Lecteur de gauche, pourquoi lire Contrepoints ?

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Les lecteurs de gauche devraient être les premiers à se reconnaître dans les valeurs défendues par Contrepoints.

Par Nick de Cusa.

gaucheEt si je vous disais que je suis de gauche ? Peu crédible ? Et pourtant. J’ai grandi dans un milieu entièrement de gauche et en ai développé une sensibilité politique. Par une récente introspection, je me suis rendu compte que cette sensibilité qui est en moi n’a pas fondamentalement changé. Pourtant je participe à publier Contrepoints.

Comment est-ce possible ?

Si je n’ai pas tant changé, et que l’idée de voter pour les partis qui actuellement représentent la gauche m’est devenue impensable, alors qu’est-ce qui a changé ? Entendons-nous bien cependant, mes faveurs d’électeur ne vont pas plus à la droite de l’échiquier politique. Et certainement pas au centre ou aux extrêmes non plus, pour être tout à fait clair.

Cette question, à son tour, m’a amené à sonder mon âme sur cette sensibilité qui m’a fait de gauche. De quoi se compose-t-elle ?

Le plus fondamental me semble être :

  • De ne pas supporter les abus de pouvoir ;
  • Ensuite, la liberté ;
  • Viennent après, non pas tant la pauvreté, mais bien le fait d’y être condamné pour la vie ;
  • Et que personne ne soit privé de sa chance.

Voilà en quelque mots ce qui, personnellement, m’importe du fond du cœur, en politique.

Regardons, à la lumière de ces attentes, ce que nous propose la gauche aujourd’hui.

La gauche nous protège-t-elle des abus de pouvoir quand les élus et l’État semblent chaque jour un peu plus au-dessus des lois ? Quand les recours réels de la personne isolée pour dénoncer ces abus font défaut ? Quand, par exemple les maires ont large discrétion pour attribuer les logements dit sociaux, délivrer les permis d’urbanisme, ou autoriser un terrain à être déclaré bâtissable ?

Quand les indépendants et chefs de petites entreprises sont en train de voir leur vie rendue infernale, voire impossible, par un système social écrasant et, pire encore, labyrinthique, incompréhensible, froid et dur, qui leur prend des semaines de travail en pure perte et peut aller jusqu’à les pousser à l’abandon, sans cligner de ses yeux d’acier ?

Quand les salariés, y compris les modestes employés et ouvriers, se voient prendre la moitié des fruits de leur travail avant même d’avoir reçu leur premier sou en poche ?

Quand les guichets de l’administration sont devenus des lieux de dressage à la docilité, où l’on est moins que rien si l’on a oublié un Cerfa ?

Quand les lois, règles et codes augmentent tellement, et de façon si contradictoire, que la maxime « nul n’est censé ignorer la loi » devient une pure impossibilité et que, de ce fait, chacun peut à tout moment être pris en flagrant délit et condamné ?

Quand le simple fait de se déplacer fait de nous les cibles d’un flicage à but exclusivement lucratif ?

La gauche protège-t-elle la liberté quand elle ne cesse d’y porter atteinte ? Et pourtant, ne l’aime-t-elle pas, la liberté ? N’est-elle pas une de ses valeurs centrales ? Mais à quel point la liberté d’expression est-elle garantie quand, de plus en plus, on peut se voir condamner pour ce qu’on dit. La liberté est-elle protégée quand les prohibitions s’empilent les unes sur les autres, de façon absurde, les dernières menaces en date ayant porté sur les cheminées à feu ouvert et la cigarette électronique. Quand on ne peut, par exemple, simplement ouvrir une crèche, alors qu’il en manque tant ? Et quand la gauche joue la police des mœurs, sur la drogue et la prostitution ?

La gauche protège-t-elle la liberté de conscience quand elle pousse si loin la perversion de la laïcité ? Celle-ci, normalement, signifie que la puissance publique et les autorités n’imposent rien, et ne se mêlent pas de la religion des gens, or elle est désormais devenue une caricature distordue d’elle-même, une animosité combattante qui vise à rendre intolérables qu’on ait une foi et qu’on pratique une religion.

La gauche nous protège-t-elle de la pauvreté quand elle s’attaque justement au pouvoir d’achat des plus pauvres, des plus isolés et des plus vulnérables, en imposant des politiques aussi insensées qu’infondées, qui renchérissent affreusement leurs nécessités les plus essentielles, comme le simple fait de s’éclairer et de se réchauffer ?

Quand, sous couvert de prendre soin des pauvres, elle les regroupe dans des barres en béton, abreuvés d’allocs, qui certes peuvent être juteuses, mais les privent d’un bien plus précieux encore, leur dignité humaine. Quand finira-t-on par se demander si un retour à la générosité, l’entraide, le volontariat, et, pour ceux qui sauront me pardonner cette abomination, la charité, ne devraient pas aussi jouer un rôle, quand l’État s’emploie à les éliminer pour assurer sa seule présence ?

La gauche s’assure-t-elle que chacun ait sa chance, quand l’Éducation nationale est un monopole planifié centralisé, incapable de répondre aux besoins individuels de chaque enfant, et s’occupe plus d’idéologisation que d’instruction ? Notons là la belle et illégale exception de Louis Le Grand et Henry IV, lycées du quartier latin soigneusement réservés, avec admission sur dossier en Seconde – vive la sélection – à la progéniture de notre bienveillante élite.

Quand la gauche, et plus largement l’État, a changé de mission, pour devenir le mur de l’Atlantique en béton armé pour 5.500.000 de fonctionnaires, pour des syndicats qui ne représentent personne, des partenaires sociaux aux comptes opaques, et pour 600.000 élus ?

La gauche laisse-t-elle chacun saisir sa chance quand elle défend bec et ongle les professions protégées, taxis, notaires, pharmaciens, banquiers… – la liste est longue – et même les médecins, quoi qu’eux commencent à se rendre compte du cadeau empoisonné que représente la « protection » d’un État tout puissant. Et quand elle se compromet si intensément, et chaque jour un peu plus, avec les capitalistes de connivence ?

Quand elle interdit, à qui veut faire sa vie, de travailler quand bon lui semble ? Quand elle menace désormais de confisquer l’épargne, sagement accumulée par les travailleurs au cours de décennies de labeur ? Quand elle nous interdit de travailler aux conditions qui nous conviennent ?

Quand les jeunes se voient écrasés de dettes et de charges avant même leur entrée dans la vie active ?

Est-ce là ce que nous espérions de la gauche ? Ce que nous espérons ?

À ces critiques que je viens d’émettre, je reconnais une objection, qui est d’une évidence criante : la droite ne fait pas mieux, ou si peu. À cela, ma réponse sera étonnamment simple : les politiques que la droite a fait siennes ces derniers temps, en fait, d’où viennent-elles ?

Lecteur de gauche, pourquoi l’êtes-vous ? Parce que vous faites partie de l’un de ces tout puissants groupes de pression qu’elle protège, et donc par étroit intérêt personnel et sans cœur ? Ou parce que vous chérissez des valeurs telles que le combat contre les abus de pouvoir, la lutte contre la pauvreté comme fatalité, l’égalité en droit (et non en résultat), le fait de donner sa chance à chacun, ou la liberté ?

Si vous vous reconnaissez dans le deuxième cas, alors, lisez Contrepoints. Lisez-le sans crainte, même s’il vous agacera, car, même si vous ne souhaitez pas être converti, il vous offrira des éléments de débat, de discussion, voire de controverse, que vous ne trouverez nulle part ailleurs.

Bienvenue.