Ma liberté de choisir

liberté de choix

Tout est bon pour nous convaincre que l’État sait mieux que nous ce que nous devons faire et qu’il est également plus compétent pour dépenser notre argent.

Tout est bon pour nous convaincre que l’État sait mieux que nous ce que nous devons faire et qu’il est également plus compétent pour dépenser notre argent.

Par Alexandre C.

Décider librement est l’un des droits imprescriptibles de l’individu. Tous les jours, les choix que nous faisons, déterminent, parfois de manière définitive, ce que nous allons être et devenir, tant sur le plan personnel que professionnel. Pourtant, sans même que l’on en ait conscience, il apparaît que de nombreuses décisions échappent à notre contrôle. Ce pouvoir est laissé à diverses entités supervisées par l’État, dont nous avons du mal à dessiner les contours : ce sont elles qui se prononcent à notre place, nous privant de notre liberté d’action. Cela se résume très souvent à « vous êtes obligés de » ou « vous devez faire ». Et il semble que cette intrusion dans certains compartiments de notre vie soit sans limite.

Un sentiment apparent de confort

Au premier abord, abandonner son pouvoir décisionnel à autrui, peut, aux yeux de certains, présenter quelques avantages. D’une part, on échappe au processus de réflexion préalable à toute décision. D’autre part, et c’est peut être le plus important, on n’a pas – ou plus – à porter la responsabilité d’un éventuel échec : on se contente juste de reporter la faute sur ceux qui ont décidé à notre place. Confrontés à cette situation, les individus ne cessent de critiquer, de contester, refusant par la même d’assumer leur propre démission initiale.

Et si une crise économique, politique ou sociale éclate, cette colère s’amplifie, et les coupables se multiplient : les politiques, en premier. Avant que d’autres ne soient désignés à la vindicte populaire : les riches, les étrangers… Voire des entités plus abstraites : la finance, le marché, le libéralisme, les spéculateurs… À cette occasion, peu d’individus demandent à récupérer leur liberté de choix. Pour eux, la solution au problème consiste, le plus souvent, à déléguer encore plus, abandonnant au passage des droits et des libertés supplémentaires. Au profit d’un seul : l’État.

L’État tout puissant

Et les prétextes pour nous subtiliser notre libre-arbitre sont nombreux : la solidarité, la réduction des inégalités, le manque de compétences ou de connaissances… Tout est bon pour nous convaincre que l’État sait mieux que nous ce que nous devons faire et qu’il est également plus compétent pour dépenser notre argent, celui que nous gagnons par notre travail. À l’heure où j’écris ces lignes, l’administration publique et sa cohortes d’agences, par le truchement des cotisations sociales [1], dépense près de 700 milliards d’euros par an à notre place. Sans nous consulter ou nous demander notre avis, ou alors de loin et sans que nous en comprenions quoi que ce soit. C’est pour notre bien après tout.

À bien y regarder de près, cette manière de procéder est plus que litigieuse : le paiement des cotisations sociales n’est pas contractuellement libre mais rendu obligatoire par la loi. Sans cela, je ne suis pas certain que beaucoup d’entre nous irait donner spontanément une partie de son salaire annuel sans savoir où va l’argent ni surtout à quoi il sert. Plus grave encore, en dépensant votre argent, l’État n’est pas tenu de vous fournir un résultat satisfaisant : il se peut même que le service rendu ne vous convienne pas ou que vous n’en ayez pas besoin. Pourtant en aucun cas, vous ne pourrez récupérer votre argent pour le consacrer à un autre usage. D’autant que de leur côté, les bénéficiaires de ce système ne sont pas tenus à un quelconque devoir moral. Dès lors, on ne pourra pas leur en tenir rigueur d’abuser quelque peu de cette protection. Pas étonnant non plus, que certains en réclament de plus en plus…

Cependant, l’individu lambda a tort de ne pas se préoccuper d’une telle situation. Car en tout état de cause, c’est son argent qui est dépensé. De même qu’il ne vous viendrait pas à l’esprit de prendre l’argent de votre voisin pour vous acheter une maison, il n’est pas juste d’utiliser l’argent des autres pour payer votre retraite ou la facture du médecin… Ce serait malhonnête, non ? De la violation de la propriété privée. Du vol même, donc punissable par la loi.

Du libre-choix à la responsabilité

Malgré l’envahissement de l’État dans notre vie, il nous reste encore quelques espaces de liberté : il est encore des choix que nous pouvons faire seuls. Et cela même si nous ne disposons pas des connaissances ou les compétences nécessaires. Ces décisions sont alors soumises à un examen minutieux – partage d’avis, débats, réflexions –, le tout demandant une certaine maturation avant d’arrêter le choix définitif. Et si nous croyons ne pas être assez expert sur le sujet, il n’est pas rare de faire appel à un avis extérieur. En effet qui mieux qu’un agent immobilier pourrait vous conseiller pour l’achat d’un logement par exemple ? Au cas où les orientations proposées ne vous conviennent pas, vous pourrez toujours changer et aller voir ailleurs.

En réalité, ce louvoyage n’a pour d’autre but que de sécuriser la prise de décision. On veut être – relativement – sûr que le choix est le bon. Et ce pour une bonne raison : en cas d’erreur, il n’y aura pas de filet pour se rattraper, notre responsabilité sera entière. Une véritable épée de Damoclès ! On tente donc de minimiser au mieux le risque pris.

Imaginez donc si les banques américaines – et mondiales – avaient fait preuve de la même tempérance avant la fameuse crise des « subprimes« . Pour cela, encore aurait-il fallu que l’État américain ne leur confisque pas leur responsabilité… Vœu pieux…

  1. Pour vous en rendre compte, regardez vos bulletins de paie.