lourds de sens : la régressivité de l’impôt. En termes compréhensibles par la totalité de la population, cela donne à peu près ceci : « braves gens, apprenez qu’avec leurs niches fiscales, ces salauds de riches trouvent le moyen de payer moins d’impôts que vous ». Quelle indécence ! Que dis-je, quelle ignominie ! D’autant que Thomas Piketty ne se contente pas de pointer cette scandaleuse injustice chaque fois qu’il est invité dans les médias (c’est-à-dire très souvent). L’économiste en apporte en plus la preuve au bon peuple à l’aide d’une courbe réalisée par ses soins. Qu’y constate-t-on ? 1. Que le taux de prélèvements obligatoires progresse en même temps que les revenus pour les 50% des Français les plus modestes. 2. Qu’il se met à régresser légèrement pour les 5% les plus aisés et beaucoup plus fortement pour les 1%. Un mic mac fiscal qui permettrait au final d’imposer les pauvres à 45% et les riches à 35%. Si c’est inscrit sur une courbe avec une abscisse, une ordonnée et des pourcentages dans tous les sens, cela ne peut être que vrai, non ?

La vérité rétablie dès 2011

C’est pourtant faux et archi faux. Le caractère scientifique de la démonstration n’est qu’un écran de fumée destiné à masquer une « magnifique » mystification. Même en se basant sur les données statistiques fournies par l’économiste, il apparaît en effet de manière incontestable – et d’ailleurs jamais sérieusement contestée par le principal intéressé – que la régressivité française de l’impôt relève du fantasme égalitariste. Rendons grâce aux travaux de l’institut IFRAP qui ont permis de révéler la supercherie dès 2011. De manière synthétique (tous les détails de la contre-démonstration sont consultables ici), retenons que le mensonge de Piketty repose sur trois piliers :

1. Le champ de son étude ne tient compte que des 18-65 ans exerçant une activité professionnelle à temps plein. Exit les retraités, les chômeurs, les temps partiels. Ce parti pris écarte près de 30 millions d’adultes, parmi les moins lourdement taxés ! Si l’on réintègre l’ensemble de la population, le taux de prélèvement des 50% de Français les plus modestes tombe à 30%.

2. Il ne tient pas compte des mécanismes redistributifs. C’est-à-dire qu’indemnités chômages, minima sociaux, RSA n’entrent pas dans les revenus des plus pauvres.

3. Il intègre aux revenus des plus riches les bénéfices non distribués par les sociétés, considérant que ces « revenus », pourtant purement virtuels, représentent un enrichissement « potentiel »

En revenant à des calculs basés sur la réalité, le taux de prélèvement des plus riches est proche des 40% tandis que celui des plus pauvres ne dépasse pas 22%. Soyons précis jusqu’au bout, il existe en effet une microscopique régressivité bénéficiant aux très très riches (les 0,01) vis-à-vis des très riches (les 0,1). Par ses investissements, Liliane Betancourt parviendrait donc à bénéficier d’un pourcentage de prélèvement obligatoire légèrement inférieur à celui de son conseiller en optimisation fiscale ? Tant mieux pour elle ! Mais cela ne remet pas une seconde en cause le fait que le taux d’imposition de la vieille dame reste largement supérieur à celui de 99,99% de la population. Rappelons au passage qu’en 2009 (dernières statistiques disponibles), les 1% des foyers les plus aisés contribuent à eux seuls pour 38% du montant total prélevé par l’État au titre de l’impôt sur le revenu…

Un bobard aux effets dévastateurs…

Qu’un intellectuel plus ou moins marxisant se répande dans les médias pour proférer ses mensonges n’est pas bien grave, pourrait-on se dire. Jacques Généreux, Emmanuel Todd, Monique Pinçon-Charlot, Paul Jorion, Michel Husson… Ils sont légion à avoir l’occasion de raconter leurs bêtises dans un micro et la terre n’en continue pas moins de tourner. C’est le jeu de la libre expression, après tout. À la différence près que l’imposture s’avère dans ce cas autrement plus dommageable.

imgscan contrepoints 2013-2410 PikettyTout d’abord, force est de constater que la créature a échappé à son créateur pour mener sa propre existence. Pas un jour sans que ne soit rappelé l’intolérable disparition de la progressivité de l’impôt en France. Et pas un de ces rappels sans que ne soit fait un lien entre la dite disparition et la réticence des Français à accepter les réformes douloureuses. Peu importe que la plupart des commentateurs professant cette évidence ignore qu’elle émane d’un petit livre rouge (sic) nommé Pour une révolution fiscale, signé d’un certain Thomas Piketty. À l’instar d’autres légendes urbaines, il a suffi qu’elle soit inlassablement répétée pour se transformer en un fait avéré. D’autant qu’on assiste régulièrement à des piqûres de rappel administrées par de supposés experts es fiscalité. Le comble étant que certains sont éloignés de l’idéologie égalitariste prônée par l’économiste. Entretenant sans doute le mythe en toute sincérité, ils nous ressortent alors la bouillie pikettienne comme s’il s’agissait de la théorie de la relativité d’Einstein. C’est le cas par exemple d’Eric Le Boucher. Sans aller jusqu’à épouser les thèses libérales, le directeur de la rédaction du magazine Enjeux-Les Échos n’a rien d’un gauchiste, a priori. Le 24 novembre 2013, cela ne l’a pas empêché de faire la déclaration suivante sur Europe 1 : « Normalement, dans nos démocraties sociales, l’impôt est progressif. En France, il ne l’est plus ou l’est beaucoup moins depuis les années 80. La progressivité a baissé. Les chiffres de l’économiste Thomas Piketty le montrent. Et surtout, c’est le 1% des gens qui gagnent le plus qui pose problème. Leur taux d’imposition est retombé à 37% alors qu’il est de 40% pour tous les autres. »

Certes, quelques personnes ont parfois la possibilité de cette construction en pièces. Une chance, face à Eric Le Boucher sur Europe 1, se trouvait justement la directrice de l’Ifrap Agnès Verdier-Molinié. Deux minutes à peine lui ont suffi pour rétablir la vérité. Mais de telles interventions dans les grands médias sont trop rares et reposent sur des arguments forcément trop techniques pour démonter la supercherie une bonne fois pour toutes. Le piège semble donc s’être refermé. Il est d’autant plus diabolique qu’il s’apprête à servir de faire valoir à la remise à plat fiscale hausse d’impôts pour les plus « riches » concoctée par le gouvernement. Lorsque Jean-Marc Ayrault promet une réforme « à prélèvements obligatoires constants », chacun comprend en effet que l’argent va devoir être prélevé de la poche de Pierre pour finir dans celle de Jacques. Et pour justifier un tel racket, quoi de mieux qu’une belle courbe démontrant scientifiquement que Pierre paye proportionnellement moins d’impôt que Jacques alors qu’il gagne beaucoup plus ? Le tour est joué. Chapeau, l’artiste.


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