OGM, le vrai du faux

OGM vrai du faux

Malgré quelques approximations, Frédéric Denhez propose un ouvrage facile à lire, sans grand difficulté technique, accessible au plus grand nombre.

Malgré quelques approximations, Frédéric Denhez propose un ouvrage facile à lire, sans grand difficulté technique, accessible au plus grand nombre.

Par Anton Suwalki.

Encore un livre sur les OGM, pour quoi faire me direz-vous ? Certes l’affaire Séralini, qualifiée à juste titre de désastre par l’auteur, y est abordée, mais le livre, restant très généraliste, se devait d’apporter une « plus-value » par rapport à tous ceux qui ont déjà été publiés sur le sujet. Pari en partie réussi à notre avis. Assez facile à lire, sans grand difficulté technique, il est accessible au plus grand nombre. Un autre mérite est d’avoir construit une véritable problématique et de s’y tenir du début à la fin. Last but not least, c’est l’honnêteté intellectuelle qui se dégage de la lecture de l’ouvrage, une qualité suffisamment rare pour être soulignée : Frédéric Denhez a à l’évidence voulu éviter de faire un livre « pro » ou « anti » OGM, et rester sur le terrain des faits, malgré beaucoup trop d’approximations .

Nous soulignerons tout de même quelques-uns des défauts de ce livre.

Tout d’abord, l’honnêteté évidente de l’auteur ne semble pas le prémunir totalement contre un certain langage que Philippe Joudrier qualifie de dérive sémantique. Ainsi, pourquoi parler de « contamination » à propos de l’éventuelle pollinisation d’une plante conventionnelle ou sauvage par une plante génétiquement modifiée ? On passe  ici de la description neutre d’un fait, dont on pourrait certes discuter des conséquences, à une formulation qui induit dans l’esprit du lecteur un effet pathogène.

Frédéric Denhez parle à ce propos du maïs mexicain, ayant probablement en tête l’« affaire Chapela et Quist », lorsqu’il affirme, qu’« au Mexique, on a des sueurs froides [au sujet de l’éventuelle « contamination » par des plantes transgéniques, NDLR] ». Ce qui est l’occasion de constater qu’il ne s’est pas beaucoup documenté à ce sujet, puisqu’il écrit que ce sont des variétés sauvages qui avaient été « contaminées », alors que les allégations de Chapela et Quist portaient sur du maïs cultivé, et non pas du maïs sauvage. Lorsqu’il affirme d’autre part que « si d’aventure,  une variété de maïs transgénique telle que le MON 810 venait à transmettre ses gènes (sic !) au maïs sauvage, le téosinte, il n’y aurait plus de fait de maïs sauvage, c’est-à-dire de fait, l’irremplaçable banque de gènes à partir de laquelle les sélectionneurs continuent de créer des variétés », on se dit tout de même qu’il aurait été bien inspiré de faire relire son manuscrit par… des sélectionneurs. Généralisant le problème aux variétés classiques courant selon lui le risque d’être « OGmisé », l’auteur semble ignorer l’existence de banques de semences « pures » d’une immense variété qui garantissent qu’on saura toujours recréer des plantes « pures », dans le cas où des transgènes poseraient problème.

Les approximations de Frédéric Denhez ne s’arrêtent pas là : ainsi, il qualifie le riz doré, destiné à lutter contre les carences en vitamine A, d’échec ! Sans autre forme de procès ! Au risque d’être démenti d’ici deux ou trois ans, si la campagne de Greenpeace contre le riz doré ne porte pas ses fruits politiques !

Nous ne ferons pas tout le tour de ces approximations ou « des gènes muets qui se mettraient à parler », du fait de l’insertion d’un transgène. Comme si cette éventualité n’était pas systématiquement testée lors de l’évaluation scientifique des OGM. Ce qui soulève une question : l’auteur s’est-il sérieusement documenté à ce propos ?

Signalons aussi, à propos des herbicides et des plante génétiquement modifiées qui les tolèrent, que l’auteur semble s’être exclusivement basé sur les affirmations de Charles Benbrook, commissionné par Greenpeace et par une organisation américaine de promotion de l’agriculture biologique (the Organic Center). Peut-être que la simple connaissance d’un compte d’exploitation moyen d’un agriculteur lui aurait évité de croire que celui-ci pulvérise de « bon cœur » un herbicide, alors qu’il a tout au contraire intérêt à économiser ses intrants.

C’est sur le plan de la toxicologie (toxicité potentielle) et de l’interprétation statistique des études sur les OGM que le livre pêche le plus. Sur ce plan, il faut dire que l’auteur est particulièrement confus, ce qui pourrait expliquer, entre autres, qu’il ne fasse pas de différence entre l’étude de Séralini et celles qui ont servi à l’autorisation des PGM, mises sur le même plan, quelle blague ! Signalons notamment cette affirmation assez comique selon laquelle « plus le nombre de rats [dans une étude de toxicologie, NDLR] est important, plus le temps de l’expérience est long ». Ici, Frédéric Denhez se mélange visiblement les pinceaux : plus l’expérience est longue, et plus le nombre de rats requis pour l’expérience est important, et non pas l’inverse !

En dépit de ces défauts, nous conseillons la lecture de ce livre, et nous sommes bien entendu, ouverts à  un dialogue constructif avec l’auteur.

• Frédéric Denhez, OGM, le vrai du faux, éditions Delachaux et Niestlé, 2013, 155 pages.


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