À l’action, citoyens !

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Le pays est maintenant entré dans un cercle vicieux de décroissance économique mettant en péril votre sort et celui des vôtres. En sortir nécessite que vous agissiez.

Le pays est maintenant entré dans un cercle vicieux de décroissance économique mettant en péril votre sort et celui des vôtres. En sortir nécessite que vous agissiez.

Par Jean-Pierre Motte et Roland Verhille.

Le chômage frappe durement de plus en plus d’entre vous, y rejetant une part importante de la jeunesse, et mettant en péril l’emploi de ceux qui y échappent. Il met aussi de plus en plus en péril votre sécurité personnelle exposée à ceux luttant par tous les moyens pour survivre. Le commerce extérieur du pays est en déficit croissant depuis 2005, occasionnant la dégradation de la croissance économique du pays avec une fuite des emplois vers l’étranger. La destruction de notre appareil de production industrielle, artisanale et de commercialisation est devenue dramatique. Certains prix écrasent votre pouvoir d’achat. Et depuis 1978, la rémunération moyenne en euro 2010 (brut + charges) par actif augmente d’environ seulement 1% par an en moyenne ; avec l’augmentation des prélèvements obligatoires, il y a baisse sensible du pouvoir d’achat moyen des travailleurs. Votre État vous accable de prélèvements obligatoires parmi les plus élevés en Europe, et malgré cela,  il est criblé de dettes, suite à ses déficits budgétaires continus et croissants depuis 1975. Les caisses sociales (sécurité sociale, allocations familiales, Assedic, retraites complémentaires) le sont aussi, sinon sont en cours de l’être.

Les politiques publiques menées depuis 1975 ont pourtant partout visé à combattre le chômage apparu alors au moyen du dopage de la demande de biens et services ; dopage par distribution de monnaie tirée des dettes publiques contractées pour combler les déficits budgétaires, et plus encore monnaie tirée d’un déluge sorti des planches à billets des États ; au point que l’excès de monnaie a financé des activités spéculatives fort dommageables pour tous, y compris une amputation du niveau de vie de la plupart d’entre vous. En 2008 déjà, plus de 6% de la masse des revenus était tirée des déficits publics, des dettes de l’État ; plus de 12% en 2010 !

Le tout met le pays dans une situation intenable, dans un cercle vicieux. L’État est aux abois, risquant à tout moment de ne plus pouvoir honorer ses échéances d’emprunts en en souscrivant de nouveaux, comme il l’a fait depuis près d’un demi-siècle, les prêteurs craignant trop sa faillite. Il y a aussi saturation de prélèvements obligatoires. L’État ne peut plus doper la demande par des déficits budgétaires accrus ou seulement maintenus. La réduction des déficits, puis la réduction de l’endettement fait en violation du traité de Maastricht a pour effet mécanique inéluctable de réduire encore la croissance économique, et même d’occasionner une décroissance compensant la croissance des décennies antérieures surfaite. Cet effet mécanique réduit à la fois le pouvoir d’achat de la population, et sa capacité à payer les prélèvements obligatoires supplémentaires qui seraient levés pour combler leur insuffisance occasionnée par la décroissance économique. Le tout met de plus en péril l’euro, et suscite des contraintes légitimes de la Communauté européenne visant à assainir les finances publiques ainsi que le fonctionnement de l’économie. Et les pays en meilleure situation ne sont pas à juste titre disposés à fournir les euros nécessaires au paiement de nos importations, ni ceux qui seraient nécessaires pour continuer à alimenter le budget de l’État.

Le pouvoir politique de la France de 2013 ne cesse pour l’instant de rechercher une issue qu’en élevant encore la pression des prélèvements obligatoires, et en guettant le retour prochain de la croissance économique. Il n’y a pas, ni engagé, ni en vue, un allègement significatif de la dépense publique source de la plupart des maux du pays.

Vous, citoyens, êtes en grande partie paralysés par l’État omniprésent conditionnant abusivement vos activités. Vous en êtes les marionnettes animées par ses incitations et interdictions, privés par lui de la part la plus grande de vos revenus (en moyenne, au moins les deux tiers de la rémunération de votre travail) employés par lui comme il l’entend et non plus par vous. Votre liberté est bien trop restreinte, presque illusoire.

L’inaction de votre part ne peut conduire qu’à votre perte et à celle de votre famille. Alors, que pouvez-vous faire ?

Vous, le peuple, vous êtes souverains. Hélas, vous ne pouvez exercer votre souveraineté que par l’intermédiaire de vos élus. Depuis plus de trois décennies, à chaque élection nationale ou presque, vous désavouez le pouvoir en place en accordant vos votes à l’opposition. Mais les nouveaux élus ne font en réalité que poursuivre l’œuvre de ceux que vous avez désavoués. Un trop grand nombre d’entre vous l’ayant compris se réfugie dans l’abstention, ce qui n’aboutit à rien. Et aussi, un trop grand nombre croit encore au parti politique choisi en continuant à voter pour ses candidats. Notre démocratie est devenue une fiction.

C’est pourquoi, il vous reste seulement à agir vous-mêmes en masse. Expliquez patiemment mais clairement à votre entourage la situation du pays qui met en péril notre sort à tous. Pour retrouver les conditions d’un développement durable, il faudrait commencer immédiatement à réduire les dépenses publiques de 100 milliards d’euros en 5 ans, réduire la charge des salaires et retraites publiques de 10 milliards/an et réduire le coût du travail privé de 10 milliards/an, pour pouvoir dès que possible baisser le poids des prélèvements obligatoires.

Harcelez vos élus en leur disant votre vive désapprobation des politiques décidées par eux, même s’il n’y a plus rien à attendre d’eux. Là où vous vous trouvez, où que ce soit, ne vous laissez pas abattre par la démotivation et le découragement ambiants, efforcez-vous de conduire vos activités autant que faire se peut normalement et efficacement. Introduisez-vous aussi dans les associations et les organisations syndicales, même si pour l’instant elles ne sont que la réplique des partis politiques, pour y expliquer vos vues. Partout, expliquez l’impérieuse nécessité d’œuvrer à un développement durable.

Mais votre action décisive est au bureau de vote. Évitez d’y être piégés. Déposez dans l’urne une enveloppe vide. Pourvu d’être suivi en masse par d’autres, cela priverait clairement de légitimité les élus. Il pourrait alors y avoir émergence de gens compétents, et respectueux de vos libertés individuelles, qui en viendraient à se présenter à vos suffrages, alors qu’actuellement, ils fuient tout ce qui est organisation politique.


Publié initialement par Le Cercle Les Échos.

Lettre ouverte aux « Pigeons » présents et futurs pour les convaincre de passer à l’action